Autres écrits : Ana de Guy Patin :
L’Esprit de Guy Patin (1709),
Faux Patiniana II-7
Note [52]

Histoire naturelle de Pline l’Ancien, livre vii, chapitre xxx (Littré Pli, volume 1, page 296, avec mise en exergue du passage cité) :

Ingeniorum gloræ quis possit agere delectum, per tot disciplinarum genera, et tantam rerum operumque varietatem ? nisi forte Homero vate Græco nullum felicius extitisse convenit, sive operis forma sive materia æstimetur. Iitaque Alexander Magnus (etenim insignibus judiciis optime, citraque invidiam, tam superba censura peragetur), inter spolia Darii Persarum regis unguentorum scrinio capto, quod erat auro gemmisque ac margaritis pretiosum, varios ejus usus amicis demonstrantibus (quando tædebat unguenti bellatorem et militia sordidum) : immo hercule, inquit, librorum Homeri custodiæ detur, ut pretiosissimum humani animi opus quam maxime diviti opere servaretur. Item Pindari vatis familiæ penatibusque jussit parci, quum Thebas caperet, Aristotelis philosophi patriam condidit : tantæque rerum claritati tam benignum testimonium miscuit.

« Quant à la gloire du génie, qui pourrait faire un choix au milieu de tant d’espèces de sciences, et d’une si grande variété de choses et d’ouvrages ? Peut-être cependant s’accorde-t-on à reconnaître le poète grec Homère comme le génie le plus heureux qui ait jamais existé, soit que l’on considère le succès de son poème, soit qu’on en considère le sujet. Alexandre le Grand (car ce sont des juges illustres qui décideront le mieux et en dehors de toute envie une si haute préséance), Alexandre le Grand avait pris parmi les dépouilles de Darius, roi des Perses, une cassette à parfums, ornée d’or, de pierreries et de perles ; {a} ses courtisans lui en expliquaient les différents usages ; lui, soldat souillé de la poussière des combats, et qui n’avait que faire de parfums, répondit : « Que l’on consacre cette cassette à la garde des livres d’Homère. » Il voulait que le plus riche ouvrage de l’art servît à conserver l’ouvrage le plus précieux de l’esprit humain. De même, à la prise de Thèbes, il ordonna d’épargner la famille et la maison de Pindare. {b} Il rebâtit la ville patrie du philosophe Aristote, {c} et il joignit à tout l’éclat de ses exploits une telle preuve de sa bonté. »


  1. « Les parfums vont de droit aux Perses : ils en sont toujours pénétrés, et par ce moyen ils masquent la mauvaise haleine que leur donne leur gourmandise. Le premier exemple de l’usage des parfums que je trouve est la boîte à parfums dont Alexandre s’empara, au milieu des autres dépouilles, lors de la prise du camp de Darius » (ibid. livre xiii, chapitre i, volume 1, page 498).

    V. notule {b}, note [45] des Triades du Borboniana manuscrit, pour Darius.

  2. V. note [3], lettre 530, pour le poète Pindare, originaire de Thèbes, capitale de la Béotie antique, aujourd’hui Thiva en Grèce-Centrale.

  3. Aristote (v. note [15], lettre 80), natif de Stagire en Macédoine, avait été le précepteur d’Alexandre le Grand.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
L’Esprit de Guy Patin (1709),
Faux Patiniana II-7. Note 52

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(Consulté le 13.08.2022)

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