Annexe : L’ultime procès de Théophraste Renaudot contre la Faculté de médecine de Paris, perdu le 1er mars 1644
Note [53]

« Va-t’en tuer Caim » (v. note [1], lettre 474), avec une explication de l’acronyme Caim. Jean ii Riolan a mis la locution en contexte dans ses Curieuses recherches sur les Écoles en médecine de Paris et de Montpellier… (v. note [13], lettre 177), pages 122‑124 :

« Voyons ce qui se pratique aujourd’hui en la création des docteurs en médecine à Montpellier. {a} Je rapporterai les paroles des médecins de Rouen, la plupart docteurs de Montpellier, en la réponse au factum d’un médecin de Montpellier qui voulait s’introduire dans la ville de Rouen en montrant sa lettre de docteur, sans recevoir examen ni soutenir thèses. Voici les paroles :

“ Tout ce qui se fait à Montpellier maintenant n’est que l’ombre de ce qui s’y faisait jadis, c’est une pure piperie que la lecture {b} de trois mois que doit faire un bachelier depuis le baccalauréat jusques à la licence. On les voit en effet en robe et en bonnet entrer à la salle au son de la cloche, même prendre la chaire ; mais ce n’est que par forme, pour s’y montrer une seule fois et puis après, laisser couler trois mois de temps au bout duquel on est obligé de prendre lettre de lecture qui est de grand profit au Collège, sans lequel cette coutume inutile aurait été abrogée. Ainsi, les professeurs voient cet abus, et ils y connivent {c} et attestent, à la relation de quelques-uns que le prétendant a traités, {d} qu’il a lu par ledit temps de trois mois. Se peut-il voir une plus impie prévarication, voilée d’un prétexte plus spécieux ? Nous ne l’accusons pas seulement, mais ce sont ceux qui y connivent. Nous avons refusé instamment l’agrégation à plusieurs qui venaient de Montpellier, lesquels en leurs requêtes à cette fin, en demi-page de latin, faisaient des solécismes qui eussent mérité le fouet à la troisième. {e} Nous ne disons point ceci pour décréditer l’Université de Montpellier, mais pour l’avertir de son devoir et de n’envoyer pas, par toutes les bonnes villes de ce royaume, sous prétexte de sa réputation et autorité, des ignorants et gens mal conditionnés pour disposer de la vie de ses sujets, pour la conservation de laquelle, la considération et les soins du prince ne peuvent être plus légitimement employés. Les professeurs médecins de Montpellier, pour s’excuser d’une si grande circonspection qu’ils doivent avoir, disent que ce sont des passe-volants {f} qui ne demeurent point dans le pays et qu’ils les envoient occidere Caim, qui est par leur explication, prenant chaque lettre à part, Carmes, Augustins, Iacobins, Mineurs ”. »


  1. V. note [1], lettre 139, pour le déroulement des études médicales à Montpellier.

  2. Le cours.

  3. Ils en sont complices.

  4. Soudoyés.

  5. Troisième classe du collège (équivalent de notre troisième, mais avec, bien entendu, le latin comme matière obligatoire).

  6. Figurants intermittents (tels ceux qu’on soudoyait pour grossir la troupe lors des parades militaires).

Guy Patin s’égarait en remplaçant Carmes par Cordeliers (franciscains), qui est un mot purement français [corde liés (Furetière)] sans équivalent latin (mais c’étaient les mêmes moines que les frères mineurs, fratres minores ou minores).

Astruc (page 88) s’est aussi penché sur Caim :

« S’il en faut croire certaines relations, on dit dans cette action au nouveau docteur, par une espèce d’acclamation, Vade et occide Caim. C’est un fait qu’on trouve rapporté dans plusieurs auteurs. Il y a plaisir à voir la peine qu’ils prennent pour expliquer cette énigme. Selon les uns, les quatre lettres qui composent le mot mystérieux de Caim signifient les Carmes, les Augustins, les Jacobins et les frères Mineurs : Carmelitas, Augustinos, Iacobitas et Minores. Selon les autres, on entend par là les Cabaretiers, les Arabes, les Juifs et les Mahométans : Caupones, Arabes, Iudæos, Mahometanos. Enfin, il y en a d’autres encore qui croient qu’elles doivent s’entendre des maladies chroniques, aiguës, inconnues et connues : Chronicos, Acutos, Ignotos Notosque affectus. {a} Il est fâcheux que des explications si recherchées n’aient aucun fondement, car il est certain qu’on ne dit point dans la Faculté de Montpellier Vade et ocide Caim, et il n’y a même pas apparence qu’on l’ait jamais dit. »


  1. Mais avec alors Cain pour Caim.

Le titre d’un traité de Johann Christoph von Ettner (médecin et alchimiste allemand, 1650-1724), Vade et Occide Cain, oder Sehe und schlage den Cain todt (Francfort et Leipzig, Veuve et héritiers de Michael Rohrlachs, 1724, in‑8o), adopte la dernière interprétation fournie par Astruc.

Imprimer cette note
Citer cette note

x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Annexe : L’ultime procès de Théophraste Renaudot contre la Faculté de médecine de Paris, perdu le 1er mars 1644. Note 53

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=8008&cln=53

(Consulté le 15.07.2020)

Licence Creative Commons