Annexe : L’ultime procès de Théophraste Renaudot contre la Faculté de médecine de Paris, perdu le 1er mars 1644
Note [54]

« De quel droit ferait-on à Paris tels médecins de moindre envergure [soldats plus légèrement armés], qui ensuite revendiquent en haut lieu leur origine et leur dignité, sans en avoir la moindre autorité ? »

Dans sa Défense de 1641 (v. supra note [17]), René Moreau avait utilisé le même argument contre Théophraste Renaudot (page 27) ; lequel lui avait rétorqué dans sa Réponse (v. même note [17]), pages 52‑53 :

« Toutefois, puisque ce bravache fait tête partout, il lui faut répondre. Il commence mal pour faire bonne fin : c’est par une fausse présupposition que les docteurs de Montpellier qu’il appelle à la grande mode emploient plus d’étude à obtenir leurs licences que ceux de la petite mode, qui les acquièrent, dit-il, avec fort peu de travail, et que ceux-ci n’y oseraient faire la médecine. Il se trompe : il n’y a qu’un même nombre d’actes et une pareille capacité requise à tous les docteurs de cette célèbre Faculté ; ils ont tous le même droit d’exercer la médecine dans ladite ville ; et pour la pratiquer, il suffit d’y être docteur, étant permis d’y demeurer à tous ceux qui y ont pris leurs degrés. Ce qui trompe notre écrivain est que les professeurs ordinaires du roi {a} ne pouvant suffire à présider à tous les actes qui se font dans cette Faculté (pource que chaque docteur en fait quatorze, sans comprendre l’acte du doctorat, au lieu de trois seulement qui se font à Paris), {b} ils ont agrégé deux docteurs de leur Faculté pour leur aider ; lesquels, pour y être admis, ne font aucun autre acte d’agrégation que de présider à leur tour ; en considération de laquelle peine, ils participent aux émoluments de l’École, desquels il ne serait pas raisonnable de faire part à tous les autres pratiquants dans la ville ou ailleurs, qui ne prennent point cette peine. Les autres différences qu’y apporte notre écrivain ne servent qu’à faire rire de son ignorance ceux qui viennent de ce pays-là. Qu’il se déporte donc de cette erreur grossière que je n’aurais pas le pouvoir de faire la médecine dans Montpellier. »


  1. Titre coutumier qu’on attribuait aux professeurs de Montpellier, mais qui ne signifiait pas « professeur royal », c’est-à-dire professeur titulaire d’une chaire du Collège royal de France.

  2. V. note [1], lettre 139, pour les actes de l’Université de médecine de Montpellier. Pour la Faculté de Paris, Renaudot n’avait en tête que les trois actes du doctorat (vespérie, doctorat proprement dit et antéquodlibétaire, soutenus dans l’année suivant l’obtention de la licence, v. note [13], lettre 22), passant sous silence les trois thèses (deux quodlibétaires et une cardinale, v. note [1], lettre 1) que devaient disputer les bacheliers pendant les deux années de leur préparation à la licence, quand seulement trois mois séparaient le baccalauréat du doctorat à Montpellier.

    Dans ses attaques, chacun des deux adversaires taisait donc complaisamment les faits qui contredisaient son argutie ; soit un dialogue de sourds où les omissions interdisent tout jugement définitif.


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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Annexe : L’ultime procès de Théophraste Renaudot contre la Faculté de médecine de Paris, perdu le 1er mars 1644. Note 54

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(Consulté le 13.07.2020)

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