À Charles Spon, le 7 février 1648
Note [57]

Olivier Le Fèvre d’Ormesson (Journal, tome i, pages 419‑420, jeudi 16 janvier 1648) :

« nous allâmes tous au Palais-Royal au nombre de 50, avec la robe et le chapeau ; nous entrâmes dans le petit cabinet et puis dans le grand, où la reine vint s’asseoir avec le roi. En passant, dans la presse, M. le cardinal lui marcha sur la robe, elle se retourna avec furie, mais voyant que c’était M. le Cardinal, elle lui sourit. Auprès du roi étaient M. le duc d’Orléans et M. le Cardinal, debout et nue tête ; de l’autre côté, M. le Prince et M. le chancelier, et nous tous en cercle autour. La reine dit que M. le chancelier nous ferait connaître son intention. Il prit après la parole, nous reprocha nos assemblées trop longues pour les résolutions que nous y avions prises, trop courtes pour bien examiner la conséquence des matières que nous y avions proposées ; que nous avions arrêté {a} de donner mille écus à chaque veuve, {b} comme pour contraindre le roi à nous donner le droit annuel, {c} ou lui montrer que nous n’en avions que faire ; que le droit annuel était une grâce qui cesserait d’être grâce si le roi y était contraint ; que nous avions résolu de donner 10 000 livres par an à ceux qui seraient exilés, jugeant bien nos résolutions criminelles ; que nous avions douté si le roi pouvait créer des offices. Sur cela la reine prit la parole avec un ton aigre et nous dit : “ Vraiment, vous êtes de belles gens pour douter de mon autorité. Je l’apprendrai bien à quiconque en voudra parler ; continuez, M. le chancelier. ” Il acheva par la puissance des rois de créer des offices, sans parler de minorité, et nous dit ensuite que le roi nous interdisait tous de l’entrée de ses conseils jusqu’à ce qu’il en voulût ordonner autrement.
Sur cela, sans dire une seule parole, nous nous retirâmes. La reine ayant dit à M. le chancelier qu’il oubliait le papier, il nous rappela et nous dit que le roi nous ordonnait de rapporter la feuille que nous avions signée ; et quelqu’un lui ayant fait signe de la tête qu’il n’y en avait point, il ajouta : “ Et comme par vos visages il paraît qu’il n’y en a point, le roi vous ordonne de lui apporter une déclaration qu’il n’y en a point, sur la perte de vos charges. ”
Sur quoi nous nous retirâmes derechef sans ouvrir la bouche et allâmes tous au Palais. […] Là, sans aucun étonnement, nous délibérâmes de former le lendemain matin notre opposition au Parlement à l’exécution de l’édit, les chambres assemblées. » {d}


  1. Décidé.

  2. De maître des requêtes.

  3. La paulette.

  4. C’était bien le véritable début de la Fronde.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 7 février 1648. Note 57

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(Consulté le 03.12.2020)

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