À Charles Spon, le 1er mars 1650
Note [58]

« avoir mêmes désirs n’est pas avoir mêmes capacités » ; construction rappelant Sénèque le Jeune (Lettres à Lucilius, épître xx, § 2) :

Quid est sapientia ? Semper idem velle et idem nolle vera amiticia est.

[Qu’est-ce que la sagesse ? Persévérer sans relâche dans les mêmes désirs et dans les mêmes refus].

L’épître du Sennertus (v. note [38], lettre 224) se complaît en effet à comparer Guy Patin à Daniel Sennert :

Enimvero et Tu, et Ille Musas elegantiores a teneris oculitus deperistis, ipsarum cultores miro favore prosecuti semper fuistis. Et cum mutas ad artes agitandas animos appulissetis, vere in ipsis Roscii (quod dicitur) exstistis, vosque Philiatricæ pubi duces ac mystagogos ad Medicinæ penetralia inspectanda comiter præbuistis in prædoctis Academiis, Tu quidem Leucetica, Ille vero Leucorea : multas interim offucias, quibus ars misere deformabatur, auditores dedocendo, ipsosque viva voce, scriptis eruditissimis, exemplo denique proprio ad Veritatis amorem incendendo ac manuducendo. Quis iam memoret utriusque vestrum in medendo, ægrisque innumeris opitulando solertiam ac felicitatem nulli secundam ? prætereaque incredibilem animi candorem, singularem vitæ morumque integritatem, conversationis Sirenas non minus utiles quam iucundas, stupendam philomathiam, aut potius μουσοληψιαν, indeque natam bibliomaniam illam nunquam satis laudandam, qua perciti Bibliothecas vobis comparastis omni genere Codicum tam excusorum quam calamo exaratorum instructissimas ? etc.

[C’est un fait que, dès l’âge le plus tendre, vous et lui avez aimé les très délicates Muses comme la prunelle de vos yeux ; vous avez toujours accompagné leurs adorateurs d’une admirable faveur. Et comme vous avez poussé les esprits à s’occuper des arts muets, {a} vous vous y êtes montrés (à ce qu’on dit) deux Roscius ; {b} et en maîtres et guides, vous avez incité les jeunes philiatres à examiner avec ardeur les mystères de la médecine dans les savantes facultés, vous à Paris et lui à Wittemberg ; en faisant oublier aux étudiants beaucoup de tromperies qui défigurent misérablement l’art, et en les enflammant pour l’amour de la vérité et en les y menant par la main, tant de vive voix que par de fort savants écrits ou par votre propre exemple. Qui oublierait jamais l’adresse et le bonheur à nuls autres pareils que tous deux avez mis à soigner et secourir des malades sans nombre ? et surtout votre incroyable candeur d’âme, la singulière intégrité de votre vie et de vos mœurs, les charmes de votre fréquentation, non moins utiles que plaisants, votre merveilleux amour des sciences, ou plutôt votre possession des muses ; et enfin votre bibliomanie innée, que jamais on ne louera assez et qui vous a conduits à vous procurer les bibliothèques les mieux pourvues en livres de toute sorte, tant imprimés que manuscrits ? etc.].


  1. Étude silencieuse, fondée sur la lecture et l’écriture.

  2. V. note [132], lettre 166.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 1er mars 1650. Note 58

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0219&cln=58

(Consulté le 13.08.2022)

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