À Charles Spon, le 10 mars 1648
Note [6]

« comme un voleur, la nuit, et ce que tu as amassé, qui l’aura ? » (Luc 12:20).

En 1644, Guillaume Du Val (Le Collège Royal de France…, v. note [5], lettre 98) a salué l’abnégation de Jean Chartier (page 85) :

« Finalement, pour chef-d’œuvre de tant de travaux, le laborieux René Chartier, plein de courage et d’amour du bien public, et pour l’honneur de son art et profession, et de la Faculté de médecine de Paris qui l’a invité à ce faire, il a entrepris cette belle et grande édition grecque et latine in folio de toutes les œuvres d’Hippocrate et de Galien, et déjà en a fait imprimer huit grands tomes [i, ii, iii, iv, v, vi, viii et xiii] à ses dépens, études et soins ; et promet de tout achever au plus tôt, attendant ce qui reste, et de plus curieux, du Levant, d’où on lui doit envoyer. »

Deux tomes supplémentaires (vii et xi) allaient paraître en 1649. Bien qu’imprimés, les trois derniers (ix, x et xii) n’avaient pas encore été mis en vente quand Chartier mourut, complètement ruiné, en 1654.

« Par Guy Patin et par d’autres [Éloy], on sait que la parution des tomes se fit un peu au petit bonheur, Chartier ayant décidé de vendre à mesure ce qui était prêt, sans respecter l’ordre des tomes, ceci probablement pour rentrer le plus vite possible dans ses débours. Le financement de l’opération lui posait en effet de graves problèmes car, d’une part, il semble bien que les achats de papier étaient entièrement à sa charge et non pas à celle de Soubret [son imprimeur], et d’autre part, les pièces de procédure trouvées chez lui laissent penser qu’à propos de son “ Grand Galien ” il eut maille à partir avec plusieurs libraires, ce qui lui occasionna fatalement des frais importants. Après plus de vingt ans d’efforts et de labeur acharné, René Chartier mourut en laissant son œuvre inachevée et sa famille ruinée. Néanmoins, tout inachevée qu’elle fût, cette œuvre était très belle […]. Connut-elle le succès qu’elle méritait ? Il est permis d’en douter quand on constate le nombre d’exemplaires non vendus qui furent trouvés par les libraires-priseurs dans trois pièces de la maison de Chartier. Ces priseurs nous apprennent que lors de l’inventaire six [sic pour huit] tomes étaient achevés et soigneusement empaquetés, et que les ixe, xe et xiie tomes étaient sous presse. Ils dénombrent 862 paquets des six [huit] tomes achevés et 1 000 paquets de chacun des trois tomes en cours d’impression. Ils relèvent également les rames de papier blanc trouvées aussi bien chez l’auteur que chez l’imprimeur. Pour sa part, Soubret ne détenait que 52 rames ; mais chez Chartier on inventorie 109 rames de papier “ gâtés et imparfaits ” et 255 rames de papier de diverses sortes, ces dernières étant destinées à être transportées chez l’imprimeur au fur et à mesure des besoins. Étant donné qu’une rame contient 500 feuilles de papier, on imagine l’encombrement qui pouvait régner dans la demeure de Chartier » (Lehoux, pages 460‑461).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 10 mars 1648. Note 6

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(Consulté le 17.09.2021)

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