À André Falconet, le 31 mars 1667
Note [6]

« “ En divers temps, je me suis trouvé trois épouses : comme jeune homme, comme homme mûr, et comme vieillard. La première s’est unie à moi pour le besoin de mes fougueuses années, la seconde pour ses richesses, la troisième pour mon secours. ” Acquittez-vous d’une obole car vous avez eu une fable. »

Bayle (article Bèze) a donné une traduction plus libre de ce quatrain :

« J’ai épousé trois femmes en divers temps, dans ma jeunesse, dans mon âge viril, et dans ma vieillesse. J’ai épousé la première pour le plaisir de l’amour, la seconde à cause qu’elle était riche, la troisième afin qu’elle eût soin de moi dans mes infirmités. »

Ce qu’écrivait ici Guy Patin est en effet une fable. Selon Bayle, Théodore de Bèze (v. note [28], lettre 176) se maria deux fois et non trois : il vécut 40 ans avec sa première épouse, Claudine Denosse ; il se remaria à 69 ans, en 1588, avec une veuve qui lui survécut, nommée Catherine de la Plane, qui eut grand soin de lui tant qu’il vécut. « Patin s’abuse, dit Bayle, lorsqu’il conte qu’Étienne Pasquier fit des vers sur les trois mariages de Th. de Bèze. »

La légende des trois mariages vient d’un médisant moine feuillant nommé Pierre de Saint-Romuald (Abrégé du trésor historique et chronologique, Paris, F. Clousier, 1660, 3 volumes in‑12o, page 391 à l’an 1605), en ce passage :

« Il s’était marié pour la troisième fois à l’âge de 70 ans et en avait donné avis à son intime ami Junius, Hollandais, en ces termes, “ Si c’est une folie de se marier à 70 ans, voilà que je viens de la faire ”. C’était un vieux coq, qui ne pouvait se détacher du char de Vénus, auquel il avait été attelé dès sa jeunesse. » Si ce moine et Patin avaient consulté le xixe livre des lettres d’Étienne Pasquier, conclut Bayle, « ils auraient parlé avec plus d’exactitude. Pasquier y conte qu’ayant ouï dire que Th. de Bèze s’était remarié, “ il fit ce quatrain en faveur de celui qui aurait épousé trois femmes ” ».

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 31 mars 1667. Note 6

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(Consulté le 28.02.2021)

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