Autres écrits : Ana de Guy Patin :
L’Esprit de Guy Patin (1709),
Faux Patiniana II-1
Note [6]

Vitruve, Marcus Vitruvius Pollio, fameux architecte et ingénieur romain du ier s. av. J.‑C., est auteur des De Architectura libri decem [Dix livres d’Architecture], dont Guy Patin aurait pu lire une des nombreuses éditions latines (mais sans en avoir jamais parlé dans les lettres que nous avons de lui). Claude Perrault les a traduits, commentés et illustrés. {a} Patin n’a pas eu accès à cet ouvrage, mais j’ai emprunté à Perrault la traduction du passage qu’il citait sur la description d’Halicarnasse, fondée par le roi Mausole {b} (livre ii, chapitre viii, pages 43‑44) :

« En la pointe droite de la colline, il bâtit le temple de Vénus et de Mercure auprès de la fontaine de Salmacis, qu’on dit rendre malades d’amour ceux qui boivent de son eau : {c} ce qui est une chose si peu vraie qu’elle mérite bien d’être expliquée afin qu’on sache pourquoi cette fausse opinion s’est répandue dans le monde.

Il est certain que ce qu’on dit de la force que cette fontaine a pour rendre efféminés ceux qui en boivent n’est fondée que sur ce que son eau est fort claire et fort agréable à boire, car lorsque Mélas et Arénavias menèrent une partie des habitants de la ville d’Argos et de Træsène pour habiter en ce lieu, ils en chassèrent les Barbares cariens et lélègues {d} qui, s’étant retirés dans les montagnes, se mirent à faire des courses sur les Grecs et à ravager tout le pays par leurs brigandages. En ce temps-là, un des habitants ayant reconnu la bonté de cette fontaine, y bâtit une loge, dont il fit un cabaret garni de tout ce qui était nécessaire, espérant y faire quelque gain ; et en effet, il réussit si bien en son exercice que les Barbares y vinrent comme les autres, et s’accoutumèrent, en vivant avec les Grecs, à la douceur de leurs mœurs, et changèrent leur naturel farouche volontairement et sans contrainte. De sorte que ce qu’on dit de la vertu de cette eau ne se doit point entendre de la mollesse dont elle corrompe {e} les âmes, mais de la douceur qui a été inspirée dans celles des Barbares à cette occasion. » {f}


  1. Paris, Jean-Baptiste Coignard, 1673, in‑fo de 325 pages ; v. note [6], lettre 698, pour Claude Perrault, docteur régent de la Faculté de médecine de Paris (en 1642) et fameux architecte français du xviie s.

  2. Halicarnasse était un port de la mer Égée en Carie (actuelle Anatolie). V. notule {a}, note [45] du Faux Patiniana II‑3, pour le roi Mausole.

  3. Salmacis (L’Encyclopédie) est le « nom d’une Nymphe tellement amoureuse d’Hermaphrodite [v. note [2] du Naudæna 3], fils de Mercure et de Vénus, que l’ayant surpris comme il se baignait dans une fontaine de Carie, elle se jeta dedans et en l’embrassant étroitement, elle pria les dieux de les unir pour jamais. Sa prière fut exaucée, leurs deux corps n’en firent plus qu’un, où était néanmoins conservé le sexe de l’un et de l’autre. La fable ajoute que depuis cette fontaine située près d’Halicarnasse fut nommée Salmacis, et que tous ceux qui s’y baignaient devenaient efféminés. »

  4. Mélas était un des Argonautes (v. notule {b} de la triade 82, note [41] du Borboniana 11 manuscrit) venus d’Argos et de Træsène, dans le Péloponnèse, pour coloniser la Carie. Arénavias était probablement un autre membre de l’expédition. Lélègues et Cariens étaient les aborigènes (Barbares) qui peuplaient cette contrée.

  5. Sic pour corromprait.

  6. Libre traduction du passage latin cité par L’Esprit de Guy Patin, qu’on peut rendre plus littéralement par : « Cette eau ne s’est pas acquis telle réputation par quelque impudique et malsaine corruption, mais parce que la douceur de l’amabilité a attendri les esprits des Barbares. »

Je n’ai pas identifié celui que Guy Patin aurait ici qualifié de « médecin nouveau » et « grand mythologiste » (spécialiste des fables antiques).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
L’Esprit de Guy Patin (1709),
Faux Patiniana II-1. Note 6

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(Consulté le 01.12.2022)

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