De Charles Spon, le 15 janvier 1658
Note [6]

« chacun a son penchant qui l’entraîne » (Virgile, Bucoliques, églogue ii, vers 65).

On a de Charles Spon la Sibylla medica : Hippocratis libellum Prognosticon, heroico carmine latine exprimens. Ad Illustr. Virum, Guidonem Patinum Bellovacum, Doct. Med. Ordinis Parisiensis, Consil. Medicumque Regium, necnon Regium Anatomices ac Botanices in Acad. Parisina Interpretem [La Sybille médicale de Charles Spon, docteur en médecine de Lyon, traduisant le Pronostic d’Hippocrate en un poème héroïque latin. Dédiée au très illustre Guy Patin, natif de Beauvaisis, docteur en médecine du Collège de Paris, conseiller médecin du roi, ainsi que professeur royal d’anatomie et botanique en l’Université de Paris] (Lyon, Jean-Antoine Huguetan et Marc-Antoine Ravaud, 1661, petit in‑fo, Gallica). En voici la dédicace latine et grecque :

Opellæ
NUNCUPATIO

Guido Patine, Asclepiadum magnæ Urbis ocelle,
Tot meritis tantisque micans, mea maxima cura,
Deliciumque illustre, meos tibi nuncupo versus,
Gemmea divini recinentes sensa magistri
Prognoses circa medicas. Tu fronte serena
Hos (quæso) excipias, nostri ceu pignora cultus,
Quem vivos apud esse volo, serosque nepotes
Testatum, nobis modo charta sit ista superstes,
Quæ perarata anno, Pacem quo Gallus Iberque
Sanxere, augustoque ratam fecere Hymenæo
.

AD EUNDEM.

καρολος ουιδιω πατινω τηνδ’ ωπασε βιβλον
σπονιοσ, αιδιου μνημοσυνoν φιλιας.

[DÉDICACE d’un modeste ouvrage

Ô Guy Patin, perle des Asclépiades de Paris {a}, si éclatante d’immenses mérites, vous qui êtes l’objet de tous mes soins et de ma lumineuse affection, je vous dédie mes vers qui font résonner les précieuses sentences du divin maître sur les pronostics médicaux. Recevez-les (je vous prie) sereinement, en gage de mon admiration ; vous dont je veux l’approbation, tant aux yeux de nos contemporains qu’à ceux de nos lointains descendants ; tout comme nous survivra ce traité, signé voici un an, qui a ratifié la Paix entre le Français et l’Espagnol, et qu’un auguste Hymen a scellé. {b}

AU MÊME.
Charles Spon a offert à Guy Patin le livre que voici, en souvenir de leur éternelle amitié]. {c}


  1. Les docteurs régents de la Faculté de médecine de Paris, ou descendants parisiens d’Esculape (v. note [4], lettre 551).

  2. Paix des Pyérénées conclue le 7 novembre 1659, suivie, le 9 juin 1660, du mariage de Louis xiv (le Français) avec l’infante Marie-Thérèse (fille du roi d’Espagne, Philippe iv, l’Espagnol).

  3. Vers grecs transcrits et traduits grâce à l’aide précieuse et diligente du Pr Sophie Minon (v. note [1], lettre 115), qui l’a enrichie d’un commentaire si érudit que je ne puis me garder de le transcrire, ce qui est une façon de célébrer la première apparition du nom de Guy Patin écrit en grec dans notre édition (v. notule {a}, note [10], lettre latine 194, pour la seconde) :

    « La forme est bien sûr poétique, la forme convenue du distique élégiaque : hexamètre dactylique suivi du pentamètre.
    τηνδ’[ε] est simplement le démonstratif du plus proche (lié à la sphère de la 1re personne : celui-ci, ce que voici), à l’accusatif féminin singulier car βιβλος [livre] est féminin.
    La langue est recherchée : le verbe οπαζω [j’offre] est presque exclusivement homérique, voire pindarique : référence à la poésie épique ou lyrique. Le nom neutre μνημοσυνον [souvenir] est très recherché, mais prosaïque.
    L’ordre des mots est métrique, voire joliment choisi, avec la mise en tête des prénoms du dédicant et du dédicataire accolés.
    Curieusement, les omégas de ουιδιω πατινω sont sans iotas, ni adscrits ni souscrits. Tel quel, ce datif singulier sans iota est d’allure tardive et épigraphique, mais non manuscrite. Il témoigne certes de l’évolution phonétique des diphtongues à o long suivi de i, dont la simplification par monophtongaison a conduit tôt dans l’antiquité (à la fin de l’époque classique) au simple o long. Mais comme la référence est ici littéraire, aux bons classiques, il est un peu étonnant que le datif ait été orthographié sans son iota ; ou alors, est-ce la connaissance d’un grec plus byzantin que classique ? Après tout, nous sommes encore assez proches de la Renaissance, où l’on redonna vie au grec en France [et sans doute en Allemagne où Spon l’avait appris] grâce à l’enseignement de maîtres que l’on fit tout d’abord venir de Byzance. »


Spon avait de même façon traduit en vers latins les Aphorismes d’Hippocrate, mais ils n’ont pas été imprimés.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – De Charles Spon, le 15 janvier 1658. Note 6

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=9031&cln=6

(Consulté le 21.10.2020)

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