Autres écrits : Commentaires de la Faculté rédigés par le doyen Guy Patin (1650-1652) : 3b. Novembre 1651-novembre 1652, Décrets et assemblées de la Faculté de médecine
Note [65]

Vexé et fort courroucé par l’arrogance de l’abbé des Roches, Guy Patin a rédigé tout ce paragraphe dans son plus pompeux latin, celui des grands jours, imprégné d’éloquence cicéronienne, qui défie mes modestes talents de traducteur. J’en ai simplifié les circonlocutions rhétoriques, mais crois en avoir respecté le sens et l’exaspération. Le doyen y mêlait hardiment les quatre griefs qu’il faisait à l’abbé :

  1. contraindre la Faculté, par le décret qu’elle avait porté en 1643 (v. supra note [29]), à faire les frais de la reconnaissance qu’il voulait exprimer envers Lancelot de Frades, son médecin et son cousin par alliance (v. la citation d’Hazon dans la note [3], lettre 83) ;

  2. avoir obligé la Faculté, en vertu du même décret, à recevoir bachelier Claude de Frades, fils de Lancelot, en dépit de ses mœurs suspectes et de son peu d’application à l’étude, et en l’exonérant des droits, tant officiels que privés, dus pour tous ses actes de médecine ;

  3. méditer d’engager un procès contre Faculté si elle ne tenait pas son engagement envers les de Frades, et avoir eu l’outrecuidance de le lui faire signifier par un huissier à la chaîne, sans aucun égard, comme on ferait du plus vil des justiciables ;

  4. croire que par sa promesse de donner 30 000 livres aux Écoles, en vue de leur hypothétique reconstruction, lui gagnait la soumission et le respect absolus de la Faculté.

Ce morceau de bravoure du doyen, au nom de la Faculté, montre la très haute idée qu’elle se faisait de sa dignité et de sa liberté : plutôt que les aliéner à autrui, elle s’était permis, en moins de deux mois, (a) de rejeter le candidat que des Roches avait présenté pour la cure de Saint-Germain-le-Vieux (v. supra note [43] et la délibération finale du 4 septembre), ce dont il paraissait vouloir ici se venger, et (b) de s’insurger contre le très médiocre bachelier qu’il l’avait contrainte à recevoir. Outrée et faisant fi de ses autres querelles, la Faculté s’était unanimement (hormis Lancelot de Frades et ses proches alliés) mise en ordre de bataille derrière Guy Patin.

En 1662, le testament de l’abbé mit perfidement fin à sa dispute avec la Faculté (v. Hazon dans la note [3] précédemment citée).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Commentaires de la Faculté rédigés par le doyen Guy Patin (1650-1652) : 3b. Novembre 1651-novembre 1652, Décrets et assemblées de la Faculté de médecine. Note 65

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(Consulté le 20.10.2020)

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