À Charles Spon, le 14 juin 1650
Note [7]

Dubuisson-Aubenay (Journal des guerres civiles, tome i, pages 266‑267) :

« Ce jour, {a} les Suisses, en humeur de s’en aller, levèrent la garde du Palais-Royal et abandonnèrent la faction. {b} Néanmoins, le soir, le roi dit qu’il ne voulait point qu’ils s’en allassent et appela le capitaine Jacques, qui est lieutenant des Cent-Suisses de la garde sous le duc de Bouillon-Lamarck, et lui dit cela. M. le Cardinal dit que s’ils étaient opiniâtres à s’en aller, qu’ils s’en allassent et qu’il avait en main une autre milice pour la garde du roi. On croit que ce sont Italiens. Les Suisses témoignent amour pour le roi et désir de demeurer à son service. Ils demandent un million comptant sur cinq millions (autres disent trois) et six cent mille livres qui leur sont dus de leurs soldes des ans passés et présent. Paris, en sa bourgeoisie, murmure que l’on les congédie pour prendre des Italiens. […]
Samedi 28, les Suisses, au moins les Grisons engagés au service comme les Suisses, reprirent leur poste au Palais-Royal, ce qui a fait croire que leur affaire était accommodée. Ils furent aussi chez le surintendant nouveau et en sortirent fort gais. On leur donne deux cent mille livres qui sont chez le sieur Boulin, receveur du marc d’or {c} pour les chevaliers de l’Ordre du Saint-Esprit, et de leur consentement, parce qu’ils se remboursent d’autant sur les parties casuelles et droit annuel de cette armée au nouvel an venant prochain, et deux cent mille autres livres comptant, puis six cent mille livres en trois termes, le reste de cette année de deux mois en deux mois. Les six prochaines années suivantes, on leur payera le reste de ce qui leur est dû, montant à trois millions environ, avec l’intérêt. »


  1. Le 27 mai 1650.

  2. V. note [57], lettre 229.

  3. V. note [25], lettre 224.

Nicolas Goulas (Mémoires, tome iii, pages 227‑228) :

« Le président de Maisons ne fut pas plus tôt installé qu’on lui demanda d’immenses sommes car il était question de contenter les Suisses qui menaçaient de nous quitter et nous ôter ainsi notre meilleure infanterie. Il y avait si longtemps qu’on les menait et qu’on méprisait leurs remontrances que les cantons s’intéressèrent dans le mauvais traitement qu’ils recevaient. Ainsi l’on vit paraître une ambassade célèbre de gens à grande barbe qui prièrent la reine de les contenter en les congédiant. Certes leur harangue fut très favorablement écoutée ; l’on tomba d’accord qu’ils avaient raison, qu’on leur faisait tort, mais point d’argent, vu l’impossibilité d’en recouvrer et l’impuissance où était le roi. Ils se retirèrent fort civilement, prenant congé, et aussitôt la garde suisse de Sa Majesté est levée et la compagnie s’en va au quartier. Le lendemain que ces députés devaient venir saluer Son Altesse Royale avant que de partir, M. le garde des sceaux entra en négociation avec eux et fit tant qu’ils se contentèrent de 400 000 francs comptant, avec promesse de 300 000 trois mois après, et d’acquitter tout ce qui leur était dû en quatre ou cinq années. »

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 14 juin 1650. Note 7

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(Consulté le 13.11.2019)

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