À Charles Spon, le 6 septembre 1658
Note [7]

« sur ce sujet, voyez de Thou, vers la fin du tome cinq de l’édition de Genève » : édition genevoise (chez Pierre de La Rovière, 1620-1626, en 5 volumes in‑fo) des Historiarum sui temporis de Jacques-Auguste i de Thou.

Guy Patin renvoyait Charles Spon au livre cxxxvii (Henri iv, 1607, Thou b, tome xiv, pages 560‑561), Causes du démêlé de Paul v avec la République de Venise :

« Un moine de l’Ordre de saint Augustin avait porté sa brutalité jusqu’à violer une fille de douze ans. Pour cacher ce crime par un plus grand encore, il l’avait inhumainement massacrée. Les supérieurs de son Ordre s’étant contentés de le condamner aux galères, le Sénat, indigné de leur indulgence, fit arracher le moine de son monastère, instruisit son procès à la rigueur et le condamna à être coupé en quatre quartiers. Ce jugement fut suivi d’un autre moins rigoureux à la vérité, mais aussi triste. Un dominicain nommé Antoine ayant eu l’insolence d’accompagner en habit de deuil son frère condamné au bannissement, le Sénat le bannit lui-même à perpétuité. Depuis peu le Conseil des dix avait fait arrêter et jeter dans les cachots deux prêtres convaincus de crimes énormes. Le premier, nommé Scipion Saraceno, chanoine de Vicence, déjà déshonoré par ses débauches, avait longtemps sollicité une dame de ses parentes ; irrité de ses refus, il avait osé, au mépris de l’honnêteté et de la sûreté publique, aller chez elle comme chez une courtisane et lui faire les dernières insultes. Le second de ces prêtres se nommait Brandolin-Valdemarin, natif de Forli et abbé de Nervéze. Il était atteint et convaincu d’avoir exercé plusieurs brigandages dans le territoire de Venise, d’avoir empoisonné plusieurs personnes, entre autres un prêtre complice de ses crimes, d’avoir fait assassiner son père et son frère, d’avoir abusé de sa propre sœur, et d’avoir employé la magie et le sortilège pour satisfaire ses passions brutales. À ces exemples de sévérité, il faut ajouter ce décret du Sénat, porté trois ans auparavant : il enjoignit à tous les gouverneurs des villes et places de la Seigneurie de prendre garde que les religieux et les prêtres, les collèges et les communautés, les laïcs mêmes, n’entreprissent de bâtir églises, monastères ou hôpitaux dans l’étendue de leur gouvernement ; il menaçait de bannissement tous ceux qui contreviendraient à la défense, et confisquait au profit du Domaine l’édifice et le fonds sur lequel il se trouverait bâti. Le Sénat ne se montra pas plus favorable aux ecclésiastiques en 1605 […], <avec> un décret qui défendait aux religieux et à tous les ecclésiastiques de s’autoriser jamais <du> prétendu droit de retrait ni de tout autre titre, quel qu’il pût être, pour s’attribuer la propriété des terres que les laïcs voulaient aliéner. […] Clément viii, ce pape si recommandable par sa modération et par sa sagesse, avait toujours cru devoir dissimuler tous ces actes de juridiction, que le Sénat cependant faisait à ses yeux. Paul v son successeur pensa tout autrement. À peine fut-il assis sur le trône de saint Pierre qu’il en fit des plaintes secrètes à l’ambassadeur de la République. »

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 6 septembre 1658. Note 7

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(Consulté le 25.01.2020)

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