À André Falconet, le 10 mai 1661
Note [8]

Mlle de Montpensier a raconté (Mémoires, deuxième partie, chapitre iv, pages 514‑519), de manière à la fois triste et cocasse, comment elle accompagna le départ à contrecœur de sa demi-sœur, Marguerite-Louise, pour la Toscane :

« En partant de Paris, nous fûmes à la messe à Saint-Victor, qui est sur le chemin de Fontainebleau ; {a} en disant adieu à Madame sa mère, il n’est pas surprenant qu’elle pleurât beaucoup. Le prince Charles {b} vint nous conduire jusqu’à Saint-Victor ; il ne nous vit pas monter en carrosse ; on m’a dit depuis qu’il était dans le cloître. Tout le chemin, ma sœur ne fut pas gaie. Elle envoya tout son équipage, elle ne garda pas seulement une femme de chambre ; elle coucha dans la mienne à Fontainebleau et se servit de mes femmes. Nous y fûmes deux ou trois jours où elle s’ennuya fort. M. de Béziers {c} était au désespoir de la manière dont elle reçut le matin tous les gens qui lui vinrent dire adieu : elle s’habillait dans sa garde-robe où sa toilette était mise sur une table ; enfin, rien n’était moins propre, et n’avait pas l’air de dignité ni de gravité à l’italienne. MM. Le Tellier, Lionne et Colbert en furent étonnés et me dirent comme je le souffrais. En prenant congé de Leurs Majestés et en disant adieu à tout le monde, elle ne jeta pas une larme. Nous allâmes coucher à Montargis où elle n’avait pas voulu que l’on portât son lit, ce qui me surprit quand je le sus. En arrivant, elle me dit : “ Je coucherai avec vous. ” J’en fus bien fâchée, aimant mes aises et n’étant pas accoutumée à coucher avec personne. Elle était ravie, de quoi j’en étais fâchée. Elle s’endormit devant moi, dont bien me prit car elle se mit à rêver et me sauta à la gorge ; si j’eusse été endormie, elle m’aurait étranglée. Je ne dormis point le reste de la nuit, de crainte que la même rêverie ne la prît. Elle fit toute la journée à cheval le lendemain, et il y a treize ou quatorze lieues de Montargis à Saint-Fargeau ; elle se trouva mal en arrivant, soupa peu et s’alla coucher. Le lendemain, elle dormit jusqu’à trois heures, et dès qu’elle fut habillée, elle s’en alla se promener […].
Dès que nous eûmes dîné, {d} nous partîmes pour aller à Cosne, {e} où on trouva tout son train. Lors, elle commença à pleurer et pleura toute la nuit à ce que l’on me dit. Le prince Charles {f} s’en retourna à Paris le lendemain. Nous nous séparâmes à l’église ; elle partit la première, criant les hauts cris ; tout le monde pleurait. »


  1. Où était la cour.

  2. Charles de Lorraine, amoureux déçu de Marguerite-Louise.

  3. Mgr Bonzi, résident du grand-duc de Toscane auprès du roi.

  4. Une semaine plus tard.

  5. Cosne-sur-Loire.

  6. Qui avait rejoint les princesses à Saint-Fargeau.


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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 10 mai 1661. Note 8

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(Consulté le 27.01.2020)

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