À Charles Spon, le 2 mars 1643
Note [9]

Guy Patin voulait ici dire que, comme les évêques de France, l’abbé Bourdelot, son collègue, aimait mieux gagner de l’argent que dire la messe le dimanche ; mais les mots qu’il employait ont un sens précis dans l’établissement des calendriers astronomiques.

  • Dans le système alphabétique de datation des jours, où leur quantiéme (de 1 à 28‑31 selon le mois) est remplacé par une lettre (allant de A à G, se répétant chaque 8e jour), la lettre dominicale correspond à tous les dimanches d’une année donnée. Les chronologistes ont mis au point des tables pour déterminer celle de chaque millésime : par exemple, la lettre dominicale de l’année 1453 est G. Ce système est principalement utilisé par les ecclésiastiques afin de déterminer la date du dimanche de Pâques. « La lettre dominicale est la lettre rouge de l’almanach qui marque le dimanche » (Furetière).

  • Le nombre d’or est une période de 19 ans « au bout de laquelle on voit arriver les mêmes lunations et la même épacte […]. On tient qu’il a été ainsi nommé ou à cause de l’utilité de son usage, ou à cause qu’on l’écrivait autrefois en caractères d’or » (ibid.). L’épacte est « la difference de l’année lunaire qui n’est que de 354 jours, d’avec l’année solaire qui est de 365 jours » (ibid.). On calcule pour chaque année un nombre d’or, compris entre 1 et 19 ; par exemple, celui de 1453 est 10. « On dit figurément en ce sens, qu’un homme entend le nombre d’or quand il a trouvé l’art d’amasser beaucoup de bien » (ibid.).

Plus spécifiquement, Patin faisait ici allusion à ce passage d’une lettre de Pierre i Du Moulin à Jean-Louis Guez de Balzac (Lettres des sieurs Du Moulin et de Balzac. Esquelles avec un concert d’éloquence, ils donnent leurs avis sur la religion et sur le devoir des sujets envers leurs princes, La Haye, Bernard Langenes, 1633, in‑4o, page 12) :

« La nouveauté peut donner quelque grâce aux habits ou aux sauces, mais non à la doctrine de salut : cela est bon pour l’Italie où les nouveaux saints font perdre le crédit aux vieux, et pour l’Église romaine, en laquelle le pape se vante de pouvoir changer ce que Dieu a commandé en sa parole et de pouvoir faire des nouveaux articles de foi ; lequel ne pouvant dire avec saint Pierre, je n’ai ni argent ni or, se sert de sa nacelle {a} pour trafiquer, faisant sonner les clefs dont il a changé les serrures. De ce chef, la défluxion {b} est tombée sur le corps du Clergé, qui a redressé la banque dans le Temple et laissant la lettre dominicale, s’est entièrement adonné au nombre d’or. De là vient que tout se vend, Dieu même et la rémission des péchés, et que les messes privées ne se disent que pour les âmes de ceux qui ont donné à l’Église, l’avarice ingénieuse pince même sur les sépulcres, un riche ne peut mourir à bon marché. »


  1. L’Église catholique romaine qu’on surnommait la « nacelle de saint Pierre ».

  2. V. note [6], lettre 603.

Imprimer cette note
Citer cette note

x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 2 mars 1643. Note 9

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0077&cln=9

(Consulté le 13.11.2019)

Licence Creative Commons