À André Falconet, le 10 décembre 1661
Note [9]

L’exécution eut lieu le 29 décembre 1661. Les deux suppliciés se nommaient Jacques Chausson, dit des Étangs, et Jacques Paulmier, dit Fabbri. Ils avaient été mêlés à une affaire de sodomie et de proxénétisme, aggravée de blasphème. La plainte d’Octave Julien des Valons, âgé de 17 ans, pour viol avait déclenché un procès dont le Dr Ludovico Hernandez (Fernand Fleuret) a publié les pièces (Les Procès de sodomie aux xvie, xviie et xviiie siècles publiés d’après les documents judiciaires conservés à la Bibliothèque nationale, Paris, Bibliothèque des curieux, 1920, pages 60‑87). Le poète Claude Le Petit (qui fut brûlé en Grève pour le même crime de pédérastie le 1er septembre 1662, à l’âge de 24 ans) a laissé ces vers sur le supplice :

« Amis, on a brûlé le malheureux Chausson,
Ce coquin si fameux à la tête frisée ;
Sa vertu par sa mort s’est immortalisée ;
Jamais on n’expira de plus noble façon.

En vain le confesseur lui prêchait dans la flamme,
Le crucifix en main, de songer à son âme ;
Couché sous le poteau, quand le feu l’eût vaincu,

Il chanta d’un air gai la lugubre chanson,
Et vêtit sans pâlir la chemise empesée,
Et du bûcher ardent, de la pile embrasée,
Il regarda la mort sans crainte et sans frisson.

L’infâme vers le ciel tourna sa croupe immonde,
Et pour mourir enfin comme il avait vécu,
Il montra, le vilain, son cul à tout le monde »

(ibid. pages 1‑2).

On en fit aussi cette chanson :

« Je suis ce pauvre garçon
Nommé Chausson (bis)
Et que si l’on m’a rôti
À la fleur de mon âge,
C’est pour l’amour d’un page
Du prince de Conti.

Que si l’on brûlait tous ceux
Qui sont comme eux (bis)
Dans bien peu de temps, hélas !
Plusieurs seigneurs de France,
Grands prélats d’importance,
Souffriraient le trépas.

Prions donc tous en ce lieu
La mère-Dieu (bis)
Et son noble fils Jésus,
Que tous les vits grossissent,
Que les cons rétrécissent,
Pour ne plus foutre en culs. »

(ibid. pages 4). Autre prétendue victime de Chausson, ce page de Conti se nommait Fesneau.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 10 décembre 1661. Note 9

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(Consulté le 25.11.2020)

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