À Johannes Antonides Vander Linden, le 9 février 1657
Note [9]

Guy Patin voulait prouver à Johannes Antonides Vander Linden qu’il lisait attentivement les livres qu’il lui offrait. L’assertion qui conteste la date ordinairement reconnue pour la naissance de Saumaise (15 avril 1588) se trouve à la page xviii des Prolegomena d’Antoine Clément (v. note [4], lettre 487) « sur les mérites et la vie de Saumaise » qui forment la préface du premier livre de ses lettres latines (v. note [12], lettre 392) :

His Parentibus editus est Heros noster, et quidem partu septimestri, Anno superioris seculi nonagesimo et sexto, in Suburbano Avi sui, quod propè Semurium visitur in Alexio Ballivatu. Unde et Alexium alibi se inscribit. Quibus verò argumentis Viri Clarissimi adducti hactenus fuerint, ut anno lxxxviii. natum assererent, equidem ignoro ; nec sequendos hic existimavi, cum universa vitæ series illud confutet, et ipse mihi Salmasius luculentus testis sit in Epistolis suis ; quod et deinceps pluribus adstruemus.

[Ces parents {a} ont donné naissance à notre héros, après une gestation de sept mois, en la 96e année du siècle dernier, dans la propriété de son grand-père qu’on visite près de Semur dans le bailliage d’Auxois ; ce qui fait qu’on lui donne aussi le nom de Semur-en-Auxois. J’ignore, à vrai dire, quels arguments ont jusqu’ici conduit des personnes très distinguées à soutenir qu’il est né en 88, et n’ai pas jugé bon de les suivre ici parce que tout le reste de sa vie le réfute, et que Saumaise lui-même m’en sert d’éminent témoin dans ses lettres ; et c’est ce que nous garantirons à la suite de plusieurs autres].


  1. Bénigne Saumaise (v. note [2], lettre 119) et Élisabeth Virot, père et mère de Claude i Saumaise.

Plus loin (page xxii) une naissance de Saumaise en 1593 se déduit de cette autre phrase :

Quod cum Parenti rescripsisset, circà Nonas Septembreis, anno ciɔ iɔ cvi, iter ingressus est, annum ætatis agens xiv.

[À ce qu’il a écrit à son père, il a entrepris son voyage {a} vers le 5 septembre 1606, dans sa 14e année]. {b}


  1. Pour Francfort.

  2. La 19e s’il était né le 15 avril 1588.

Plus loin encore (pages xxvii‑xxviii) :

Juvat audire, quæ in eam rem olim ad Clarissimum atque Eruditissimum Virum Fred. Gronovium scripsit, Epistola hujus Libri cxi. Scio me Auctorem illum (de Floro loquitur) olim in Germania curasse edendum, Cum vix quindecim essem annorum (Nota.) Præter mea errata tot alia de suo accumularunt operæ, ut fœtum illum numquam pro meo agnoverim. Habeo tamen ad editionem paratum elegantissimum illum Auctorem : qui ubi prodierit, si unquam prodit, ostendet quid intersit inter puerila rudimenta et maturioris ætatis curam. Ergo ex illis apparet falsam esse computationem, quam vulgò in designanda ætate Claudii nostri servarunt Viri docti. Si Anno ciɔ iɔ lxxxviii natus fuit ο μακαριτης, Florum in Burgundia ediderit oportet Anno hujus Seculi iii. ante quàm etiam de Germania cogitaret : aut si in Germania edidit circa Annum hujus ævi ix (ut omnino verum est) jam oportet xx et amplius annorum fuisse ; et sic insignitum Ejus mendacium fuerit, quod ipsius manu rotundis literis consignatum heic expressimus.

[Il est utile d’entendre ce qu’il a jadis écrit sur ce sujet au très distingué et très savant Friedrich Gronovius {a} dans la lettre cxi de ce livre : {b} « Je sais que je me suis jadis occupé à produire une édition de cet auteur (il s’agit de Florus) {c} en Allemagne, quand j’avais à peine quinze ans (notez bien cela). Ses œuvres ont tant amassé d’erreurs, outre les miennes propres, que jamais je ne reconnaîtrai ce rejeton pour mien. J’ai pourtant ce très élégant auteur prêt pour la publication : quand elle paraîtra, si jamais elle paraît, {d} cette édition montrera la distance qui sépare les essais d’un enfant et l’application d’un âge plus mûr. » Ces mots démontrent donc la fausseté du calcul dont de savants personnages se sont servis pour établir l’âge de notre Claude. Si feu Saumaise était né en 1588, il faudrait qu’il eût mis son Florus au monde en Bourgogne en 1603, avant même d’y avoir pensé en Allemagne ; ou s’il l’a engendré en Allemagne vers 1609 (comme il est absolument vrai), il fallait qu’il eût déjà 20 ans et plus].


  1. V. note [5], lettre 97.

  2. De Leyde, le 30 août 1637, page 259 du recueil.

  3. V. note [4], lettre 435.

  4. Le Florus de Saumaise a été publié pour la première fois à Leyde en 1638.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Johannes Antonides Vander Linden, le 9 février 1657. Note 9

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(Consulté le 11.04.2021)

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