Autres écrits : Observations de Guy Patin et Charles Guillemeau sur les us et abus des apothicaires (1648) : x
Note [9]

Distincte de l’esprit influent (baume radical) permettant la cicatrisation, dans la médecine de Paracelse (v. notule {a}, note [2], lettre latine 31), mais apparentée au sens moderne exclusif de cadavre éviscéré, desséché et embaumé pour être durablement conservé, la mumie ou momie était une substance médicinale dont il existait deux sortes (Furetière) :

  • « composition visqueuse mélangée de bitume et de poix, découlant des montagnes et forêts d’Arabie ou autres pays chauds de l’Orient ; Dioscoride parle d’une mumie qui se trouve sur les bords de la mer aux environs d’Épidaure, que les torrents y apportent des montagnes Cérauniennes, {a} qui est séchée par le soleil en gros morceaux ; elle sent comme le bitume, mêlé avec la poix ; ceux du pays l’appellent cire minérale ; en latin pissaphaltus ; {b} Ménage, après Bochart, dérive ce mot de l’arabe mumia, qui a été fait de mum qui signifie cire ; Saumaise le dérive du mot de amomo, signifiant une espèce de parfum, quoique d’autres disent qu’en arabe ce mot signifie un corps mort, embaumé et aromatisé » ;

  • « est enfin, selon quelques-uns, un corps dépendu dont on a ôté la cervelle et les entrailles, qu’on a séché au four et trempé en poix noire, ou autres drogues que les charlatans vendent pour bonne et vraie mumie d’Égypte ; voyez Ambroise Paré qui a fait un Traité curieux des mumies, {c} qui en a montré l’abus et fait voir qu’elles ne peuvent jamais servir de remède ; Matthiole est de même avis aprés Sérapion, qui croient que ces corps sont seulement embaumés avec du pissaphaltum. »


    1. Chaîne montagneuse d’Épire (actuelle Albanie).

    2. Pissaphalte en français, du grec pissasphaltos, mélange de poix (pissa) et de bitume (asphaltos).

    3. Comme montrent ces trois extraits de son Discours de la mumie, Ambroise Paré a fort décrié cet épouvantable remède (Œuvres complètes, Paris, 1841, tome troisième, pages 474‑490) :

      « On dit que la mumie dont on a usé jusques aujourd’hui est venue de là : à raison d’un mâtin [chien de] médecin juif qui, par une brutalité, avait écrit que cette chair, ainsi confite et embaumée, servait grandement à la curation de plusieurs maladies, et principalement aux chutes et coups orbes [contusions fermées] et meurtrissures, pour garder que le sang ne caillebottât et congelât dans le corps ; qui a été cause que l’on les tirait furtivement, ou par argent, hors des tombeaux. Ce qui semble chose fabuleuse, parce que les nobles, riches et anciennes maisons n’eussent jamais enduré, pour rien au monde, que les sépulcres de leurs parents et amis, desquels ils étaient tant curieux [soigneux], fussent ouverts, et les corps emportés hors de leurs pays pour être mangés des chrétiens [...].

      Autres tiennent que la mumie se fait et façonne en notre France, et que l’on dérobe de nuit les corps aux gibets, puis on les cure, ôtant le cerveau et les entrailles, et les fait-on sécher au four, puis on les trempe en poix noire. Après, on les vend pour vraie et bonne mumie, et dit-on les avoir achetés des marchands portugais, et avoir été apportés d’Égypte. Mais qui voudra rechercher, comme j’ai fait, chez les apothicaires, on trouvera des membres et portions des corps morts, voire de tout entiers, être embaumés de poix noire, lesquels sentent une odeur cadavéreuse. Néanmoins, je crois qu’ils sont aussi bons que ceux qu’on apporte d’Égypte, parce que tout n’en vaut rien. [...]

      Or, par ce discours du juif, on voit comme on nous fait avaler indiscrètement et brutalement la charogne puante et infecte des pendus ou de la plus vile canaille de la populace d’Égypte, ou de vérolés, ou de pestiférés, ou ladres [lépreux] ; comme s’il n’y avait moyen de sauver un homme tombé de haut, contus et meurtri, sinon en lui insérant et comme entant [greffant] un autre homme dedans le corps ; et s’il n’y avait autre moyen de recouvrer la santé, sinon que par une plus que brutale inhumanité. Et si en ce remède y avait quelque efficace, véritablement, il y aurait quelque prétexte d’excuse ; mais le fait est tel de cette méchante drogue que, non seulement, elle ne profite de rien aux malades, comme j’ai plusieurs fois vu par expérience à ceux auxquels on en avait fait prendre, mais leur cause grande douleur à l’estomac, avec puanteur de bouche, grand vomissement, qui est plutôt cause d’émouvoir le sang et le faire davantage sortir de ses vaisseaux que de l’arrêter. »


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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Observations de Guy Patin et Charles Guillemeau sur les us et abus des apothicaires (1648) : x. Note 9

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(Consulté le 22.01.2020)

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