Annexe : La circulation du sang expliquée à Mazarin
Note [14]

Dans l’abdomen, l’aorte se divise en deux artères iliaques, une dans chaque flanc, et les deux veines iliaques se réunissent pour former la veine cave inférieure. Chez l’homme, les vaisseaux iliaques irriguent le bassin et se prolongent dans chacun des deux membres inférieurs, en prenant le nom de vaisseaux fémoraux (ou cruraux) entre l’aine et le genou. L’expérience de Jean Pecquet, à la cuisse, portait plutôt sur les vaisseaux fémoraux qu’iliaques ; mais cela se passait chez un chien où l’on n’utilisait peut-être pas alors les mêmes termes. Dans cette phrase, le mieux serait de remplacer cuisse par aine.

Jean Pecquet a relaté une expérience encore plus convaincante dans ses Experimenta nova anatomica… (1654, pages 28‑29 ; v. note [4], lettre 360), au chapitre premier, Motus sanguis a corde per arterias ad extrema, et ab extremis per venas in cor, experimentis demonstratur [Expériences démontrant le mouvement du sang depuis le cœur par les artères jusqu’aux extrémités, et depuis les extrémités par les veines dans le cœur], de la Dissertatio anatomica de circulatione sanguinis et chyli motu [Discours anatomique sur la circulation du sang et du chyle] :

Operabar, ut dixi, quadam die, ligatamque cruris venam utrinque vulneraveram ; Ecce non solum trans vinculum Sanguis erupit, sed et eundem versum cor, indefecturo (ut videbatur) effluxu, miratus sum emanare. Tum eandem sursum versus evolutam, ad Iliacorum usque ramorum dissidium prosecutus, obvios hinc et inde venæ surculos stictissimis filis suffocavi : stetit tunc profecto cis vinculum Sanguinis fuga, et, ab eo loci, canalis ad usque valvulam in Inguine latitantem exhaustus est ; eius offendiculum prementi deorsum Sanguinem penitus obsistens, nullam plane demonstravit descensuro per venas Sanguini facultatem.
Ac tum ego, si Sanguis, inquam, per solas funditur Arterias, Ergo ligatis poterit incruento vulnere membrum amputari. Citius dicto cruralem arteriam strinxi, liberis penitus venis, et ad suffraginem paulo infra vinculum sæviens, abstuli pedem. Effluxerunt sane cruoris aliquot guttulæ, nempe quas extremæ resectarum venarum valvulæ non retinebant, et quibus in nutrimentum cutis, diffusi per crus Arteriolarum ramusculi complebantur. Ast ubi residuum infra valvulas Sanguinem abscissæ venæ deposuerunt, et cutanearum Arteriolarum flagella, cum frigoris calorem reprimentis occursu constrictorio, tum etiam dolentium ex vulnere partium contractione fuerunt præpedita, stetit prorsum Sanguinis effluxus, nec ullus insuper ex vasculis per totam sectionis latitudinem sparsis cruor emicuisset, nisi laxato cruralis Arteriæ vinculo, Arterioso Sanguini patuisset exitus.

[Un jour j’opérais, {a} comme j’ai dit, et j’avais incisé la veine de la cuisse {b} de part et d’autre d’une ligature que j’y avais placée. Alors du sang s’écoula non seulement d’au-dessous du lien, mais j’en ai aussi vu avec étonnement sortir pareillement du côté du cœur, avec un débit qui, me semblait-il, ne faiblissait pas. Alors, après avoir exposé la veine de bas en haut, j’ai disséqué jusqu’à la division des branches iliaques, {c} et tout du long j’ai obstrué avec des fils très serrés les rameaux de la veine qui se présentaient à la vue. La fuite de sang cessa ainsi complètement au-dessus de la ligature, et le vaisseau s’est vidé depuis ce point jusqu’à la valvule qui siège dans l’aine ; cet obstacle, qui empêchait complètement le sang de refluer, a clairement démontré que le sang n’a aucune capacité à redescendre par les veines.
Et alors, me dis-je, si le sang se répand par les seules artères, alors on pourra si on les lie amputer un membre sans que la plaie ne saigne. En moins de temps qu’il ne me fallut pour le dire, j’ai serré l’artère crurale, les veines étant complètement libres, en tranchant vers le jarret un peu au-dessous de la ligature, j’ai coupé la patte. Seulement quelques gouttes de sang se sont écoulées, savoir celles que les valvules les plus proches des veines réséquées ne parvenaient pas à retenir, et celles qui emplissaient les petits rameaux des artérioles qui sont éparpillées par toute la cuisse pour nourrir la peau. De plus quand les veines tranchées ont vidé le sang qui est resté sous les valves, et quand les rameaux des artérioles cutanées ont été entravés, tant par l’intervention constrictive du froid qui réprime la chaleur, que même par la contraction des parties dolentes du fait de la blessure, l’hémorragie cesse tout à fait ; et aucun sang n’aurait jailli de toute la tranche supérieure de section si, en relâchant la ligature de l’artère crurale, on n’avait pas rouvert le passage au sang artériel].


  1. Un chien.

  2. La veine crurale (ou fémorale superficielle).

  3. Le confluent de la veine fémorale commune (où se joignent les veines fémorales profonde et superficielle).

Reproduisant celles de William Harvey, l’expérience de Pecquet prouvait l’existence fonctionnelle des capillaires sept ans avant que Malphighi n’en eût prouvé l’existence anatomique (v. supra note [9]). Difficile, après une telle démonstration, de dire, comme Guy Patin le faisait encore en 1670, que la circulation du sang n’était qu’une rêverie sans aucune utilité médicale pratique (vThomas Diafoirus et sa thèse).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Annexe : La circulation du sang expliquée à Mazarin. Note 14

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(Consulté le 19.04.2021)

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