Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Borboniana 1 manuscrit
Note [43]

« rameurs de coupes [en latin et en grec] […] Voyez les adages de Josephus Langius, page 40 ; voyez les décades des lettres de Lipse qui ne sont pas dans les centuries, page 49, lettre à Monavius ». Ce qui suit « ils l’ont haï » est ajouté dans la marge.

  • Josephus Langius (Lange ou Lang, Kaisersberg, Alsace vers 1570-Fribourg 1615), philologue, philosophe et médecin, professeur de rhétorique, de grec, puis de philosophie à l’Université de Fribourg (Bayle), est notamment auteur des :

    Adagia : sive Sententiæ proverbiales : Græcæ, Latinæ, Germanicæ, ex præcipuis autoribus collectæ : ac brevibus Notis illustratæ : inque Locos communes redactæ… Una cum Indice.

    [Adages ou sentences proverbiales grecques, latines, allemandes, recueillies chez les principaux écrivains, enrichies de courtes notes et présentées sous formes de lieux communs (citations)… Avec un index]. {a}

    Calicum remiges, κυλικων ερεται, y est brièvement commenté page 40, De Anima, et primum de Facultate vegetativa, Locus xxiiii [Lieu xxiv, De l’Âme, et d’abord de la faculté végétative], mais Langius y a seulement copié mot pour mot la première phrase de l’adage no 3641 d’Érasme :

    Κυλικων ερεται, id est, Calicum remiges dicti sunt, qui assidue perpotarent, vinum pro remo ducentes. Ita Dionysius cognomento æreus, apud Athenæum libro decimo in Elegiis :

    Καν τινες οινον αγοντες εν ειρεσια Διονυσου.
    Συμποσιου ναυται και κυλικων ερεται,
    id est,
    Si quis vina trahunt in remigio tibi Bacche
    Potandi nautæ, remigium calcum.

    Ingens poculum quasi sinus est ; in hoc trahunt, non remis, sed lingua, neque raro faciunt naufragium, iactura cum pecuniæ, tum mentis.

    [On appelle rameurs de coupes ceux qui n’arrêtent jamais de vider des bouteilles, qui puisent le vin comme on tire une rame. Ainsi Athénée, au dixième livre, cite-t-il les Élégies de Dionysius, surnommé Æreus : {b}

    « II y avait de ces gens qui font avancer le vin avec la chiourme de Bacchus, vrais matelots des festins et rameurs de gobelets. » {c}

    Une immense coupe est comme une baie dans laquelle ils plongent non pas la rame, mais la langue ; et il n’est pas rare qu’ils y fracassent leur fortune autant que leur cervelle].


    1. Strasbourg, Josias Rihelius, 1596, in‑8o de 546 pages.

    2. Les deux vers cités par Athénée de Naucratis (v. note [17], lettre 15), Déipnosophistes, livre x) sont parmi les rares vestiges connus des Élégies de Dionysius, poète et orateur de la lointaine Antiquité grecque, surnommé Æreus ou Chalcus (c’est-à-dire d’airain) parce qu’il prônait l’emploi monétaire exclusif du bronze, à l’exclusion de l’or et de l’argent.

    3. Traduction du grec de Dionysius par Lefebvre de Villebrune (1889). Le latin d’Érasme sonne un peu différemment :

      « Si en ton honneur, Bacchus, d’aucuns ingurgitent le vin à la rame, ce sont marins de beuverie et rameurs de calices. »

  • Iusti Lipsii Epistolarum (quæ in Centurijs non extant) Decades xiix [Dix-huit décades de lettres de Juste Lipse (qui ne figurent pas dans les centuries)…], {a} décade iii (pages 46‑52), lettre de Juste Lipse à Jacobus Monavius, {b} datée de Liège le 5 janvier 1592, avec cette protestation (page 49) :

    Quis germanissimus Germanus potuit de matre sua benignius ? Nec usquam læsa a me hac pietas (ita loquor et sentio :) nisi si quid ioculo in bibones quosdam, et, ut hoc quoque ioco, κυλικων ερετας, Calicum remiges sive trahones. Sed ille non contentus hoc mare in me commovisse, Imperatorem ipsum concitat, et postulat me maiestatis.

    [Quel Allemand, le plus Germain des Allemands, a pu parler plus aimablement que moi de sa mère patrie ? {c} Et jamais je n’ai offensé cette piété (je le dis comme je le pense), sinon en me moquant de certains ivrognes, qu’on appelle aussi, par raillerie, rameurs ou videurs {d} de calices. Mais il ne s’est pas contenté d’agiter cette tempête contre moi, il excite l’empereur soi-même, qui me poursuit de sa toute-puissance].


    1. Hardewijk, 1621, v. notule {c}, note [10] du Grotiana 1.

    2. Jacobus Monavius (Jakob Monau, Breslau 1546-ibid. 1603), érudit et meneur réformé, frère de Petrus Monavius (v. note [22] de l’Observation ii sur les us et abus des apothicaires).

    3. Le pamphlet d’un Allemand, que la lettre ne permet pas d’identifier, avait reproché à Lipse d’avoir médit sur la nation germanique dans son édition des Annales de Tacite (Anvers, 1574). Les Pays-Bas (delta du Rhin), d’où Lipse était originaire, faisaient partie de ce qu’on appelait alors l’Allemagne (Germanie).

    4. Traduction improvisée du substantif latin traho (génitif trahonis) que je n’ai trouvé dans aucun glossaire. J’en ai fait un dérivé exotique du verbe traho, « j’absorbe ».

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Borboniana 1 manuscrit. Note 43

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(Consulté le 27.11.2022)

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