Les années 1910 :
Les cabinets des Drs. Casotti, Guerini, Viau et Fones

Une famille de dentistes italiens : les Casotti

Cette famille de dentistes originaire de Parme exerçait l’art de l’orfèvrerie depuis le XVIIème siècle.

Luigi Casotti (1817-1878) l’ancêtre de cette famille de dentiste quitte le tranquille duché de Parme de Maria Luigia ( deuxième épouse de Napoléon 1er) pour se rendre à Turin et s’initier à l’Art dentaire. En 1845 il ouvre un cabinet dentaire à Turin Via Roma N°20 et cinq ans après au N°25 avec le titre de « Chirurga dentista ».

Il meurt en 1878 en laissant trois fils, Carlo, Luigi jr et Giovanni. (1)

La législation italienne de l’odontologie

La législation de Turin et du Duché de Savoie avec la « Réforme de la Magistrature » de 1729 déposée à la Bibliothèque Nationale de ce Duché comprend une disposition qui exige une licence pour les empiriques qui distribuent des remèdes.

Pour ceux qui se destinent aux arts de guérir, et notamment aux soins des dents, ils ont l’obligation de suivre des cours et de passer un examen pour garantir leur capacité professionnelle

La législation de l’université de Turin de 1772, approuvée par le roi Charles-Emmanuel III apporte des précisions sur les conditions d’exercice des lithotomistes, dentistes, oculistes et autres empiriques ; pour la dentisterie, l’enseignement comprend l’anatomie et la pathologie de l’appareil masticateur, la chirurgie buccale, les soins conservateurs et la prothèse dentaire.

Le 18 août 1826 le pape Léon XII promulgue la Bulle pontificale « Quod divina sapientia » qui autorise l’exercice de l’odontologie après avoir étudié pendant deux années d’étude, l’anatomie de la tête et principalement des maxillaires, les maladies des dents et des gencives et l’usage des instruments pour les soins des dents et de la prothèse dentaire.

Le décret royal du 14 juin 1866 précise que personne ne peut exercer l’Art du dentiste s’il n’a pas obtenu le diplôme d’une université d’état.

Depuis le décret du 24 avril 1890 le doctorat en médecine est exigé en Italie pour exercer l’odontologie. Aujourd’hui l’Italie a du adopter la législation européenne. (2-3)

Le cabinet dentaire de Giovanni Casotti (1866-1911)

Giovanni Casotti succède à son père Luigi lorsqu’il acquiert le titre de « Chirurgo dentista » à l’université de Bologne. Le guide de Turin de 1903 révèle qu’il est répertorié Via Roma N°25, dans un cabinet créé par son père Luigi en 1850. (4)

Valério Burello nous a très aimablement communiquer un très rare document publicitaire du cabinet de Giovanni Casotti illustré de plusieurs photos.

Le cabinet principal

Le poste de travail

Cette installation a la particularité de ne pas disposer d’eau courante. Ce qui implique un aménagement opératoire spécifique au niveau du poste d’eau : crachoir pompe à salive et lavabo.

Le poste de travail comprend :

  • un fauteuil opératoire de Wilkerson à pieds à griffe et à sustentation hydro-pneumatique.

  • un crachoir indépendant d’Ash and sons ; il est composé d’un réservoir d’eau en rapport avec une pompe à main qui amène l’eau pour le nettoyage de la cuvette.

  • Un récipient à la base du crachoir recueille les eaux usées.

  • un combiné pompe à salive d’Ash comprenant une potence creuse sur trépied en relation à sa partie supérieure avec un réservoir d’eau en verre et à sa partie inférieure avec un récipient récepteur. L’ouverture du réservoir libère l’eau qui agit sur une trompe à eau dont la dépression assure l’éviction de la salive de la cavité buccale. L’eau est recueillie dans le récipient situé sous le trépied. Fixés sur cette potence deux bras articulés aboutissent à une tablette en bois et à un crachoir métallique.

Le combiné d’Ash

L’installation est complétée par :

  • un tour électrique de type Columbia de Ritter.

  • un réflecteur mural d’Ash.

  • une tablette en bois sur bras mural.

  • un siège d’opérateur.

A droite de la fenêtre on distingue :

  • un panneau de distribution électrique.

  • un tour à pédale et un tour à polir à pédale à proximité du piédestal de la potiche.

Vue postérieure du cabinet

Dans la partie postérieure du cabinet richement décorée, un meuble d’Ash N°12 est adossé au mur. A l’opposé de la fenêtre un meuble lave main en bois.

le cabinet de chirurgie

le salon d’attente

le cabinet de prothèse

le cabinet secondaire d’Ivrea
ne possédant pas l’électricité

 

Le « Stabilimento di Odontoiatra » du Dr Vincenzo Guerini (1859-1955)

Le visiteur qui se rend au Musée Pierre Fauchard, au Musée dentaire de la Maison des dentistes allemands à Cologne ou au « Baltimore College of dental Surgery, sera attiré par une somptueuse vitrine contenant une série de répliques de prothèses dentaires étrusques, avec la mention : donation du Dr Vincenzo Guerini de Naples.

Quant aux confrères qui ont séjourné à l’École dentaire de Nothwestern Univesity ils auront encore en mémoire le buste en bronze du Dr Guerini exposé dans une salle de l’école.

Vincenzo Guerini est aujourd’hui considéré comme le doyen des historiens de l’odontologie italienne (1).

En 1894 il publie dans la revue « Revista Dentaria » un important article sur la prothèse dentaire chez les étrusques et en 1909 c’est à Philadelphie qu’il publie en anglais, sa monumentale « History of dentistry » où il met particulièrement en évidence les mérites respectifs de Giovanni d’Arcoli, de Bartolomeo Eustachio et de Guiuseppe Angelo Fonzi dont il publia une importante étude en 1925.

De 1906 à 1921 il dirige la revue l’ « Odonto-Stomatologia »

Il participe, par ailleurs, à partir de 1888 à tous les congrès internationaux en Europe et aux États Unis.(2) Il est membre du Conseil éxécutif de la Fédération Dentaire Internationale à partir de 1910.

Cette institution, créée en 1900 par Godon et Aguilar lors du 3ème congrès international de Paris, choisit à nouveau Paris pour tenir son Congrès en 1910.

C’est lors de ce congrès que Guerini, au sein de la délégation de la F.D.I., se rend à l’École dentaire de Paris et remet à Monsieur Geoffroy conservateur du Musée, la fameuse vitrine en bois sculpté contenant des répliques de prothèses dentaires de l’antiquité. Elle fait aujourd’hui partie de la collection du Musée Pierre Fauchard.

Lors du Congrès annuel du 25 septembre 1953 de l’ « American Academy of the History of Dentistry » à Cleveland, il est nommé membre d’honneur de cette association pour sa contribution à l’Histoire de l’Art dentaire.

C’est grâce aux documents (Bibliothèque Reale, Piazza Castello 191, Torino, Italie) que nous a très aimablement confiés Valerio Burello de Turin, que nous sommes en mesure de vous présenter l’appartement professionnel des années 1910 de cet illustre praticien.

Vincenzo Guerini est installé à Naples comme stomatologiste , Riviera de Chiaia, 257, dans un immeuble à l’aspect d’un hôtel particulier avec un jardinet en façade.(3)

La façade
Le cabinet des militaires

De l’antichambre de l’appartement le tapis nous guide vers une enfilade qui dessert de nombreux salons plus somptueux les uns que les autres, et qui conduit directement au cabinet dentaire des militaires dont on aperçoit au fond le fauteuil opératoire.

Le cabinet des militaires

L’installation, plutôt rudimentaire comprend :

  • un fauteuil de Wilkerson à base circulaire avec crachoir fontaine.

  • une tablette en bois sur bras mural articulé.

  • un tour électrique à suspension plafonnière.

  • un tour à pédale.

Dans l’encoignure, à gauche de la fenêtre , un lavabo incrusté dans un meuble et un petit tableau électrique mural à droite.

Une armoire de rangement métallique et vitrée, surmontée d’une petite pharmacie complète l’aménagement opératoire de ce cabinet.

Le salon d’attente assez dépouillé est vraisemblablement celui qui est destiné aux militaires.

Le cabinet dentaire principal
partie antérieure

Aux deux fenêtres de cette très vaste pièce correspondent deux postes de travail.

L’éclairage du local est assuré par deux suspensions plafonnières équipées chacune de cinq lampes électriques et de trois becs de gaz.

Le poste de travail de droite de la partie antérieure

Il comprend :

  • un fauteuil « New Wilkerson » d’ S.S.White

  • un crachoir fontaine sur piédestal

A gauche de la fenêtre une série d’équipements sur bras mural comprend de bas en haut :

  • une tablette munis de tiroirs métalliques.

  • un miroir frontal.

  • un réflecteur électrique orienté vers une boule remplie d’un liquide indéterminé destinée à faire converger les rayons lumineux vers la cavité buccale. Elle est solidaire de trois bras articulés avec fixation au dossier. Ce système est apparenté à la « boule d’eau » d’Ash.

  • un tour électrique de Ritter suspendu à un bras mural et équilibré par un contre poids.

Sur le mur à gauche on distingue deux tableaux de distribution électrique et d’air comprimé, une grande étagère avec différents appareils et sur laquelle est fixée une tablette pivotante avec des serviettes.

Entre les deux fenêtres on remarque la présence d’un meuble de rangement mural entouré par deux sièges d’opérateur et dominé par un tableau d’arracheur de dents, un poste téléphonique et un tableau électrique destiné au second poste de travail.

Le poste de travail de gauche

Il comprend les mêmes équipements que l’autre poste de travail ; il s’en différencie par l’absence de bras support pour miroir frontal et de boule de convergence au niveau du réflecteur buccal.

Dans l’encoignure un lavabo est doté d’un chauffe eau et d’un porte serviette.

La partie postérieur du cabinet

partie postérieure

Elle est aménagée avec un bureau au dessus duquel on distingue un médaillé mural et la photo de Vincenzo Guerini.

De chaque coté, deux vitrines contenant vraisemblablement une collection de répliques de prothèse étrusques ; à droite un important meuble vitrine

Un salon d’attente somptueux, un salon de toilette et de repos sont à la mesure de l’importance du cabinet.

Le cabinet de chirurgie n°2
Le cabinet de chirurgie

vue postérieure du cabinet

Cette pièce plus réduite, ne dispose que d’une seule fenêtre et d’un seul poste de travail ; Il s’en différencie par :

  • le fauteuil, modèle de Wilkerson à base circulaire solidaire d’une crachoir fontaine.

  • la grande étagère à droite de la fenêtre sur laquelle on distingue un manomètre.

  • la bouteille de gaz posée sur le sol entre les deux tablettes pivotantes garnies de compresses et de serviettes. Ces éléments impliquent l’usage de l’anesthésie générale au cabinet.

  • le panneau support d’instruments de chirurgie à gauche de la fenêtre

L’installation est complétée par un deuxième salon d’attente, un salon de lecture et deux autres salons particuliers (Louis XV et Liberty)

Bibliographie

1 CASOTTI Luigi « Necrologi », Rivista ita. di stomatologica, 10-6-1955 pp 762-764
2 CASOTTI Luigi, « L’opera di Vincenzo Guerini « , Clinica odontoiatrica, 9-11-1954 pp 285-287
3 SOTTOVIA Laura, « Vincenzo Guerini », Junior Dental , N°7, 9-1955 pp 13-17

Remerciements

Nous tenons à remercier Valerio BURELLO, collectionneur averti, qui nous a très spontanément fourni une riche documentation sur la législation italienne de l’odontostomatologie, les familles Casotti et Vincenzo Guerini. (Valerio BURELLO, Corso Moncalieri 450, 10133 TORINO)

Le cabinet dentaire de George Viau

George Viau ( 1855- 1922) est bien connu des anciens élèves de l’École dentaire de Paris. Il est en effet un des fondateurs de l’École dentaire de Paris.

Il adhère au Cercle des dentistes de Paris dès sa création le 8 avril 1879 et devient membre du Bureau lors de l’Assemblé générale du 29 janvier 1880. (1) Il adhère dès la séance du 19 mai 1880 aux souscriptions de fondation de l’École dentaire de Paris. 2)

En 1881 George Viau sort premier de la première promotion des diplômés de l’École dentaire de Paris. L’année suivante il est nommé professeur suppléant de prothèse puis professeur titulaire en 1883. Il est membre du Conseil d’administration de l’École en 1881 et du Conseil de direction en 1884. De 1897 à 1898 il est nommé rédacteur en chef de l’Odontologie.

Il adhère par ailleurs à la F.D.I. dès sa création en 1900. Lors de la séance du 3 août 1901 à Londres, il est nommé délégué de la Société de L’Ecole dentaire de Paris comme membre adjoint de la Commission internationale d’enseignement de la F.D.I. (3).

Encadrés sur l’agrandissement, à gauche
Godon et à droite Viau

Il est l’auteur du Cours de prothèse et de mécanique dentaire qu’il publie en 1885 et de plusieurs communications scientifiques sur les anesthésiques locaux.

Lors de l’exposition universelle de 1900, il est fait Chevalier de la Légion d’honneur

Bibliophile averti il se constitue une des plus riche bibliothèque d’auteurs dentaires anciens dont il fera en partie don au Musée de l’École dentaire de Paris ( qui prend le nom de Pierre Fauchard en 1937) comme l’important ouvrage d’Ambroise Paré qu’il a dédicacé.

Rappelons qu’il a retrouvé un portrait à l’huile de Pierre Fauchard de l’époque et le manuscrit de son ouvrage à la Faculté de Médecine de Paris.

Lors du Congrès du Trentenaire de la création du titre de Chirurgien-Dentiste et de la célébration du bi-centenaire de Pierre Fauchard le 16 décembre 1922 , il prononce, lors de la séance solennelle d’ouverture de la Sorbonne, une conférence sur « La vie de Pierre Fauchard » qui constitue une référence de base pour les chercheurs qui se destinent à résoudre les inconnues qui subsistent encore aujourd’hui sur la vie de cet auteur.

A coté de son activité professionnelle il faut aussi mentionner l’engouement de George Viau pour la peinture qui lui vaut une notoriété universelle dans le monde des Art.

Ayant un goût très éclairé sur le plan artistique, il est séduit par le mouvement impressionniste avant que ces peintres eussent conquis le grand public.

Amis de Pissarro, Monet, Renoir, et Sisley, il constitue une importante collection fort connue des amateurs d’Art dont certaines toiles figurèrent autrefois dans des expositions célèbres.

Pierre-Auguste Renoir (1841-1919)
« Le Quai Malaquais », huile sur toile
signée en bas à droite
Dim. : 38×46 cm
Ancienne collection George Viau
Vente à l’Hôtel Drouot-Richelieu
le 21 juin 2002.

De cette collection, aujourd’hui totalement dispersée, ne subsistent que quelques oeuvres conservées au Musée du Louvre.

Mais il s’intéresse aussi aux jeunes peintres comme Vuillard qui devient son ami comme l’atteste la dédicace de cette toile qui représente George Viau dans son somptueux cabinet du 109 Boulevard Malesherbes à proximité du parc Monceau et que détient le Musée d’Orsay (4).

Le tableau de Vuillard du cabinet opératoire

George Viau en blouse blanche et cravaté examine la patiente un instrument à la main.

D’après la composition de la toile on ne peut distinguer le paysage de Monet et le nu de Renoir qui figuraient dans son cabinet.

Le poste de travail

Peinture à la détrempe d’Edouard Vuillard
dédicacée
« A mon très cher ami Viau bien affectueusement
E. Vuillard 1914″
Musée d’Orsay

il comprend :

  • un fauteuil « New Wilkerson » d’ S.S.White, face à la fenêtre sur laquelle un store est positionné à mi-hauteur. Cette dénomination nous est indiquée par la forme de la têtière et le bouton de réglage du dossier spécifique à ce modèle.

  • un crachoir fontaine .

  • une tablette en bois fixée sur un bras mural articulé.

  • un réflecteur buccal sur bras mural.

  • un moteur électrique de type Columbia de Ritter, dont le carquois de moteur apparaît en haut à gauche du tableau. Le flexible avec la pièce à main sont visibles au niveau du réflecteur.

  • une table roulante avec deux plateaux en opaline qui supportent un flacon en verre et deux poires à eau à proximité d’un récipient métallique.

Bibliographie

1 Bulletin du Cercle des dentistes N° 6 du 1er fevrier 1880
2 Bulletin de Cercle des dentistes N°10 du 1er juin 1880
3 E.SAUVEZ et M.ROY. Comptes rendus des Sessions de Paris d’août 1900 de la F.D.I., séances du Bureau de 1900, 1901 et des sessions de Londres-Cambridge d’Août 1901, – Paris 1902
4 ROY Maurice. « George Viau, 1855-1939 » L’Odontologie, 30 juin 1940, LXXVIII, N°1 pp 7-11

Le centre de soins dentaires du Dr Fones

La fameuse série d’articles intitulée « Office and laboratory » avait disparu des colonnes de la revue américaine « Items of Interest » depuis 1899, faute de découvrir des cabinets dentaires originaux.

Ce n’est qu’en 1913 que le Dr Ottolengui présente une nouvelle publication consacrée au cabinet dentaire du Dr A.C. Fones qu’il considère comme « The finest dental office in the world » et le premier centre destiné exclusivement à l’exercice de l’odontologie.(1)

Le Dr Fones pratique à Bridgeport dans le Connecticut. Il est le Président du Comité d’hygiène buccale de l’Association dentaire américaine.

Depuis de nombreuses années il défend le principe de la formation d’ hygiénistes dentaires.

Face aux difficultés pour mettre en place une école d’hygiénistes à Bridgeport, il décide d’installer dans son propre local professionnel un cours de formation d’hygiénistes dentaires pour 30 assistantes.

Ses efforts aboutiront en 1917 à la création dans le Connecticut d’une législation pour hygiénistes dentaires.

La façade du bâtiment
Le centre dentaire du Dr Fones

La grande entrée de gauche dessert le local qui sert à la fois de garage pour quatre voitures et de salle de cours pour la formation des hygiénistes.

Le Hall de réception

De la porte d’entrée principale, on pénètre dans le hall de réception qui permet d’accéder au salon d’attente et au secrétariat où l’assistante peut contrôler tous les va et vient des patients.

Deux dressing-rooms avec stérilisateur pour les brosses et les peignes ont été aménagés séparément pour les hommes et les femmes.

Un escalier en marbre conduit au deuxième niveau où sont installés les quatre cabinets dentaires avec leur dépendance et le laboratoire de prothèse.

Le cabinet personnel du Dr Fones

Il se situe à l’étage au niveau de la grande fenêtre de la façade nord et de la première fenêtre de la face est

L’éclairage d’ambiance

Il constitue une des particularités de ce cabinet. Comme celui du Dr Osmun de Newark, le plafond et le toit sus jacent sont composés de deux verrières dont l’espace ménagé entre ces deux surfaces a permis de tendre un rideau dont le réglage permet de tempérer la lumière solaire pendant l’été.

Cet aménagement se différencie de celui du Dr Osmun par le présence d’un élément curviligne en verre qui réunit les verrières plafonnieres et murale en constituant ainsi une continuité lumineuse originale et très fonctionnelle.

Quatre puissantes lampes Tungstène situées au dessus de la verrière plafonnière fournissent une lumière abondante pendant la période hivernale.

Le panneau mural qui fait suite à la verrière vertical fournit un support pour des équipements tout en incluant la grille de chauffage à la hauteur du fauteuil.

Le poste de travail

Le poste de travail se compose :

  • d’un fauteuil « New Wilkerson » à assise et dossier cannés présenté « en 1906 sur la base de laquelle est fixé une potence qui soutient un crachoir en opaline du type Weber et un réflecteur de type »stomatoscope » dont le miroir articulé réfléchie les rayons lumineux vers la bouche du malade.

  • d’un siège d’opérateur avec repose-pieds en forme d’étriers.

  • d’un meuble de rangement en bois laqué blanc situé perpendiculairement au fauteuil à proximité de la plate-forme du marche pieds. Cette disposition oblige le patient à accéder au fauteuil par la gauche, en privilégiant la zone de travail à l’opérateur.

  • d’un tableau de distribution de courant électrique à basse tension

Avec le lancement en 1911 du premier compresseur d’air comprimé électrique par « Electro-dental » qui remplace le compresseur à générateur hydraulique, ce fabricant réactualise la dentisterie électro-pneumatique. En 1915 il introduit un tableau électro-pneumatique avec ajustement automatique du courant suivant le type d’instrument sélectionné en évitant tout réglage manuel.

Le premier compresseur d’air comprimé électrique

Introduction de l’ajustement automatique du courant

En 1916 Elecro-dental, « American Cabinet Co » et Ritter rassemblent le compresseur, le porte-instruments et le tableau électrique dans un seul meuble.

La même année « Pelton and Crane » présente l' »Electric cabinet » où ces trois éléments sont réunis dans un meuble mobile sur roulette.

Combiné compresseur et tableau électro-pneumatique

Modèle combiné sur roulettes
  • d’un tour électrique de S.S. White à bras extensibles (S.S. White electric folding engine) fixé sur le panneau mural au dessus de la grille de chauffage.

Ces nouveaux moteurs à bras articulés extensibles sur les plans vertical et horizontal procurent une aire de déplacement plus importante que le système Ritter à tour suspendu sur bras mural.

Plusieurs fabricants proposent des modèles apparentés :

  • l’ « Electro-dental folding- bracket engine » avec bras articulé à extensions horizontale et verticale.

  • l’ « Harmony of design » d’ « Elecro-dental Manufacturing Co »: sur le support du tour électrique attenant au bras articulé à extensions horizontale et verticale est fixé un porte- instruments contacteur supportant une seringue à air chaud, un thermo-cautere, une lampe buccale etc… Ce fabricant propose aussi en option la fixation d’une petite tablette à instruments.

Mais ce modèle, très ergonomique, est cependant tributaire du tableau de distribution électrique et d’air comprimé mural ; il ne possède ni réchauffeur de verre d’eau ni réchauffeur de flacons pulvérisateur.

  • une tablette métallique à bras articulés et à double rangées de tiroirs fixée sur le même panneau.

Ces dispositifs très mobiles permettent une bonne approche de la zone de travail du praticien.

L’installation est complétée par:

  • un meuble de rangement mural en bois laqué blanc; sur l’opaline on remarque la présence de verres et d’un appareil qui ressemble à un stérilisateur .

  • un lavabo à gauche de la fenêtre et un ventilateur à droite de celle-ci.

  • une dépendance attenante au cabinet qui contient un divan, un bureau et un vestiaire

Le cabinet d’une hygiéniste dentaire

L’éclairage d’ambiance est ici réduit à une verrière verticale située face à l’unique fenêtre.

Le poste de travail

Il comprend :

• un fauteuil « Diamond » d’S.S.White émaillé blanc, commercialisé en 1908. Ce nouveau modèle, fut conçu par la firme de Philadelphie pour lutter contre la concurrence de Ritter en présentant un modèle simplifié.

Fauteuil Ideal Columbia de Riter

Fauteuil à haute élévation de Ash

Les fauteuils concurrents de S.S. White
Fauteuil Mamelzer n° 10 à piston triangulaire et à socle ovale

Il se différencie du New Wilkerson par :

  • la perte de la mise à l’horizontal totale du fauteuil.

  • la présence de deux pédales pour modifier la hauteur de l’assise.

  • un débattement qui passe de 56cm à 50 cm,

Ce fauteuil marqué aussi par une grande réussite commerciale subira par la suite des améliorations en 1925 et en 1935.

  • un crachoir de même type que dans le cabinet précédant est aussi fixé au fauteuil. Un tabouret avec repose pieds est de même disponible pour l’hygiéniste.

  • une tablette métallique à une rangée de tiroirs avec bras articulés. Elle est aussi fixée sur la cloison au dessous de la baie vitrée.

  • le combiné N°5 de « Pelton and Crane ».

Fixé sur la même cloison, il constitue l’élément le plus remarquable de l’installation.

Ce combinée comprend :

  • un support pour six d’instruments dont une seringue à air et un porte-flacons pulvérisateur .

  • un stérilisateur par ébullition d’eau.

  • un réchauffeur de flacons pulvérisateur.

  • un réchauffeur de verre d’eau.

  • un bras articulé à extension horizontale d’un mètre qui facilite la préhension des différents éléments du réchauffeur et des instruments.

Ce combiné, comme les deux suivants, sont néanmoins dépendants du tableau de distribution électrique et d’air comprimé mural.

En concurrence avec « Pelton and Crane » citons:

  • Le combiné d’ « Hettinger Bros. MFG. Co ». tout à fait semblable au modèle de Pelton.

  • Le combiné du Dr Stamper de « Paducah Sterilizer MFG. Co ». modèle apparenté au Pelton mais sans porte-instruments.

  • Le combiné de « Majestic Electric development Co » à bras extensibles horizontalement et verticalement se singularise par la présence, à l’extrémité du bras, d’un tableau de distribution électrique et d’air comprimé solidaire du porte instruments. Ce mini équipement, certes incomplet mais compatible au travail assis et debout, génèrent des mouvements qui assurent toujours une bonne approche de la bouche du patient.

• Un tour électrique sur colonne est disponible pour assurer le brossage des dents.

A droite du poste de travail on distingue un meuble de rangement mural , un lavabo. et un bureau sur le mur opposé.

Deux autre cabinets de ce type sont occupés par l’associé de Dr Fones et par une seconde hygiéniste.

La salle de radiographie combinée au coin de repas

La possibilité de mettre rapidement la pièce dans l’obscurité permet d’aménager une zone, non visible sur la photo, destinée à l’appareil de radiographie et au développement des clichés.

Le laboratoire

 

Sa particularité se situe aussi au niveau de l’éclairage. Avec une grande baie vitrée et deux verrières plafonniers ce laboratoire convient particulièrement au travail de la céramique.

Le sous-sol
Les applications modernes de l’air comprimé au cabinet dentaire

 

Dans la chaufferie un compresseur d’air comprimé électrique alimente les quatre cabinets et le laboratoire.

Bibliographie

1- OTTOLENGUI Rodrigues. « The finest dental office in the world », Items of Interest 1913 pp 641-651

Conclusion

Il est significatif de constater que les cabinets d’Henri Petit et de E.C.Fones, de Vincenzo Guerini et de George Viau sont équipés de fauteuils « New Wilkerson ». Le succès de ce modèle, résulte d’avancées techniques incontestables, d’une robustesse et d’une fiabilité remarquables.

L’étude du cabinet dentaire du Dr Guerini nous a permis aussi d’apprécier la contribution de ce praticien à l’Histoire de l’Art dentaire et de contempler l’extraordinaire cadre décoratif de son appartement qui rivalise avec celui des « Mille et une nuits » !

Les cabinets de Giovanni Casotti ont l’intérêt de nous rappeler l’agencement opératoire spécifique d’un appartement qui ne possède pas l’eau courante.

Quant au cabinet de George Viau , il nous permet d’appréhender sa passion pour l’enseignement et l’Histoire de l’Art dentaire, mais aussi pour la peinture associée à celle d’un collectionneur averti.

Les cabinets du Dr Fones, créés cinq ans après celui d’Henri Petit, font parties d’un des premiers complexes professionnels où le concept de l’asepsie s’est totalement imposé pour l’aménagement opératoire des cabinets dentaires.

L’obligation pour le patient d’accéder au fauteuil du Dr Fones par la gauche est une idée nouvelle judicieuse car elle assure une totale liberté de déplacement du praticien à son poste de travail.

Cet ordonnancement ne sera à nouveau préconisé qu’en 1930.

Le Dr Fones s’est par ailleurs orienté vers un choix d’équipements novateurs comme le moteur électrique à bras extensibles d’ S.S.White et le combiné N° 5 de Pelton and Crane.

La présence de nombreux modèles apparentés, met en évidence la prise en compte des fabricants pour améliorer le confort et l’efficacité du travail des praticiens.

Avec ces équipements où les instruments sont à la portée du praticien en évitant des torsion du buste et des déplacements inutiles et fatigants, on assiste à une orientation plus ergonomique de l’agencement de l’équipement du cabinet dentaire. Le concept original d’ « Harmony of design »sera cependant vite abandonné à la fin des années 1910 par Electro-dental pour s’associer à l’engouement de ses concurrents pour le concept de l’ « Unit ».