L. 485.  >
À Charles Spon, le 19 juin 1657

Monsieur, [a][1]

Je vous envoyai ma dernière le vendredi 8e de juin, de sept grandes pages, que je pense qu’avez reçue. Depuis ce temps-là, l’on dit ici que le pape [2] est fort malade à Rome et qu’il n’y a pas d’apparence qu’il aille bien loin ; et même que la peste [3] augmente fort à Gênes. [4] On dit que le pape ne peut rien retenir des excréments de son ventre ni de sa vessie, que les jésuites [5] y perdront beaucoup, qu’il est leur grand et excellent patron. Je m’étonne comment cet homme, qui sait tant de choses et qui doit être illuminé de tout point, s’amuse à se laisser gagner à ces maîtres passefins, qui sont les plus grands fourbes et les pestes de la chrétienté, et qui ont de coutume de corrompre tous les princes dont ils approchent par leurs infâmes flatteries et puants mensonges.

Pour vous rendre compte d’un livre que M. Brusius [6] m’a rendu de votre part, qui est un petit in‑4o intitulé Io. Danielis Horstii Observationum anatomicarum decas i, etc.[1][7] je vous dirai que, par hasard et sans autre dessein, j’y ai lu aujourd’hui quelques pages deçà et delà ; et pour vous en dire mon avis, je voudrais que cet homme n’écrivît plus de la sorte car il donne mauvais exemple à d’autres qui feront encore pis. Certes, ces gens-là sont chétifs médecins et si on ne voyait de deçà plus clair à traiter des malades, on n’en guérirait guère. Si vous trouviez à acheter dans Lyon son Introductio ad medicinam de la dernière édition, qui est, comme je crois, la troisième, vous m’obligeriez fort d’en prendre une pour moi. [2] Nous compterons quelque jour ensemble et nous paierons toutes nos dettes. Les jésuites persécutent ici cruellement quelques libraires qu’ils ont soupçonnés avoir imprimé quelque chose pour le Port-Royal, [8][9] et entre autres les 18 lettres. [10] Ils en ont fait mettre un prisonnier qu’ils ont fait enlever en plein minuit, et se sont rendus les maîtres de sa maison et ont fouillé partout. Il s’appelle Desprez, [3][11] à l’enseigne de Saint-Prosper, rue Saint-Jacques. [12] Ils ont aussi découvert l’imprimeur [13] nommé Langlois, [14] qu’ils ont mis dans la Bastille ; [4][15] l’on dit que c’est pour une pièce qu’ils ont imprimée en faveur du cardinal de Retz [16] contre la dernière Assemblée du Clergé, [17] et particulièrement contre M. de Marca, [5][18] archevêque de Toulouse, [19] qui est un étrange compagnon et un dangereux garçon, en tant que pour faire fortune il a par ci-devant joué divers personnages ; et a entre autres été un des malheureux commissaires qui envoyèrent à la mort feu M. de Thou, [20] en votre ville l’an 1642.

Il y a eu du bruit à la cour entre la reine [21] et M. le duc d’Anjou : [22] elle l’a menacé de lui faire donner le fouet, [23] et même l’a commandé ; mais ni le gouverneur, qui est M. le maréchal Du Plessis-Praslin, [24] ni le sous-gouverneur n’ont osé l’entreprendre ; dont il a été averti et a dit à la reine qu’ils ont bien fait tous deux de n’accepter pas cette commission, qu’il n’est plus en âge d’avoir le fouet et que quiconque l’entreprendra est assuré que lui-même lui donnera de son épée au travers du corps. [6] La reine fâchée de cela a crié et a dit qu’elle ne voulait plus demeurer à la cour, mais revenir à Paris, etc. Le Mazarin [25] s’est chargé de faire cet accord. La reine a commencé sur les plaintes de ses filles d’honneur, lesquelles lui ont dit que quand M. le duc d’Anjou les rencontrait, il voulait leur lever la cotte, et usait vers elles de termes étranges et lascifs.

Ce 11e de juin. On dit ici que le P. Labbé, [26] jésuite de Lyon, y a fait imprimer un livre fort curieux in‑4o intitulé Politica nova cardinalis Mazarini[7] Si cela est, je vous supplie de m’en acheter un et de me l’envoyer à votre commodité, je pense qu’il ne sera pas gros. On dit ici que le roi sera dans trois jours à Laon [27] et que delà il prendra le chemin de Metz [28][29] pour être près de Francfort ; [30] où pour aller et y être le 1er jour d’août, partiront d’ici dans 15 jours les deux seigneurs que le roi y envoie, savoir MM. le maréchal de Gramont, [31] et de Lionne. [32] Quelques-uns disent aussi que l’on envoie M. de Longueville [33] en Suisse, [34] mais on n’en dit pas encore la cause. On dit que la peste [35] se renouvelle alentour de Naples, [36] et aussi qu’elle recommence à Rome ; qui est une nouvelle bien chatouilleuse pour le pape et pour le général des jésuites, qui sont des individus qui ne quitteront jamais leur place qu’à grand regret. On parle encore de l’accord qui se traite entre nous et les Hollandais, mais on dit qu’il s’y rencontre beaucoup de difficultés et qu’il pourra bien arriver que jamais il ne se fera ; quod utrique genti esset valde incommodum[8] vu que de part et d’autre il y a grande intelligence pour le commerce.

Ce 12e de juin. Et voilà votre très agréable lettre que je reçois, pour laquelle je vous rends très humbles grâces. Je vous prie d’assurer M. Fourmy [37] que dès demain je me transporterai chez le syndic des libraires, nommé M. Ballard, [9][38] où je porterai ses papiers et ferai son affaire ; ou bien, s’il y a de la difficulté, je la lui manderai. Je suis bien aise que ce beau livre soit bientôt achevé, tâchez de faire en sorte que la table en soit bonne. Cet auteur [39] est un des bons qui aient jamais été à Montpellier. [40] Je fais grand cas de son traité de Indicationibus, de Hepatitide, de Morbis renum et vesicæ ; je ne dis rien du traité de Morbis mulierum dans lequel il y avait trop de fautes typographiques, j’espère que cette seconde édition qui aura passé par vos soins en aura été amendée[10]

J’espère qu’aujourd’hui vous recevrez ma dernière lettre, laquelle est de sept pages, où je crois que vous apprendrez beaucoup de petites nouvelles.

Je vous remercie du souvenir qu’avez eu pour moi envers M. Io. Daniel Horstius, de l’amitié duquel je veux faire état. [11] S’il me fait l’honneur de m’écrire, je ne manquerai pas de lui faire réponse. Je vous loue d’avoir empêché qu’il ne mît dans son nouveau livre quelques injures contre la mémoire de notre bon ami feu M. G. Hofmann [41] qui a été un personnage de grand mérite. Un partisan m’a dit à ce soir que les électeurs de l’Empire [42] sont fort brouillés ensemble et qu’ils sont bien loin de s’accorder. Il ne m’importe qui sera empereur, mais je souhaite fort que la guerre ne recommence point en Allemagne : ce pauvre pays n’a que trop été tourmenté par ci-devant par les Suédois, les jésuites et la Maison d’Autriche.

L’on dit ici que le prince de Conti [43] a charge de faire entrer un grand convoi dans Valence, [44] et en cas que les Espagnols le veuillent empêcher, de leur donner bataille. D’Aquin [45] n’entrera jamais en comparaison avec M. Guillemin ; [46] on ne dit rien ici de lui, ni en bien, ni en mal, mais seulement que la duchesse de Savoie [47] se porte mieux.

M. Alcide Musnier, [48] médecin de Gênes, m’a autrefois mandé que lorsque nous fîmes assiéger Pavie [49] par le prince Thomas [50] l’an 1655, on imprimait dans ladite ville la seconde partie des Commentaires de Phrygius [51] sur les Histoires épidémiques d’Hippocrate[12] et qu’il espérait que l’on en achèverait l’impression puisque le siège était levé ; je n’en ai point ouï parler depuis : qu’en savez-vous, n’en avez-vous rien appris ? Pour M. Musnier, je ne sais ce qu’il est devenu, j’ai belle peur pour lui. Il y a cinq mois que je n’ai pas reçu de ses lettres, j’ai bien peur que la peste ne l’ait enveloppé avec beaucoup d’autres ; ce que je ne vous dis pas sans grand regret car il était excellent homme et bon ami.

On a imprimé depuis peu en Italie Consilia medicinalia Silvatici : [52] un médecin de Bruxelles [53] nommé M. de Farvacques, [13][54] grand ami jadis de feu M. Naudé [55] et par après de M. Moreau, me l’a ainsi mandé, avec quelques autres livres qu’ils ont reçus d’Italie, eiusmodi Consilia et Responsa sunt in‑fo, Patavii, 1656 ; [14] il m’offre de me les envoyer avec tout ce que je pourrai désirer de ce pays-là, mais je l’en ai remercié. Je pense qu’il en viendra à Lyon ; s’il vous plaît d’en parler à M. Huguetan, peut-être qu’il en a ou qu’il en pourra faire venir de Padoue. Il y a un autre livre, Hier. Ochi de Febre lib. 7 cum paradoxis, Venetiis, 1657, in‑4o, < et > Franc. de Francisco de Venæ sectionis abusu, Neap. 1655, in‑12o[15][56][57] Si tout cela vous vient, je l’achèterai.

Ce 13e de juin. Je vous prie de dire à M. Fourmy que j’ai parlé à M. Ballard, syndic des libraires, lequel m’a dit que si le livre est achevé, qu’il peut en toute assurance le mettre en vente ; mais que pour faire l’enregistrement, il faut avoir le privilège même, sur lequel il écrira ledit enregistrement quand je lui présenterai. Il faut donc qu’il me l’envoie au plus tôt avec quelques exemplaires de son Varanda, [10] comme par exemple, pour acquitter son privilège, ou autres endroits, [16] s’il veut m’y employer.

M. le prince de Condé [58] a fait aller le partisan Girardin [59] du Catelet [60] à Valenciennes, [61] d’où il a écrit de deçà à plusieurs de ses amis. Aujourd’hui l’on dit que le prince l’a fait emmener à Anvers [62] et qu’il lui a fait demander qu’il rende grande somme d’argent qu’il a touchée du bien dudit prince, aux gabelles, [63] et ailleurs. On dit que la peste recommence à Rome ; si elle y augmente, et qu’elle prenne le pape, le général des jésuites et autres tels carabins, au diable le premier que j’en plaindrai !

On dit que l’on réimprime à Strasbourg le Religio medici in‑8o [64] avec des commentaires trois fois plus amples que par ci-devant. J’ai céans ces commentaires de l’an 1652, [ce] qui est peu de chose. Ce livre-là n’avait pas besoin de tel[le]s scolies, personne n’était pas capable de travailler sur ce livre s’il n’avait l’esprit approchant de celui de l’auteur, qui est gentil et éveillé. Ce badin de commentateur est un grand sot, il pense avoir fait un grand coup quand il cite Van Helmont, [65] qui n’est qu’un malheureux ignorant et un imposteur public. Le génie du premier auteur du livre vaut mieux que tous ces commentaires, qui ne sont que de la misérable pédanterie d’un jeune homme allemand [66] qui pense être bien savant. [17]

Ce 14e de juin. On parle ici de quelques cruautés plus que barbares que les Espagnols ont faites à des Français qu’ils ont pris sur mer, avec menace de faire encore pis à l’avenir. On parle d’un voyage du roi à Sedan, [67] à Nancy, [68] à Metz. Je viens d’apprendre que les libraires lassés de M. Ballard ont élu dans les formes ordinaires un autre syndic, présent M. l’intendant civil, selon la coutume. Ce nouveau syndic est M. Béchet, [69] un des plus riches libraires de la rue Saint-Jacques, duquel j’obtiendrai ce qu’il faudra pour M. Fourmy, comme j’eusse fait de M. Ballard.

On parle ici de nouveau bruit en Allemagne à cause du roi de Suède [70] qui fait mine d’y vouloir entrer pour brouiller les affaires de la Maison d’Autriche et empêcher l’élection d’un nouveau empereur. On dit aussi que dans l’Angleterre on verra bientôt d’autres désordres pour la mésintelligence qui est survenue entre Cromwell [71] et Lambert, [72] qui s’est acquis grand crédit dans les armées de mer et de terre, d’où Cromwell a grand soupçon et de la jalousie. [18]

M. Girardin a ici écrit de Bruxelles : le prince de Condé lui demande 50 000 écus de rançon et lui n’en offre que le tiers. On dit que notre armée assiège Montmédy. [19][73] J’ai ce matin rencontré par la rue Saint-Denis [74] un conseiller de votre ville nommé M. Chapuis, [75] lequel m’a dit que M. le prieur Jugeact [76] se louait fort de moi (je vous supplie de lui faire mes recommandations), et qu’il veut venir voir ma bibliothèque. [77] J’ai autrefois céans traité son beau-frère, nommé M. Guéton, [78] et depuis, j’ai traité sa [pauvre] [20] femme, laquelle était malade rue Dauphine. Il m’a dit qu’il est homme de bibliothèque et qu’il m’offre toute sorte de services à Lyon pour des livres d’Allemagne et d’Italie. Je me souviens bien qu’il m’a autrefois parlé de M. Guillemin et que de ce temps-là, il m’offrit la même grâce pour le recouvrement des livres que je pourrais désirer.

On m’a parlé aujourd’hui de deux livres que l’on imprime, savoir du livre de Silvaticus, Consilia et Responsa medicinalia[14] imprimé in‑fo l’an passé à Padoue et aujourd’hui à Genève ; l’autre est Odericus Rinaldus[79] en cinq volumes in‑fo. C’est celui qui a continué les Annales de Baronius [80] à Rome, [21] il était père de l’Oratoire ; [81] on dit que M. Borde les imprimera à Lyon, qu’en savez-vous ? J’en avais ouï parler à M. Ravaud autrefois.

Tous les Allemands qui sont ici ne parlent que de leurs pilules de Francfort [82] dont ils font un grand secret : qu’en savez-vous de leur matière ? Dicuntur fieri ex aloe macerata in aqua fragariæ, alii dicunt violarum[22][83] instruisez-moi de cela s’il vous plaît.

Il y a en cette ville un médecin de Lyon nommé Belaître, [84] qui est venu y chercher de l’emploi et qui s’y est marié. Il se fait tout blanc de son épée, [23] il se moque des médecins de la Faculté de Paris, il dit qu’ils saignent trop, qu’ils n’ordonnent point de sel de corail, [85] qu’il est tout autrement plus savant qu’eux, etc. Peut-être qu’il est vrai, qu’en croyez-vous, connaissez-vous cet homme, quel âge a-t-il, de quel bois se chauffe-t-il ? [24] Au moins, s’il n’est fort savant, il faut qu’il soit grand vanteur, grand emballeur et grand menteur car on m’a rapporté de lui des choses fort étranges qu’il débite de deçà, peut-être pour tâcher de se mettre en crédit ac ut imponat vulgo nimium credulo[25] Tous biens sont tantôt communs au monde, il n’y a plus qu’à trouver moyen de les avoir et [après] [26] de les attraper per fas aut nefas[27] comme font les grands et les princes.

Ne vous souvenez-vous point, quand vous avez étudié à Paris, d’avoir vu feu M. Nicolas Piètre [86] qui vir fuit eximius et medicus incomparabilis[28] qui mourut ici l’ancien de notre Compagnie [87] l’an 1649 ? L’on m’a fait aujourd’hui et tout présentement (dont j’ai grande joie) présent de son portrait, dans lequel il est merveilleusement représenté au naturel. Mihi erit ista effigies tanti viri incitamentum ad studium et ad virtutem[29] Il n’y en a pas treize à la douzaine comme celui-là, il a eu lui tout seul ce que plusieurs autres n’ont point.

L’on m’a dit aujourd’hui que l’on réimprime en Allemagne Pharmacopœia Augustana, cum uberioribus commentariis Io. Zwelfer[30][88][89] Ce commentateur est un fort habile homme dans les opérations de pharmacie et dans les préparations des médicaments ; et même, a moins menti que plusieurs autres in prædicandis compositorum medicamentorum facultatibus[31] Néanmoins, pour un homme qui a vu et su la vérité, il ne l’a pas dite assez hardiment ; les jeunes gens qui liront son livre n’en profiteront point tant qu’il serait à désirer. Peut-être qu’il aura mieux fait en cette troisième édition.

Il court ici une Réponse à la lettre de M. l’archevêque de Toulouse sur la délibération du Clergé du 14 novembre 1656[32][90][91] Il y a 56 pages, in‑4o. Cet archevêque nouveau y est terriblement étrillé et le bon du conte, c’est que l’on dit qu’il mérite bien cela. Il y a encore deux autres pièces, dont l’une est intitulée Lettre de M. le cardinal de Retz au pape[92] elle est en latin et en français ; l’autre est du même cardinal à Messieurs les députés de l’Assemblée générale du Clergé de France[33][93] Il n’y a que huit pages à chacune. J’en ai mis deux dans mon paquet avec la 18e lettre du Port-Royal, pour vous être portées à la première commodité ; vous en prendrez votre part et donnerez, s’il vous plaît, l’autre à notre cher ami M. Gras, à qui je suis très humble serviteur ; comme aussi au bon M. Sauvageon, à MM. Falconet, Guillemin et Garnier, mes très humbles recommandations.

Je viens d’apprendre que ce médecin de Lyon nommé Belaître se fait aussi nommer M. Picoté ; qu’il est logé au faubourg de Saint-Germain où il a un frère prêtre, habitué à Saint-Sulpice, [94] qui fait tout ce qu’il peut pour lui donner de la pratique ; que ce prêtre Picoté [95] est celui qui refusa l’absolution à M. de Liancourt, [96] grand seigneur prétendu janséniste, d’où est provenu tant de bruit et particulièrement les deux lettres de M. Arnauld, [97] dans la seconde desquelles il se rencontra une proposition qui a tant fait faire d’assemblées en Sorbonne [98] il y a tantôt deux ans. [34] J’ai ouï parler de ce Picoté car, le carême dernier, je traitai un honnête homme d’une douleur néphrétique [99] dans ce faubourg, où il venait quelquefois en mon absence et y proposait d’étranges remèdes. Je ne l’ai jamais vu, mais je gagerais bien qu’il est un pur empirique [100] et misérable charlatan fort ignorant. Ce frère prêtre était le confesseur du malade, à cause de quoi le médecin y venait, mais par souffrance seulement, [35] et l’on n’y faisait rien de tout ce qu’il disait. Sed per ea qua audivi ab illo præscripta, possem affirmare in arte illa vix aliquid eum scire quam profitetur[36]

N’ai-je point ouï dire que depuis un an M. Sauvageon [101] a fait imprimer à Lyon, de nouveau, la Pharmacie de Bauderon ? [37][102] Si cela est, je vous prie de m’en acheter un et de me l’envoyer quand vous voudrez. Le libraire qui fait imprimer l’Histoire de feu M. le président de Thou, [103] nommé M. Courbé, [104] m’a dit aujourd’hui que l’on commence l’impression du troisième tome, [38] lequel finira à la mort de Charles ix[105] et qu’aussitôt il les mettra en vente pour faire de l’argent qui servira à faire imprimer le reste, lequel contiendra pour le moins quatre volumes. Il est vrai que Henri iv tout seul est bien gros et je crois qu’il fera bien trois volumes en français.

Le cardinal Rapaccioli [106] est mort à Rome ; [39] la peste [107] y renouvelle ; le pape [108] y a été fort malade, unde fit ut multi Cardinales serio cogitarint de Papatu[40] La femme de l’ambassadeur de Hollande [109] est ici morte en trois jours. M. de Guitaut, [110] capitaine des gardes de la reine, fort vieux et accablé de gouttes, est mort en Picardie à Montreuil. [41][111] Il est aussi mort ici un secrétaire du roi, près de Saint-Paul, nommé M. de La Place, [112] qui a donné à l’Hôpital général, [113] où l’on a enfermé tous les pauvres mendiants depuis peu, près de 4 000 livres de rente. On dit que la reine s’ennuie à La Fère. [114]

Mais voici une mauvaise nouvelle, laquelle me déplaît fort, mais elle ne manquera pas de réjouir les carabins [42] du P. Ignace : [115] c’est que M. Padet, [116] proviseur du Collège d’Harcourt, [117] homme d’honneur et qui depuis 40 ans a été un de ceux qui a le plus défendu l’Université contre la malice des jésuites, est fort malade d’une fièvre continue, [118] et même, dit-on déjà, avec rêverie. [119] J’ai bien peur qu’il n’en meure car il est fort vieux, je pense qu’il n’a guère moins que 75 ans. Il est professeur du roi, licencié de Sorbonne, et a enseigné 30 ans la philosophie dans Harcourt, on le peut vraiment appeler l’Atlas de l’Université de Paris. [43]

Dans la rue aux Fers, [44] près des Innocents, [120] où sont logés plusieurs marchands de soie, il y en a un fort riche nommé M. Bidal [121] qui a 16 garçons en sa boutique et en son magasin. L’un d’iceux, natif de Rouen, nommé Mustel, [122] âgé de 21 ans, a été découvert l’avoir volé et en deux mois lui avoir pris pour 6 000 livres de bonnes pièces d’étoffe de soie. Dès qu’il a été arrêté, il a promis de tout confesser, et même a nommé son receleur, aussi de Rouen, qui pour lors était à Paris et qui fut aussitôt arrêté ; il n’était logé qu’à 20 pas de là. Ils sont tous deux prisonniers au Châtelet [123] et seront tous deux pendus [124] dans peu de jours rue Saint-Denis, au bout de ladite rue aux Fers. Le receleur s’appelle La Croix, [125] il envoyait la marchandise dérobée à sa femme et à deux grandes filles nubiles qu’il avait, qui la revendaient. Toutes trois se sont sauvées et ont bien fait, car elles sont criminelles.

Nouvelles sont arrivées que le Turc [126] a fait assiéger en Dalmatie une ville dite Cattaro, [127] et que le cardinal Bichi [128] est mort. Si le Turc s’approche davantage de l’Italie, adieu le pape et le général des jésuites, adieu toute la moinerie[45]

Mais à propos de moines, [129] il y en a un ici qui m’a fort sollicité de lui vendre toutes les œuvres de Ioan. Heurnius. Je lui ai répondu que je n’avais jamais vendu livre, mais que, pour celui-là, je croyais qu’on le réimprimait à Lyon in‑fo[130] je n’en suis pourtant pas bien assuré. M. Huguetan le réimprime-t-il ? S’il ne le réimprime pas, obligez-moi de me le mander et de faire qu’il me renvoie aussi mon Heurnius que je leur ai prêté, il me pourra quelquefois servir ; [46] et me ferez grand plaisir, comme aussi de croire que je serai toute ma vie, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Patin.

De Paris, ce mardi 19e de juin 1657.


1.

« Première décade d’Observations anatomiques de Johann Daniel Horst, etc. » : v. note [16], lettre de Charles Spon, le 6 avril 1657.

2.

Le titre exact du livre de Johann Daniel Horst est Manuductio ad medicinam [Guide pour la médecine] (édition de Marbourg, 1657, in‑12o, v. note [32], lettre 458).

Guy Patin révélait encore ici sa bibliomanie : il souhaitait posséder l’ensemble d’une œuvre, même celle dont il n’appréciait pas l’auteur.

3.

Guillaume Desprez était en effet avec Pierre Le Petit un des libraires de Port-Royal (v. note [28], lettre 480) et des imprimeurs des Provinciales, dont la publication, on s’en doute, ne fut pas un jeu d’enfant.

Sainte-Beuve (Port-Royal, livre iii, chapitre vii ; tome ii, page 82) :

« On lit, dans les pièces annexées aux Mémoires de Beaubrun, une note manuscrite curieuse de la main de ce M. de Saint-Gilles, à la date du 18 août 1656 ; elle nous initie aux secrets : “ Depuis environ trois mois en çà, c’est moi qui immédiatement ai fait imprimer par moi-même les quatre dernières Lettres au Provincial, savoir : la 7, 8, 9 et 10e. D’abord il fallait fort se cacher et il y avait du péril ; mais depuis deux mois, tout le monde et les magistrats eux-mêmes prenant grand plaisir à voir dans ces pièces d’esprit la morale des jésuites naïvement traitée, il y a eu plus de liberté et moins de péril ; ce qui n’a pourtant pas empêché que la dépense n’en ait été et n’en soit encore extraordinaire. Mais M. Arnauld s’est avisé d’une chose que j’ai utilement pratiquée : c’est qu’au lieu de donner de ces Lettres à nos libraires Savreux et Desprez pour les vendre et nous en tenir compte, nous en faisons toujours tirer de chacune 12 rames qui font 6 000, dont nous gardons 3 000 que nous donnons, et les autres 3 000 nous les vendons aux deux libraires ci-dessus, à chacun 1 500, pour un sol la pièce ; ils les vendent, eux, 2 s. 6 ds et plus. Par ce moyen nous faisons 50 écus qui nous payent toutes la dépense de l’impression, et plus ; et ainsi nos 3 000 ne nous coûtent rien, et chacun se sauve. ” »

Guillaume Desprez (vers 1629-1708), principal imprimeur de Port-Royal, reçu libraire en 1651, avait ouvert en 1654 deux boutiques, l’une rue Saint-Jacques, face aux Mathurins, à l’enseigne de Saint-Prosper, et l’autre au pied de la tour de Notre-Dame, du côté de l’archevêché, à l’enseigne des Trois vertus. Desprez fut enfin reçu imprimeur en 1706, bien qu’il eût obtenu l’autorisation d’exercer cette activité dès 1686 (Renouard). Il ne disposait donc pas alors de presses, il faisait imprimer les écrits jansénistes par ses collègues Denis Langlois installé sur la Montagne Sainte-Geneviève à Paris, et Dumesnil installé à Rouen, et en assurait le débit, le tout sous la protection de Nicolas Fouquet et de Robert Ballard, syndic des libraires (v. infra note [9]). Le chancelier Séguier, excédé par ces menées, se décida à sévir (D.P.‑R., pages 332‑333) :

« un agent du commissaire Camuset se présente le 8 juin 1657 à la boutique de Desprez et lui demande toute une liste de pièces nouvelles, que le libraire s’engage à fournir dès le soir même. À onze heures du soir, la police arrête Desprez ; perquisitionnent chez lui et saisissent ses papiers. Le lendemain, ils s’attaquent à Denis Langlois, qui avouera tout et sera rapidement libéré. Desprez tient bon et il est soutenu par les interventions du curé de Saint-Eustache, Pierre Marlin, et d’autres amis, qui mettent tout en œuvre pour le tirer d’affaire. Ils réussissent à convaincre le lieutenant civil de ne pas le condamner au fouet, mais de lui infliger seulement, par sentence du 12 octobre 1657, un bannissement de cinq ans hors du royaume. Sur sa promesse de ne pas faire appel, semble-t-il, Desprez est libéré. Aussitôt il fait appel au Parlement, dont Fouquet est le procureur général et où Port-Royal compte, entre autres amis, le premier président Bellièvre. Le Parlement annule la sentence du Châtelet contre Desprez. »

Bien plus tard, Desprez fut l’éditeur des Pensées de Pascal, petit volume in‑12o, achevé d’imprimer le 2 janvier 1670.

4.

Issu d’une grande famille de libraires-imprimeurs parisiens, Denis Langlois (né en 1602), reçu en 1644, demeura en activité jusqu’en 1667, année où un arrêt du 17 février lui interdit de continuer à imprimer. Sa dernière adresse a été au Mont Saint-Hilaire, à l’enseigne du Pélican (Renouard).

D.P.‑R. (page 588) :

« La 18eProvinciale, datée du 24 mars et imprimée par Denis Langlois, n’est diffusée qu’à partir du 14 mai 1657. Pour des raisons qui tiennent non pas aux conditions de l’impression, mais à la doctrine même des théologiens de Port-Royal, ce sera la dernière. Cependant, il est vrai que la menace pèse sur les imprimeurs proches du monastère. Ballard est ouvertement attaqué dans un mémoire adressé à Fouquet, où diverses fautes professionnelles sont reprochées au syndic. Le 31 mai 1657, un nouveau bureau de la communauté des imprimeurs et des libraires est nommé : le nouveau syndic est Denis Béchet ; ses adjoints sont Du Mesnil, Targa, Coignard et Soubron. […] les adversaires de Port-Royal n’emportaient qu’un demi-succès, car s’ils peuvent compter sur Béchet et Du Mesnil, en revanche Targa est un ami de Langlois et Coignard est douteux ; enfin, Soubron aurait été élu par suite des manœuvres de Ballard lui-même et malgré un ordre de Séguier. {a} Ainsi, les amis de Port-Royal pourront faire venir leurs ouvrages de l’étranger sans craindre que les adjoints ne se montrent trop vétilleux lors de la visite d’entrée à Paris. Cependant, Séguier se décide à frapper un grand coup. Le 8 juin 1657, Desprez est arrêté : Camuset {b} perquisitionne sa boutique et saisit ses papiers. Le lendemain, dès 5 ou 6 heures du matin, le commissaire se présente chez Langlois qui est précisément en train d’imprimer la Lettre d’un avocat du Parlement à un de ses amis touchant l’Inquisition qu’on veut établir en France à l’occasion de la nouvelle bulle du pape Alexandre vii. Langlois voit venir les policiers du Châtelet et se cache sur le toit de la maison avec son gendre, emportant les formes compromettantes et les feuilles qu’ils sont en train de tirer. Néanmoins, Camuset trouve dans l’imprimerie une cinquantaine d’exemplaires de la Lettre, qu’il emporte, sans réussir à trouver l’imprimeur ni son gendre. Langlois avertit Saint-Gilles de la tournure des événements et celui-ci lui conseille de se cacher. Cependant, Langlois ne suit pas cet avis et retourne coucher dans sa maison. Le lendemain matin, Camuset revient et l’arrête. Interrogé par le lieutenant civil, {c} Langlois prend peur, car il a une famille à nourrir, et raconte tout ce qu’il sait, ce qui lui vaut d’être libéré aussitôt sans être condamné. »


  1. Le chancelier Pierre Séguier.

    Commissaire au Châtelet.

  2. Simon Dreux d’Aubray.

5.

Cette explication était inexacte (v. supra note [4]), mais Guy Patin faisait allusion à un épisode de la vive querelle qui opposait le cardinal de Retz, alors en exil, à la cour et au Clergé de France.

En avril 1654, un arrêt de la Chambre des comptes avait proclamé la mise en régale de l’archevêché de Paris : Retz, son titulaire, en avait démissionné la main forcée ; les revenus en appartenaient donc au roi. Bien que Retz eût ensuite révoqué sa démission, l’arrêt demeurait en vigueur et le cardinal manquait cruellement d’argent ; lui et ses partisans accablaient donc l’Assemblée de lettres réclamant son dû, tant spirituel que temporel.

On céda sur la revendication spirituelle en permettant à Alexandre de Hodencq de remplir les fonctions de grand vicaire, mais on ne céda pas sur la revendication temporelle.

Pierre de Marca, alors archevêque de Toulouse, se posa en adversaire résolu de Retz au sein de l’Assemblée du Clergé, parvenant à obtenir d’elle, le 14 novembre 1656, un vote qui abandonnait la cause de Retz, remettant au roi le soin de faire régler l’affaire par des juges ecclésiastiques. Marca publia une lettre anonyme de justification qui suscita deux répliques (v. note [32], lettre 485), elles aussi anonymes, de Louis-Henri de Gondrin, archevêque de Sens, puis une nouvelle protestation véhémente de Retz lui-même, datée du 28 mars 1657. Tout à fait gagné aux thèses de la cour, Marca montrait d’autant plus d’acharnement contre Retz qu’il briguait sa succession à l’archevêché de Paris ; il en devint en effet l’éphémère titulaire en 1662 (Bertière b, pages 408‑411).

6.

Philippe, duc d’Anjou, le frère cadet de Louis xiv, futur duc d’Orléans, approchait alors de ses 17 ans.

7.

« La politique nouvelle du cardinal Mazarin » : titre du P. Pierre Labbé (inventeur en 1642 de l’anagramme ars animi [le talent de l’esprit] pour Masarini), dont je n’ai pas trouvé trace dans Sommervogel ou ailleurs.

8.

« ce qui serait extrêmement fâcheux pour l’une et l’autre nation ».

9.

Robert Ballard, nommé libraire-imprimeur du roi pour la musique par lettres patentes du 24 octobre 1639, avait été reçu l’année suivante ; il fut successivement adjoint en 1648, consul en 1650, syndic en 1652. Il venait d’être démis de cette dernière fonction le 31 mai 1657 (v. supra notes [3] et [4]), comme Guy Patin l’a annoncé plus loin dans sa lettre. Juge consul en 1666, Ballard mourut vers 1673. Il était établi rue Jean de Beauvais, Au Mont Parnasse (Renouard).

10.

Le libraire lyonnais Christophe Fourmy était en train d’imprimer les œuvres complètes de Jean Varanda, professeur de Montpellier mort en 1617 (v. note [2], lettre 145), éditées par Henri Gras : Ioannis Varandæi, consilliarii Medici, professorisque regii, et decani Facultatis medicæ Monspeliensis, Opera omnia. Ad fidem codicum ipsius authoris anuscriptorum recognita et emendata, postrea hac editione multis tractatibus nunquam antea editis auctiora. cura et studio Henrici Gras, Doctoris Medici Monspeliensis, Vice-Decani Collegii Medicorum Lugdunensium, Christianissimo Regi et Serenissimo Principi de Turenne a Consiliis Medicis [Œuvres complètes de Jean Varanda, conseiller médecin et professeur du roi, et doyen de la Faculté de médecine de Montpellier. Révisées et amendées sur la foi des registres et des manuscrits de l’auteur lui-même, en une dernière édition très augmentée de plusieurs traités encore jamais publiés. Par les soins et le travail d’Henri Gras, docteur en médecine de Montpellier, vice-doyen du Collège des médecins de Lyon, conseiller médecin du roi très-chrétien et du sérénissime prince de Turenne] (Lyon, Christophe Fourmy, 1658, in‑fo, Medic@ ; v. notes [5], lettre 441, pour le privilège et l’achevé d’imprimer, et [42], lettre 209, pour la précédente édition).

Il manque à cette compilation les traités de Elephantiasi, de Lue venerea, de Hepatide [de l’Éléphantiasis, de la Maladie vénérienne, de l’Hépatite] (v. note [29], lettre 405). En compensation, Gras y a inséré deux autres traités encore inédits : l’un, de Morbis genitalium in viris [des Maladies des parties génitales chez les hommes], et l’autre interprétatif du livre d’Hippocrate de Natura hominis [de la Nature de l’homme].

Les de Morbis et affectibus mulierum libri tres [Trois livres sur les maladies et affections des femmes] avaient été publiés plusieurs fois auparavant : Lyon, 1619, in‑8o par les soins de Pierre Myteau ; Hanovre, 1619, in‑8o ; Montpellier, 1620, in‑8o, par les soins de Romain et de La Coste (R. Desgenettes, in Panckoucke).

Guy Patin citait encore les traités de Indicationibus curativis [des Indications curatives], de Lue venerea et hepatide [de la Maladie vénérienne et de l’hépatite], de Affectibus renum et vesicæ [des Affections des reins et de la vessie].

11.

V. note [3], lettre de Charles Spon, le 8 juin 1657.

12.

La première partie des Commentaires sur les Histoires épidémiques d’Hippocrate de Pietro Francisco Frigio avait été publiée en 1644 (v. note [28], lettre 449).

13.

Robert de Farvacques, né à Lille en 1612, était médecin de la cour espagnole de Bruxelles. Une de ses thèses intitulée Num pilulæ deiectoriæ cum cœna recte exhibeantur ? [Convient-il de faire prendre les pilules laxatives avec les repas ?] (Padoue, L. Pasquati, 1637, in‑4o) laisse penser qu’il était docteur en médecine de Padoue.

14.

« ces Conseils et Réponses [de Benoît Silvaticus, médecin de Pavie] sont in‑fo de Padoue, 1656 » (v. note [7], lettre 406).

15.

Les deux livres souhaités par Guy Patin étaient :

  • Hieronymi Ochi Rizetti Medici Brixiensis de Febribus libri iii… Tria accessere paradoxa : quod a pituita, ut frigida, effici febris nulla ratione possit ; quod ephemera febris non sit spirituum, sed quædam… solidorum inflammatio ; quod febris hectica sit putrida… ac demum, liber de humoribus [Trois livres de Girolamo Occhi Rizetti, médecin de Brescia (mort en 1659), sur les fièvres… Avec trois paradoxes : qu’aucune fièvre ne puisse être produite par la pituite parce qu’elle est froide ; que la fièvre éphémère ne soit pas quelque inflammation des esprits, mais bien des parties solides ; que la fièvre hectique soit putride… et enfin, un livre sur les humeurs] (Venise, Justus, 1657, in‑4o) ;

  • et de Ioannes Franciscus de Francisco, Libellus de Venæ sectione contra empiricos [Opuscule sur la Saignée, contre les empiriques] (Naples, C. Cavalli, 1655, in‑12o).

16.

Passages du livre.

17.

Dans sa lettre à Charles Spon, datée du 17 octobre 1653 (v. note [13], lettre 327), Guy Patin disait au contraire grand bien de ce commentateur, Levin Nicolaus Moltke, et grand mal de Thomas Browne, l’auteur de « La Religion d’un médecin » (qui ne paraît pas avoir été réimprimé à Strasbourg à cette époque).

18.

John Lambert (Kirkby Malhamdale, Yorkshire vers 1619-Drake’s Island, devant Plymouth 1684) avait été l’un des principaux chefs du parti républicain après la chute de Charles ier. Son courage et ses capacités l’avaient mené à la tête du Conseil que Cromwell substitua au Parlement en 1653. Il s’était vivement opposé à ce que le Protecteur fût déclaré roi. Cromwell le considérant dès lors comme son ennemi ou son rival, le dépouilla du généralat. Lambert reparut en 1658, à la mort du Protecteur, et fut l’âme du parti formé contre son fils, Richard Cromwell. Le premier, Lambert pénétra la défection que Monck (v. note [2], lettre 585) méditait et marcha contre ce général pour empêcher le rétablissement de la monarchie ; mais abandonné de ses troupes, il fut fait prisonnier et après la contre-révolution, condamné à mort. Charles ii commua sa peine en prison perpétuelle (Plant et G.D.U. xixe s.).

19.

L’armée royale, commandée par le maréchal de La Ferté, entreprenait le siège de Montmédy, place forte espagnole de Lorraine (v. note [40], lettre 222). La ville se rendit le 6 août, en présence de Louis xiv en personne, après 46 jours de résistance acharnée.

20.

Mot difficilement lisible : on hésite avec propre. V. note [33], lettre 324, pour Philippe Guéton, sa femme, et son beau-frère Chapuis.

21.

Continuation des Annales ecclésiastiques du cardinal Cæsar Baronius (v. notes [6], lettre 119), par Odorico Rinaldi : Annales ecclesiastici ab anno 1198, ubi Baronius desinit, autore Odorico Rinaldi (1646-1677, Rome, 10 volumes in‑fo).

22.

« On les dit faites d’aloès macéré dans de l’eau de fraisier, d’autres disent de violettes. »

23.

« Il se fait tout blanc de son épée pour dire : il se fie fort en sa force, en son crédit, pour venir à bout de quelque chose » (Furetière).

24.

« On dit, en menaçant, il verra de quel bois je me chauffe pour dire je le bastonnerai du bois que j’ai à mon feu » (Furetière).

25.

« et pour en imposer au peuple par trop crédule. »

26.

Tache d’encre sur le manuscrit.

27.

« par tous les moyens, bons comme mauvais [de façon licite et illicite] »

28.

« qui fut un homme éminent et un médecin incomparable ».

29.

« Ce portrait d’un si grand homme sera pour moi une incitation au zèle et à la vertu. »

30.

« Pharmacopée d’Augsbourg, avec les commentaires enrichis de Johann Zwelfer » : v. note [2], lettre 312, pour l’édition de 1652 ; l’ouvrage a été réédité à Nuremberg (M. et J. Frideric, 1667, in‑fo).

31.

« en vantant les facultés des médicaments composés. »

32.

Cet ouvrage anonyme, sans lieu ni date, qui répondait à la lettre de Pierre de Marca, archevêque de Toulouse (v. note [5], lettre 485) a pour auteur Louis-Henri de Gondrin, archevêque de Sens et l’un des zélés partisans du cardinal de Retz.

33.

Lettre de M. le cardinal de Retz, archevêque de Paris, à messieurs les cardinaux, archevêques, évêques et autres députés de l’Assemblée générale du Clergé de France (pour défendre le temporel de son archevêché et de ses abbayes), 28 mars 1657 (sans lieu ni nom, 1657, in‑4o).

La lettre du cardinal de Retz au pape est bien antérieure, datée du 18 octobre 1656 (sans lieu ni date, in‑4o) : « Pour justifier sa conduite et demander la restitution de ses revenus ecclésiastiques, on a joint à cette lettre l’original en latin ».

34.

L’abbé Charles Picoté, frère du médecin, François Picoté de Belaître (v. note [28], lettre 428), était vicaire de Saint-Sulpice (v. note [6], lettre 318).

Il fut avec son curé, Jean-Jacques Olier, celui qui déclencha la fureur d’Antoine Arnauld (ce qui mena Pascal à écrire ses Provinciales) en refusant l’absolution à Roger du Plessis, marquis de Liancourt (1609-1674), duc de La Rocheguyon et pair de France, pour cause de sympathie avec Port-Royal (v. notes [40], lettre 428, et [1], lettre 433). Picoté exigea que son paroissien retirât sa petite-fille de Port-Royal et congédiât deux augustiniens logés chez lui.

Arnauld publia deux lettres sur le sujet, qui aboutirent à sa censure en Sorbonne, prononcée le 18 février 1656 (v. note [43], lettre 433) : Lettre à une personne de condition, sur ce qui est arrivé dans une paroisse de Paris à un seigneur de la cour (24 février 1655) ; Seconde lettre à un duc et pair de France, pour servir de réponse à plusieurs écrits qui ont été publiés contre sa première lettre (10 juillet 1655).

35.

« Souffrance se dit aussi, en termes de pratique, de la tolérance qu’on a pour certaines choses que l’on pourrait empêcher » (Académie).

36.

« Mais à ce que j’ai entendu sur ce qu’il a prescrit, je puis affirmer qu’il ne connaît presque rien à l’art qu’il prétend professer [v. note [18], lettre 290]. »

37.

Postérieurement à celles déjà citées (v. note [25], lettre 426) Guillaume Sauvageon n’a plus donné qu’une édition de la Pharmacopée de Bauderon, à laquelle, outre les corrections et augmentations de toutes les précédentes éditions, sont ajoutées de nouveau les remarques, corrections et compositions curieuses et nécessaires aux médecins, apothicaires, chirurgiens et autres (Lyon, Barthélemy Rivière, 1663, 2 volumes in‑8o), avec aussi son Traité chimique contenant les préparations, usages, facultés et doses des plus célèbres et usités médicaments chimiques et un Traité des eaux distillées qu’un apothicaire doit tenir en sa boutique, par Laurent Catelan.

38.

V. note [9], lettre 441, pour cette première traduction en français, par Pierre Du Ryer, de l’Histoire de mon temps de Jacques-Auguste i de Thou.

39.

V. note [30], lettre 395, pour Francesco Angelo Rapaccioli, cardinal mort le 15 mai 1657, déjà mentionné lors du conclave de 1655.

40.

« d’où s’est fait que beaucoup de cardinaux se sont mis à penser sérieusement à la papauté. »

41.

V. note [22], lettre 223, pour François de Pechpeyrou-Comminges, comte de Guitaut, dont plusieurs autres sources donnent 1663 pour année de mort.

42.

Carabins remplace ici sur le manuscrit un mot soigneusement barré qui pourrait être pendards ; il n’est pas assuré que la correction soit de la plume de Guy Patin.

43.

Pierre Padet (mort le 5 février 1665) avait enseigné la philosophie au Collège d’Harcourt, dont il était ensuite devenu proviseur. En 1647, il avait obtenu la chaire de philosophie grecque et latine au Collège de France (qu’il résigna en 1663). Guy Patin faisait allusion à son Mémoire touchant le différend mû entre les trois Facultés et les quatre Nations de l’Université de Paris (sans lieu ni nom, 1653 ? in‑4o). Padet fut aussi l’auteur des Raisons pour le désaveu fait par les évêques de ce royaume d’un livret publié avec ce titre Jugement des cardinaux, archevêques, évêques et autres qui se sont trouvés en l’Assemblée générale du Clergé du royaume, sur quelques libelles diffamatoires, sans les noms des auteurs, contre les schismatiques de ce temps, par François, cardinal de La Rochefoucault (Paris, 1626, in‑4o) et (avec Jacques Du Chevreul) des Déclinaisons grecques arrangées avec le latin pour les enfants qui commencent, et l’alphabet grec expliqué en français pour apprendre à bien lire et bien écrire en grec (Paris, 1649, in‑4o).

44.

La rue aux Fers longeait le mur nord du cimetière des Innocents, sur une portion de l’actuelle rue Berger dans le ive  arrondissement de Paris.

45.

Cattaro (aujourd’hui Kotor, en Monténégro), port et place forte de Dalmatie, à 55 kilomètres au sud-est de Raguse, au fond du golfe qui porte son nom, était rattachée à la République de Venise depuis 1420. Avec le siège de Cattaro, la menace turque s’approchait dangereusement de l’Italie.

La Gazette, Ordinaire no 88 du 21 juillet 1657 (pages 701‑702) :

« De Venise, le 23 juin 1657. Nouvelles sont ici venues que 6 000 Turcs s’étaient approchés de Spalatro, {a} puis avaient tourné vers le poste de Saint-François à dessein de s’en emparer et d’y faire quelques fortifications ; mais que le capitaine Possidaria étant sorti sur eux, ensuite d’un combat assez opiniâtré, auquel plus de cent de ces infidèles étaient demeurés sur la place, et seulement douze des nôtres, les avait obligés de se retirer à Salona entre Spalatro et Clissa, {a} et qu’ils avaient reçu un renfort de quatre mille chevaux et six mille fantassins ; de quoi Dom Camillo Gonzague n’eut pas plus tôt avis qu’il se rendit promptement de ce côté-là, où le provéditeur général de Dalmatie se doit aussi trouver avec d’autres troupes. »


  1. Aujourd’hui Split en Croatie.

L’offensive terrestre des Turcs en Dalmatie échoua. Le cardinal Alessandro Bichi était mort le 25 mai 1657.

46.

Jan i van Heurne : Opera omnia, tam ad theoriam quam ad praxim medicam spectancia [Œuvres complètes, qui concernent tant la théorie que la pratique de la médecine] (Leyde, Raphelengius, 1609, in‑4o ; Lyon, Jean-Antoine ii Huguetan et Marc-Antoine Ravaud, 1658, in‑fo ; v. note [12], lettre 446).

a.

Ms BnF no 9357, fos 256‑257 ; J.‑H. R.‑P. nos cccix (tome ii, pages 316‑320, datée du 14 juin) et cccx (tome ii, pages 320‑324, datée du 19 juin) ; J.P. & L.J. no 30 (Pléiade, pages 518‑526).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Guy Patin à Charles Spon, le 19 juin 1657
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(Consulté le 20.11.2018)

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