À Claude II Belin, le 12 septembre 1643
Note [15]

« ce vaurien qui sévit toutes les semaines a besoin d’ellébore [v. note [30], lettre 156] ou d’une médecine plus énergique, la flamme et le fer. »

Les fanfaronnades de Guy Patin visaient un factum de Théophraste Renaudot contre la Faculté de médecine de Paris (v. note [9], lettre 96) et la Requête présentée à la reine par Théophraste Renaudot en faveur des pauvres malades de ce royaume (sans lieu, ni nom, ni date [1643], in‑fo de huit pages). Après la mort de Richelieu, la Faculté avait repris de plus belle les hostilités contre Renaudot. Le 9 janvier 1643, elle avait décidé d’adresser au roi et à son Conseil une supplique qui viserait les entreprises du Gazetier. Elle avait chargé Patin, alors censeur, et son collègue Antoine Charpentier de rédiger cette pièce que le doyen, Michel i de La Vigne, et sept docteurs étaient allés porter au chancelier le 12 juillet 1643 :

« Sire, Les doyen et docteurs en médecine de la Faculté de Paris vous remontrent très humblement qu’encore que leur profession mérite pour son importance d’être réglée avec grand soin, particulièrement en la ville de Paris, capitale du royaume, et en laquelle il y a l’Université des plus célèbres de l’Europe, néanmoins le désordre y serait plus grand dans ladite profession qu’en aucune autre ville ; plusieurs étrangers sans titre, sans degré, sans lettres et sans aveu entreprenant impunément ledit exercice sous prétexte des assemblées et consultations charitables du Bureau d’adresse, par lesquelles on abuse de la crédulité des simples au grand préjudice du public ; dont les suppliants ayant cru être obligés par devoir d’informer le prévôt de Paris, juge naturel des parties et auquel la connaissance des points de police appartient, lui auraient présenté requête sur laquelle commission leur aurait été accordée pour faire assigner M. Théophraste Renaudot, auteur de ces désordres et patron de toute la cabale ; lequel, au lieu de s’y prêter et pour faire connaître qu’il n’est aucunement méthodique, se serait pourvu au Conseil où par divers arrêts d’icelui, des 4e de juin et 9e de juillet 1641, il aurait fait retenir la connaissance du différend des parties et ordonné qu’elles contesteraient au principal pour leur être fait droit. »

Contestant la validité juridique de ces deux arrêts favorables à Renaudot, la Faculté concluait en demandant au roi de tenir le Conseil hors de ce différend et que les parties se pourvoient désormais « devant le prévôt de Paris et par appel au Parlement » (Comment. F.M.P., tome xiii, fo 179). C’était traîner Renaudot devant des juges, amis de la Faculté, qui n’auraient aucune bienveillance pour lui. Le 7 août, le Conseil avait rendu un arrêt donnant gain de cause à la Faculté et renvoyant le procès par devant le prévôt de Paris. Le 12 août, le doyen avait fait signifier cet arrêt à Renaudot. Il se sentit perdu ; comme on avait ressuscité contre lui une vieille affaire compromettante pour Anne d’Autriche, qu’il avait publiée en 1633 dans la Gazette par ordre de Richelieu (v. note [9], lettre 96), il pensa que cette accusation n’avait pas été étrangère à l’arrêt pris contre lui et il adressa sa Requête… à la régente, dont voici le début :

« Madame, La douceur par où votre régence a commencé suffirait à me donner la hardiesse de me jeter aux pieds de Votre Majesté pour implorer sa faveur, quand je n’aurais point de mon côté sa justice et ne serais point fondé en exemple ; mais la cause que je soutiens n’étant pas moins juste que favorable et en ayant usé de la sorte envers le roi défunt, qui a eu agréable que je lui dressasse mes très humbles requêtes en la même forme que le servais et son État, qui est cette-ci, je n’en espère pas moins de votre bonté et m’assure qu’elle excusera les pauvres malades pour lesquels je parle si, leurs haillons n’osant approcher de votre cabinet quand leur faiblesse le pourrait permettre, ils empruntent ma plume pour se faire entendre en cette cour sur la créance que, quelques-uns de leurs langoureux accents étant recueillis et fidèlement rapportés à Votre Majesté, ou bien elle les exaucera, ou du moins, ayant fait mes petits efforts pour la conservation de leurs droits, j’éviterai le blâme de prévaricateur en la charge de Commissaire général, dont je suis pourvu, il y a 25 ans ; reproche que je mériterais en taisant à Votre Majesté l’état de leur affaire. »

Renaudot demande à la reine de tenir l’engagement que le roi avait pris de faire bâtir un établissement pour recevoir les pauvres malades (« et toutefois ne sont pas assez misérables pour se faire porter à l’Hôtel-Dieu »), propose ses bons offices à la reine et se justifie auprès d’elle des quelques maladresses commises dans la Gazette en 1633, concluant en ces termes :

« Il est vrai, Madame, que je me sens coupable en une chose, de ce que mon style trop bas n’a su et ne saurait jamais atteindre au faîte de vos héroïques et royales actions. Mais le grand nombre de mes complices, qui sont tous les écrivains de ce siècle, rendent ma faute plus excusable : ne se trouvant point de plume qui vole si haut qu’elle puisse égaler la hautesse de vos louanges qui vont faire suer mes ouvriers et gémir mes presses : premièrement par le grand nombre de vos victoires et ensuite, par cette glorieuse paix qui fera bientôt dire de Votre Majesté dans mes feuilles, au grand contentement de tout le monde, ce que disait l’empereur Sévère, J’ai trouvé l’Empire troublé de guerres et je l’ai rendu tranquille par une paix générale. »

Insensible à cette supplique et peut-être bien contente de prendre sa revanche sur le Gazetier de 1633, la reine abandonna Renaudot à son sort en faisant donner une suite favorable à la requête de la Faculté contre lui.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 12 septembre 1643. Note 15

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(Consulté le 24.04.2019)

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