À Johann Daniel Horst, le 22 octobre 1660

Note [5]

Philip Salmuth (Philippus Salmuthus), natif de Leipzig, médecin allemand mort en 1626, archiatre du duché d’Anhalt (v. note [3], lettre latine 19), et auteur de Observationum medicarum centuriæ tres posthumæ. Cum Hermanni Conringii præfatione de doctrina Pathologica. Accedit Rolandi Capelluti libellus de Peste a mendis liberatus [Trois Centuries posthumes d’observations médicales de Philip Salmuth ; avec une préface d’Hermann Conring sur la doctrine pathologique. On y a ajouté l’opuscule de Rolandus Capellutus sur la peste, purgé des fautes qu’il contenait] (Brunswick, Gotfridus Mullerus, 1648, in‑4o).

L’aberrante (mais distrayante) observation xciv de la 3e centurie (pages 156‑157) est intitulée Infans per os exclusus [Expulsion d’un enfant par la bouche] :

Iuvenis quædam fœmina, in civitate imperiali, infantem digiti longitudine, maximis cum doloribus, summoque vitæ periculo per os enititur. Mortuum 13. julij, 1605. mulieres adstantes scatulæ includunt, et sepeliunt. Amplissimus vero Senatus postquam hoc rescivit, refodere infantem, eumque in honestorum quorundam virorum præsentia aperire jubet quem omnibus membris humanis, tam internis, quam externis vere constare cognoscunt, et paulo longioris digiti longitudinem excedere, de prehendunt. Puerpera ea de re interrogata, et examinata, constanter affirmavit, maritum semper cum illa per os coivisse, et sperma in fauces immisisse : sibi (utpote a natura plane simplici, sicque a marito facile persuasæ,) primo quidem de alio coeundi modo nihil prorsus constitisse, donec a vicina, quacum de eo aliquando communicasset, aliter edocta fuisset ; atq. se ita a marito delusam postmodum animadvertisset. Vicina quidem illa et alijs hæc retulit ; sed nulla ipsi ob nimiam, et quasi fatuam mulieris illius innatam siplicitatem, fidem adhibere voluit, donec veritatem tempus in lucem eruerit, atque eos convicerit. Maritus, seu impurus potius, et sceleratus ipse nebulo, (qui sutor fuit,) fuga sibi consulens, decem septimanas ante infantis exclusionem, clam uxore (postquam hujus abligurierat bona,) militatum abijt : alias rogo forsan impositus fuisset. Atque hæc ex literis Ioannis Komeleri, in consulis illius civitatis ædibus tum degentis, ut oculati, et fide digni testis, ad Gothofredum Hoffmannum, affinem, et compatrem meum datis, descripsi.

[Dans une cité impériale, au milieu d’extrêmes douleurs et au grand péril de sa vie, une jeune femme accouche par la bouche d’un enfant long d’un doigt. Il meurt le 13e de juillet 1605, et les matrones l’enferment dans une boîte à pilules et l’ensevelissent ; mais après que l’amplissime Sénat a eu connaissance de cela, il ordonne qu’on déterre l’enfant et qu’on l’ouvre en présence d’honorables personnages ; ils y constatent la présence de toutes les parties humaines, tant externes qu’internes, bien que son corps dépasse à peine la longueur d’un doigt. Interrogée sur cette affaire et examinée, l’accouchée déclare invariablement que son mari a toujours pratiqué le coït buccal avec elle et lui a éjaculé dans la gorge ; que d’abord, il lui avait paru ne pas exister d’autre moyen de copuler (ce dont le mari l’avait aisément persuadée, car elle était de nature très simplette), jusqu’à ce qu’une voisine, avec qui elle avait un jour échangé sur ce sujet, l’ait autrement instruite ; qu’alors elle avait découvert que son mari s’était ainsi joué d’elle. Elle révéla l’affaire à cette voisine et à d’autres personnes ; mais nul ne voulut accorder de crédit à cette femme, en raison de son extrême faiblesse d’esprit qui confinait à l’idiotie ; jusqu’à ce que le temps eût mis au jour la vérité et les en eût convaincus. Le mari, ou plutôt ce vaurien impie et infâme (qui était cordonnier), préférant la fuite, à l’insu de son épouse (après avoir dissipé tout son bien), était parti se faire soldat dix semaines avant l’expulsion de l’enfant ; j’espère que depuis on a pu lui mettre la main dessus. J’ai écrit cette observation d’après les lettres de Johann Komeler, qui habitait alors dans la maison de l’échevin de cette ville, à tenir pour un témoin oculaire et digne de foi ; lettres qu’il avait adressées à Gottfried Hoffmann, mon parent et compatriote].


Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Johann Daniel Horst, le 22 octobre 1660, note 5.

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(Consulté le 24/05/2024)

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