L. latine 236.  >
À Christiaen Utenbogard,
le 28 mars 1663

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[Ms BIU Santé 2007, fo 142 ro | LAT | IMG]

Au très distingué M. Christiaen Utenbogard, à Utrecht.

Très distingué Monsieur, [a][1]

Un philosophe ancien doutait de tant de choses qu’il peinait à savoir s’il savait quelque chose. [1][2] Ainsi, tandis que je vous écris, car j’écris tout pensant à vous, un doute me vient : non pas de votre amour pour moi, car je ne crains pas qu’il vienne à manquer et en écarte la pensée, cela ne pouvant se produire, si je vous connais bien ; mais de votre bonne santé et du parfait état de vos affaires. Dieu fasse que tout aille aussi bien que je l’augure de tout cœur et que je le souhaite sincèrement. Je vous ai auparavant écrit, et ce à de nombreuses reprises, par l’intermédiaire de votre compatriote chirurgien, Johann Droüard, [3] savoir les 13e d’octobre, 13e, 25e et 29e de novembre, 1er décembre et 6e de janvier, [2] et vous ai envoyé deux listes de livres ou opuscules qui ont été imprimés dans votre pays, en vous priant de me les acheter et expédier. Dieu veuille que vous ayez reçu tout cela, mais ne vous souciez de mes listes en compte que si cela ne vous importune pas. Je rembourserai sans peine les dépenses que vous aurez faites pour l’achat des livres, et la somme vous en sera remise à domicile et argent comptant. En attendant, dites-moi, je vous prie, comment se porte M. Marten Schoock : [4] est-il en bonne santé et se souvient-il de nous ? quand nous enverra-t-il son fils aîné ? [5] Diffugere nives, redeunt jam gramina campis, Arboribusque comæ : [3][6] ici le printemps approche ; voyager pourrait être aisé et commode, à l’abri de tous les aléas des guerres, qui semblent partout être assoupies et terminées. Écrivez donc à ce très distingué Monsieur pour qu’il songe à nous envoyer son fils : metas nec tempora pono[4][7] et je n’ajoute aucune autre condition à ce que j’ai écrit auparavant. Il sera le très bienvenu ; je le recevrai et le traiterai céans fort bien, comme le fils de mon bon ami ; il verra Paris et y apprendra tout ce qu’il voudra ; le Palais et le Louvre ne sont qu’à 300 pas d’ici. Paris est un abrégé du monde, fort grand, fort riche, et fort peuplé : elegantissimum totius Orbis compendium[5] Saluez le père de ma part et exhortez-le à méditer sur ce projet. Mais qu’avez-vous de nouveau à me dire sur ses livres ? N’a-t-il pas donné la seconde édition de son traité de Cervisia ? Quand donc son livre de Fermentatione nous arrivera-t-il, tout comme celui de Sternuatione[6][8] Beaucoup pensent que s’est maintenant évanoui le dessein d’une campagne à mener contre le pape, [9] et nulle autre guerre ne semble imminente. Nous aurons ce mois-ci les Opera omnia Cardani en dix tomes in‑fo ; [7][10] le Diogenes Laertius [11] et le Sam. Bochartus de Animantibus sacræ Scripturæ le suivra. [8][12] On imprime ici le Hollierus de Morbis internis, in‑fo, avec ses propres annotations, [13] les commentaires et les notes de Louis Duret, [14] les exercitations d’Antoine Valet ; [15] tout ce à quoi, pour la première fois, se joignent dans cette dernière édition les commentaires et les observations choisies de Jean Haultin. [9][16] Ces quatre auteurs ont été de fort habiles médecins parisiens ; ce Haultin tenait jadis ici le premier rang en notre pratique, aux côtés des hommes très remarquables qu’ont été Jean Duret, [17] Simon Piètre [18] et Guillaume de Baillou. [19] Nous avons ici récemment perdu Jean Merlet, [20] le plus ancien maître de notre École ; un catarrhe suffocant l’a tué en deux jours, [21] en sa 82e année d’âge. Puissent les dieux vous accorder une telle longévité. Portez-vous bien, très distingué Monsieur, et aimez-moi.

De Paris, ce mercredi 28e de mars 1663.

Guy Patin, docteur en médecine de Paris et professeur royal.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Christiaen Utenbogard, le 28 mars 1663

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(Consulté le 06.12.2019)