À Nicolas Belin, le 8 mai 1649
Note [1]

Retz a longuement exposé et analysé l’attitude de Condé durant la première Fronde dans ses Mémoires.

  • En août 1648, la longue série d’insignes victoires militaires de M. le Prince (Rocroi en 1643, Fribourg en 1644, Lens en 1648) et son emprise sur les armées lui donnaient une position de troisième force par rapport, d’un côté, à la cour (la régente, Mazarin, Monsieur, etc.) et de l’autre, le Parlement et le peuple de Paris. La reine ne pouvait assiéger Paris qu’avec la connivence des armées et de leur chef. Paris n’aurait rien eu à craindre si le prince s’était mis de son côté. L’esprit politique de Condé était dominé par deux pensées : d’abord son profond attachement à la Couronne, c’est-à-dire à la légitimité du dauphin, mais il était prêt à prendre la régence à la reine ; ensuite, sa profonde haine de Mazarin. En septembre 1648, Condé s’était d’abord entendu avec Pierre Broussel et Pierre de Longueil pour obtenir la modération du Parlement en échange de sa bienveillante protection ; mais le Parlement ne s’y tint pas et continua à braver la cour ; alors (pages 357-358) :

    « Quoiqu’il {a} fût très mal persuadé du cardinal, et à l’égard du public et au sien particulier, et quoiqu’il ne fût guère plus satisfait de la conduite du Parlement, avec lequel l’on ne pouvait prendre aucune mesure en corps ni bien sûres avec les particuliers, il ne balança pas un moment à prendre la résolution qu’il crut la plus utile au bien de l’État. Il marcha sans hésiter d’un pas égal entre le cabinet {b} et le public, entre la faction et la cour ; et il me dit ces propres paroles qui me sont toujours demeurées dans l’esprit, même dans la plus grande chaleur de nos démêlés : “ Le Mazarin ne sait ce qu’il fait ; il perdrait l’État si l’on n’y prenait garde. Le Parlement va trop vite, vous me l’aviez bien dit et je le vois. Si il se ménageait, comme nous l’avions concerté, nous ferions nos affaires ensemble et celles du public. Il se précipite et si je me précipitais avec lui, je ferais peut-être mes affaires mieux que lui ; mais je m’appelle Louis de Bourbon et je ne veux pas ébranler la Couronne. Ces diables de bonnets carrés {c} sont-ils enragés de m’engager ou à faire demain la guerre civile, ou à les étrangler eux-mêmes, et à mettre sur leur tête et sur la mienne un gredin de Sicile qui nous pendra tous à la fin ? ” »


    1. M. le Prince.

    2. Le Conseil du roi.

    3. De magistrats du Parlement.

  • Du 25 septembre au 4 octobre 1648, pour essayer d’apaiser les esprits, les princes – Gaston d’Orléans, Condé, Conti, Longueville – avaient eu plusieurs conférences à Saint-Germain avec des députés du Parlement, hors la présence du cardinal et de la reine. Avec la déclaration royale du 22 octobre, on avait cru s’entendre, mais le Parlement ne réforma en rien sa conduite provocante. En décembre 1648, irrité et las, Condé avait pris le parti de la cour et épousé son projet d’assiéger Paris pour de bon (page 367) :

    « Je trouvai, dans ce moment, que le dégoût que j’avais remarqué déjà dans son esprit était changé en colère et même en indignation. Il me dit en jurant qu’il n’y avait plus moyen de souffrir l’insolence et l’impertinence de ces bourgeois qui en voulaient à l’autorité royale ; que tant qu’il avait cru qu’ils n’eussent en butte {a} que le Mazarin, il avait été pour eux ; que je lui avais moi-même confessé plus de trente fois qu’il n’y avait aucune mesure bien sûre à prendre avec des gens qui ne peuvent jamais se répondre d’eux-mêmes d’un quart d’heure à l’autre, parce qu’ils ne peuvent jamais se répondre un instant de leur Compagnie ; qu’il ne se pouvait résoudre à devenir le général d’une armée de fous, n’y ayant pas un homme sage qui pût s’engager dans une cohue de cette nature ; qu’il était prince du sang ; qu’il ne voulait pas ébranler l’État ; que si le Parlement eût pris la conduite dont on était demeuré d’accord, l’on l’eût redressé ; mais qu’agissant comme il {b} faisait, il {c} prenait le chemin de le renverser. »


    1. Pour cible.

    2. Le Parlement.

    3. Condé.

  • Comme le futur cardinal de Retz, alors coadjuteur de l’archevêque de Paris, demeurait fidèle à l’autre parti (page 375) :

    « <M. le Prince> me dit :“ Ne raillons point ; seriez-vous assez fou pour vous embarquer avec ces gens-ici ? – Je ne le suis que trop, lui répondis-je ; vous le savez, Monsieur, et que je suis de plus coadjuteur de Paris et par conséquent engagé, et par honneur et par intérêt, à sa conservation. Je servirai toute ma vie Votre Altesse en tout ce qui ne regardera pas ce point. ” Je vis bien que M. le Prince s’émut {a} à cette déclaration ; mais il se contint et il me dit ces propres mots : “ Quand vous vous engagerez dans une mauvaise affaire, je vous plaindrai ; mais je n’aurai pas sujet de me plaindre de vous. Ne vous plaignez pas aussi de moi et rendez-moi le témoignage que vous me devez, qui est que je n’ai rien promis à Longueil et à Broussel dont le Parlement ne m’ait dispensé par sa conduite. ” »


    1. Enragea.

Guy Patin simplifiait extrêmement les choses en reprochant à Condé de n’avoir abandonné le Parlement que « pour de l’argent ».

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Nicolas Belin, le 8 mai 1649. Note 1

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(Consulté le 08.08.2020)

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