À André Falconet, le 11 avril 1670
Note [1]

Abraham Nicolas Amelot de La Houssaye a publié un récit de cette tragédie : Abrégé du procès fait aux juifs de Metz, avec trois arrêts du Parlement qui les déclarent convaincus de plusieurs crimes, et particulièrement Raphaël Levi d’avoir enlevé sur le grand chemin de Metz à Boulay, un enfant chrétien âgé de trois ans : pour réparation de quoi il a été brûlé vif le 17 janvier 1670 (Paris, Frédéric Léonard, 1670, in‑8o). Il s’agit d’un virulent pamphlet contre les juifs (antisémite, dirait-on aujourd’hui).

  • Pages 5‑6 :

    « Ces sortes de larcins et d’enlèvements ne sont pas de simples crimes de plagiaires {a} […], mais ce sont des espèces de déicides puisqu’en dérision de la Passion du fils de Dieu, les juifs font mourir ces innocentes victimes après avoir exercé sur elles toute la cruauté et toute la fureur qui les animait autrefois sur le Calvaire. Il y a même preuve au procès que, lorsqu’ils manquent d’occasions pour ravir des enfants chrétiens, ils se servent d’un crucifix qu’ils exposent dans leurs synagogues ou dans leurs maisons d’assemblée, sur lequel, les verges à la main, ils renouvellent la flagellation qu’ils firent souffrir à Jésus-Christ. Il faudrait des volumes entiers pour décrire toutes les impiétés, tous les sacrilèges et toutes les abominations que les juifs commettent tous les jours, en haine et au mépris de la religion chrétienne. »

  • Page 66 :

    « Ces abominables juifs n’ont pas borné leurs crimes à ces sortes d’impiétés, ils sont encore en possession de ruiner les chrétiens par leurs usures excessives. Durant le malheur des guerres, ils ont plus pillé et ruiné le pays que les ennemis mêmes de l’État. »


    1. Rapts.

Le polémiste antidreyfusard Édouard Drumont (1844-1917) y a puisé pour alimenter son écœurante France juive (43e édition, Paris, Marpon et Flammarion, 1886, 2 volumes in‑18o, tome ii, pages 391‑399). Sa narration n’a que l’intérêt de préciser les détails de cet épouvantable drame.

Le 25 septembre 1669, la femme de Lemoine, charron de Glatigny (douze kilomètres à l’est de Metz, dans l’actuel département de la Moselle), était allée laver du linge à la fontaine, accompagnée de son fils Didier, âgé de trois ans ; ayant un moment perdu l’enfant de vue, elle constata bientôt avec frayeur sa disparition ; on fouilla en vain les alentours, pour ne recueillir que le témoignage d’un soldat disant qu’il avait vu un juif

« monté sur un cheval blanc, qui avait une grande barbe noire, qui allait du côté de Metz, qui portait un enfant devant lui, pouvant être âgé de trois à quatre ans, et qu’à sa rencontre il s’était éloigné du grand chemin de la portée d’un coup de pistolet ».

Une rapide enquête identifia le suspect comme étant un dénommé Raphaël Lévy, marchand de bestiaux demeurant à Boulay (aujourd’hui Boulay-Moselle, à 23 kilomètres au nord-est de Metz) :

« ce Raphaël était un homme âgé de 56 ans et de moyenne taille, les cheveux noirs et frisés, la barbe noire et fort grande, hardi et entreprenant. Il avait voyagé en Levant, en Italie, en Allemagne, en Hollande et en d’autres endroits où les affaires des juifs, dont il avait toujours été l’agent, l’avaient appelé. Il y en a même qui ont dit qu’il avait porté les armes, et qu’il avait été coureur de partis durant les guerres, mais il n’y en a point de preuve au procès. […] Il s’était habitué depuis plusieurs années dans la ville de Boulay […] où il était comme le chef de la synagogue et y faisait la fonction de rabin. »

le 26 novembre 1669, des porchers découvrirent la tête de l’enfant « à laquelle tenait encore partie du cou et des côtes » avec, à côté, ses vêtements « sans être ni déchirés ni ensanglantés ». On accusa les complices de Lévy d’être allés eux-mêmes exposer ces dépouilles pour faire croire que le garçonnet avait été dévoré par un loup. Ce reste de cadavre fut examiné par deux maîtres chirurgiens qui reconnurent « que les chairs étaient encore rouges et sanguinolentes, et que l’enfant n’avait été mis à mort que plusieurs jours après son enlèvement, depuis lequel jusqu’au jour que la tête avait été trouvée, il s’était écoulé deux mois et un jour ».

Les preuves furent jugées suffisantes pour que le parlement fît emprisonner Lévy et commencer son procès. Sur le chef de crime rituel d’un enfant catholique, il fut condamné à être brûlé vif ; la sentence fut exécutée le 17 janvier 1670.

« Ce criminel porta sa fermeté ou plutôt son obstination jusqu’au bout car étant près du bûcher qui lui était destiné, il s’aida à vêtir sa chemise ensoufrée. Après qu’il fut attaché au poteau, pressé encore par le gardien des capucins de reconnaître son erreur, et par le greffier du Parlement d’avouer son crime, il répondit à l’un et à l’autre avec autant d’opiniâtreté et de présence d’esprit que s’il eût été bien éloigné de la mort. Enfin, tournant la tête du côté de l’exécuteur, il le pria de lui donner le coup de grâce en l’étranglant par derrière le poteau. Ce malheureux mourut en cet état, sans confesser ni la vérité de la religion chrétienne, ni la vérité de l’enlèvement qu’il avait fait. »

Bienveillante lectrice de la Correspondance de Guy Patin, Simone Gilgenkrantz, professeur émérite de génétique humaine à l’Université de Lorraine et historienne de la médecine, m’a informé sur le lent dénouement de ce drame :

  • Louis xiv entendit la plainte des juifs lorrains ; ayant relu les pièces du procès, estimé douteux les témoignages et jugé Lévy innocent, il le réhabilita quelques années après, comme fit le parlement de Metz en 1699 (Michel, pages 163‑170) ;

  • la communauté juive messine n’admit jamais la culpabilité de Lévy, en fit un martyr et déclara gessaert [maudit] le village de Glatigny, ce qui interdisait à tout juif d’y passer la nuit ;

  • l’anathème n’a été que récemment levé à la suite de recherches historiques, notamment menées par Joseph Reinach (1898) et Pierre Birnbaum (Un récit de « meurtre rituel » : l’affaire Raphaël Lévy, Metz, 1669, Arthème Fayard, 2008) qui ont confirmé l’innocence du condamné ;

  • sous l’égide d’Henry Schumann, responsable du patrimoine au sein du Consistoire israélite de Moselle, une cérémonie, avec pose de plaque commémorative, a réhabilité la commune de Glatigny le 19 janvier 2014.

S. Gilgenkrantz a depuis publié son travail sur le drame de Raphaël Lévy dans le journal Histoire des sciences médicale, tome li, no 3, 2017, pages 339‑347).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 11 avril 1670. Note 1

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(Consulté le 10.04.2021)

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