À Claude II Belin, le 28 octobre 1648
Note [11]

« d’où, dit-on, il doit revenir sous huitaine. » Guy Patin ne savait pas tout, ou se gardait bien de tout dire à Claude ii Belin sur la tension extrême qui étreignait la capitale. Échaudée par les barricades du 28 août et en butte à l’agitation ravivée du Parlement, la reine avait d’abord emmené le roi à Rueil le 13 septembre (Retz, Mémoires, page 351) :

« il était visible que le roi n’était sorti de Paris que pour l’attaquer. »

Alors, le 22 septembre (ibid. page 353) :

« le Parlement donna, même avec gaieté, arrêt par lequel il était ordonné que très humbles remontrances seraient faites à la reine pour la supplier de ramener le roi à Paris et de faire retirer les gens de guerre du voisinage. »

Ibid. (page 356) :

« Comme la reine n’était sortie de Paris que pour se donner lieu d’attendre, avec plus de liberté, le retour des troupes avec lesquelles elle avait dessein d’insulter {a} ou d’affamer la ville (il est certain qu’elle pensa à l’un et à l’autre), comme, dis-je, la reine n’était sortie qu’avec cette pensée, elle ne ménagea pas beaucoup le Parlement à l’égard du dernier arrêt […] par lequel elle était suppliée de ramener le roi à Paris. Elle répondit aux députés qui étaient allés faire les remontrances qu’elle en était fort surprise et fort étonnée, que le roi avait accoutumé tous les ans de prendre l’air en cette saison et que sa santé lui était plus chère qu’une vaine frayeur du peuple. »


  1. Assaillir.

La cour avait quitté Rueil pour Saint-Germain le 25 septembre et revint à Paris le 30 octobre (Olivier Le Fèvre d’Ormesson, Journal, tome i, pages 572‑574) :

« Le dimanche 13 septembre, je fus pour aller à la messe du roi. J’appris de M. Rose que le roi était parti dès six heures du matin avec M. le cardinal pour Rueil, que la reine irait l’après-dînée, que M. de La Meilleraye était aussi parti. Chacun commençait à parler comme d’une fuite de Paris. […]

Tout le monde blâme cette sortie comme marque d’une grande peur et de faiblesse ; mais l’on parle diversement de leurs desseins. Les uns disent qu’ils feront venir des troupes pour affamer Paris et s’en venger ; qu’ils s’en iront à Orléans et delà à Tours où ils manderont aux compagnies souveraines de venir afin de les maltraiter. D’autres soutiennent qu’ils ne peuvent prendre ce dessein sans être fous et avoir envie de perdre le royaume, et faire une révolte générale partout contre eux ; d’autres enfin, que leur dessein est de se mettre en liberté et de pouvoir observer en sûreté ce que le Parlement fera sur le tarif, et témoigner avec plus de liberté son mécontentement. Quel que soit leur dessein, il est certain que toutes choses sont disposées à un grand désordre si de part et d’autre on ne s’adoucit pas, et nous sommes à la veille d’une très grande confusion si la reine se veut venger. Il n’y a que Dieu qui puisse détourner tous ces orages qui nous menacent en inspirant des conseils très sages et modérés. Le commerce de toutes choses est cessé et chacun serre son argent pour la nécessité. »

La déclaration du 22 octobre visait à établir en France rien moins qu’un régime de monarchie parlementaire (André Le Fèvre d’Ormesson, père d’Olivier, Mémoires, cité par Chéruel, longue note 4 qui commence page 581, tome i du Journal d’Olivier Le Fèvre d’Ormesson) :

« La déclaration ramène et réduit l’autorité royale à ce qu’elle doit faire pour bien régner. Le Parlement est devenu supérieur au Conseil d’en haut. Le Conseil d’en haut perdit la bataille contre le Parlement le jour des barricades, et depuis ce jour-là le Parlement a commandé et le Conseil d’en haut a obéi au Parlement, et cette déclaration a été tirée et extorquée de la reine par force et non de sa bonne volonté. »

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 28 octobre 1648. Note 11

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(Consulté le 08.02.2023)

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