À Charles Spon, le 20 mars 1649
Note [154]

Mme de Motteville (Mémoires, page 261) :

« Les généraux, {a} qui voulaient soutenir leurs intérêts par quelque invention, s’avisèrent de faire donner un arrêt de surséance à la négociation, attendu que la reine avait manqué à donner les 100 muids {b} de blé qu’elle avait promis chaque jour que durerait la conférence. La reine, ayant cru qu’elle ne durerait que trois jours, ne s’était engagée qu’à 300 muids ; et le ministre {c} leur avait fait cette juste chicanerie, de peur que ce qui se faisait à Rueil ne servît seulement à leur redonner des forces pour combattre tout de nouveau contre le roi. Selon cette prudente raison, il avait jugé à propos de faire cesser les libéralités royales ; et comme les trois jours s’étaient passés, que la conférence continuait et que le blé ne venait plus, il se fit à Paris une grande crierie. Les députés, alarmés de cet arrêt, envoyèrent se plaindre à la reine de ce qu’on avait manqué à leur donner les 100 muids de blé qu’ils prétendaient leur avoir été promis pendant le temps de leur négociation, et dirent aux princes qu’ils n’avaient plus de pouvoir de traiter et qu’on leur permît de s’en aller. M. le Prince leur répondit fièrement : “ Hé bien ! Messieurs, puisque vous n’avez plus de pouvoir, allez-vous-en ; je pense que vous serez bientôt forcés de revenir. ” Comme les députés eurent pris leur congé et qu’ils furent sortis du lieu où étaient les princes, Monsieur dit à M. le Prince : “ Mon cousin, si ces gens-là gagnent le {d} printemps, ils se joindront à l’archiduc et feront un parti si dangereux à l’État qu’alors ce sera à notre tour à nous humilier. Présentement que nous les tenons, profitons de l’occasion et faisons la paix ; c’est ce que les gens de bien doivent souhaiter. ” Les députés de leur côté, qui n’avaient pas envie de s’en aller, montrèrent que si on voulait se radoucir pour eux, ils ne seraient pas si difficiles à retenir ; si bien qu’il fut conclu que les députés enverraient à Paris assurer leur parti que le blé leur serait livré et par même moyen, prier leur Compagnie de trouver bon qu’ils continuassent leur utile travail. Toutes ces conférences eurent un si favorable succès que le 11e de mars 1649 au matin, le maréchal de Villeroy, qui avait reçu des lettres de Rueil, vint assurer la reine que tout allait bien ; et à midi arriva un courrier du ministre qui lui apprit que la paix était assurée et que tous les articles étaient accordés de part et d’autre, et qu’elle était prête à signer. »


  1. Frondeurs.

  2. Environ 135 tonnes.

  3. Mazarin.

  4. Tiennent jusqu’au.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 20 mars 1649. Note 154

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(Consulté le 14.07.2020)

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