À Charles Spon, le 20 mars 1649
Note [173]

« Voilà donc où la discorde a amené de malheureux citoyens » (Virgile, Bucoliques, églogue i, vers 70).

Retz (Mémoires, pages 504‑508) :

« […] il faut avouer que la guerre civile est une de ces maladies compliquées dans lesquelles le remède que vous destinez pour la guérison d’un symptôme en aigrit quelquefois trois et quatre autres. Le 13, {a} les députés de Rueil étant entrés au Parlement, qui était extrêmement ému [agité], M. d’Elbeuf […] leur demanda fort brusquement […] si ils avaient traité de quelques intérêts des généraux. Et le premier président ayant voulu répondre par la lecture du procès-verbal de ce qui s’était passé à Rueil, il fut presque accablé par un bruit confus, mais uniforme, de toute la Compagnie qui s’écria qu’il n’y avait point de paix ; que le pouvoir des députés avait été révoqué ; qu’ils avaient abandonné lâchement et les généraux et tous ceux auxquels la Compagnie avait accordé arrêt d’union. M. le prince de Conti dit assez doucement qu’il avait beaucoup de lieu de s’étonner que l’on eût conclu sans lui et sans Messieurs les généraux. À quoi M. le premier président ayant reparti qu’ils avaient toujours protesté qu’ils {b} n’avaient point d’autres intérêts que ceux de la Compagnie, et que de plus il n’avait tenu qu’à eux d’y députer, M. de Bouillon, qui recommença de ce jour-là à sortir de son logis parce que sa goutte l’avait quitté, dit que, le cardinal Mazarin demeurant premier ministre, il demandait pour toute grâce au Parlement de lui obtenir un passeport pour pouvoir sortir en sûreté du royaume. Le premier président lui répondit que l’on avait eu soin de ses intérêts ; qu’il avait insisté de lui-même sur la récompense de Sedan et qu’il en aurait satisfaction ; et M. de Bouillon lui ayant témoigné et que ses discours n’étaient qu’en l’air, et que de plus il ne se séparerait jamais des autres généraux, le bruit recommença avec une telle fureur que M. le président de Mesmes, que l’on chargeait d’opprobres, particulièrement sur la signature du Mazarin, en fut épouvanté, et au point qu’il tremblait comme la feuille. MM. de Beaufort et de La Mothe s’échauffèrent par le grand bruit, nonobstant toutes nos premières résolutions, et le premier dit en mettant la main sur la garde de son épée : “ Vous avez beau faire, Messieurs les députés, celle-ci ne tranchera jamais pour le Mazarin. ” […]
Comme le président Le Coigneux commençait à proposer que le Parlement renvoyât les députés pour traiter des intérêts de Messieurs les généraux et pour faire réformer les articles qui ne plaisaient pas à la Compagnie, […] l’on entendit un fort grand bruit dans la salle du Palais […].
L’huissier, qui était à la porte de la Grand’Chambre, entra et dit, avec une voix tremblante, que le peuple demandait M. de Beaufort. Il sortit ; il harangua à sa manière la populace et il l’apaisa pour un moment. Le fracas recommença aussitôt qu’il fut rentré ; et le président de Novion, qui était bien voulu {c} pour s’être signalé dans les premières assemblées des chambres contre la personne du Mazarin, étant sorti dehors du parquet des huissiers pour voir ce que c’était, y trouva un certain Du Boile, méchant avocat et si peu connu que je ne l’avais jamais ouï nommer, qui, à la tête d’un nombre infini de peuple, dont la plus grande partie avait le poignard à la main, lui dit qu’il voulait que l’on lui donnât les articles de la paix pour faire brûler par la main d’un bourreau, dans la Grève, la signature du Mazarin ; que si les députés avaient signé cette paix de leur bon gré, il les fallait pendre ; que si l’on les y avait forcés à Rueil, il la fallait désavouer. Le président de Novion, fort embarrassé, comme vous pouvez juger, représenta à Du Boile que l’on ne pouvait brûler la signature du cardinal sans brûler celle de M. le duc d’Orléans ; mais que l’on était sur le point de renvoyer les députés pour faire réformer les articles à la satisfaction du public. L’on n’entendait cependant dans la salle, dans les galeries et dans la cour du Palais que des voix confuses et effroyables : “ Point de paix ! et point de Mazarin ! Il faut aller à Saint-Germain quérir notre bon roi ; il faut jeter dans la rivière tous les mazarins. ” […] nous entendîmes même quelques voix qui criaient “ République ! ” »


  1. Mars 1649.

  2. Affirmé que les généraux.

  3. Bien vu.

Olivier Le Fèvre d’Ormesson (Journal, tome i, page 705) :

« Le samedi 13 mars, je fus au Palais pour entendre la relation. Entrant, j’entendis quantité de coquins qui criaient : Point de Mazarin ; point de traité ; il a été signé dans la Grand’Chambre ! Je vis tous les généraux fort étonnés, conférant ensemble avec grande chaleur ; ils y furent longtemps. Enfin, ayant tous pris leurs places, M. de Bouillon au-dessus du doyen à gauche, M. le premier président commençant à parler, il s’éleva un bruit : Point de rapport ! le traité est nul, fait au préjudice des défenses, les blés n’ayant pas été fournis ; M. de Longueville n’y est point compris, ni Messieurs les généraux, ni le parlement de Rouen. M. le premier président dit qu’il était aisé d’improuver {a} une chose que l’on n’entendait point, mais que par la relation chacun de Messieurs en jugerait. Il se fit un second cri : Point de relation ! M. d’Elbeuf commença à dire qu’il était bien étrange que l’on n’eût point compris leurs intérêts dans le traité puisqu’ils étaient venus pour le service du roi, du public et du Parlement, et non seulement sans intérêt de leur part, mais même contre leurs intérêts, et qu’ils n’avaient agi que par l’esprit et le sentiment de la Compagnie. »


  1. Blâmer.

Après avoir expliqué le mécontentement de la reine en raison des négociations engagées par les frondeurs avec l’archiduc Léopold, le premier président cloua le bec des généraux en plaidant que (ibid. page 706) :

« Puisqu’il fallait tout dire, l’on savait bien qui avait fait venir l’envoyé de l’archiduc ; chez qui il avait logé ; qui lui avait donné ses instructions et combien il avait demeuré à Paris caché avant de paraître ; que tout cela s’était fait sans le su du Parlement. »

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 20 mars 1649. Note 173

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(Consulté le 08.07.2020)

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