À Claude II Belin, le 5 décembre 1641
Note [18]

Montglat (Mémoires, page 113) :

« Ce prince était souverain de deux villes : Monaco, nommée vulgairement Mourgues, et Menton. La première est située sur un roc escarpé sur le bord de la mer, où il a un bon port pour les galères ; et dedans, il y avait une garnison espagnole depuis l’empereur Charles Quint, qui prit les princes de Monaco en sa protection. Depuis ce temps-là, les Espagnols y avaient toujours été les maîtres, et ne rendaient pas au prince la déférence et même l’obéissance qu’ils lui devaient selon leurs conventions. Honoré ii, à présent régnant dans cette petite souveraineté, se dépita de voir le peu de respect qu’on lui rendait ; et quoiqu’il s’en fût plaint au gouverneur de Milan, il n’en eut pas plus de satisfaction. Ces mécontentements lui donnèrent envie de s’en venger : ce qu’il ne pouvait faire sans changer de parti, à cause qu’il était entre leurs mains ; et durant qu’il ruminait en sa tête par quels moyens il se tirerait de leur pouvoir, il fut confirmé dans sa pensée par un de ses parents nommé Courbon, qui demeurait à deux lieues de là ; lequel lui proposa de traiter avec le comte d’Alais, gouverneur de Provence. Pour faire la chose plus secrètement, il se chargea de cette négociation et de chercher les expédients pour faire réussir leur dessein. La difficulté était grande car la forteresse était bonne, et les Espagnols se tenaient fort sur leurs gardes, d’autant plus qu’ils voyaient que le prince n’était pas content d’eux ; outre que Nice, tenu par le cardinal de Savoie, était entre Monaco et la France, qui empêchait que le commerce ne fût libre. Néanmoins, comme ce prince voulait tout hasarder, la nuit du 18 au 19 novembre, il fit entrer, sous quelques faux prétextes, quelques hommes de ses sujets dans la place et leur donna des armes qu’il avait chez lui ; et ayant séparé ce petit corps en trois, il surprit le corps de garde des Espagnols, qui ne se défiaient de rien, et les tua tous ou fit prisonniers. En même temps, il reçut dans le port des barques que le comte d’Alais envoyait pour le secourir, et fit entrer dans sa place les Français qui étaient venus dedans. Sur ce bruit, le cardinal de Savoie lui dépêcha un gentilhomme pour le dissuader de mettre des Français dans Mourgues et l’assurer de toute satisfaction du côté des Espagnols ; mais cet envoyé fut fort surpris quand il les vit déjà dedans, et qu’en sa présence, le prince ôta de son col l’ordre de la Toison, qu’il donna à celui qui commandait la garnison espagnole, pour le rendre au gouverneur de Milan, lui disant que puisqu’il ne voulait plus être serviteur du roi d’Espagne, il ne pouvait plus porter ses marques. Il se mit ensuite sous la protection du roi très-chrétien, {a} prit hautement l’écharpe blanche et mit ses places entre les mains des Français, pour les lui conserver, à condition qu’il demeurerait maître souverain de son État ; que les garnisons seraient payées par le roi, mais qu’elles lui obéiraient absolument. Il perdit par ce changement 25 000 écus de rente dans le royaume de Naples ; en récompense de quoi, le roi lui donna le duché de Valentinois, qui valait davantage, et le fit passer au Parlement duc et pair de France. »


  1. Louis xiii.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 5 décembre 1641. Note 18

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(Consulté le 16.04.2021)

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