À Charles Spon, le 5 octobre 1655
Note [19]

« Paradoxes sur la nutrition du fœtus dans l’utérus, par Jean-Claude de La Courvée natif de Vesoul, médecin de la reine de Pologne et de Suède, Dantzig, etc., 1655 » ; il y manque l’imprimeur, Georgius Försterus, le format in‑4o et le nombre de pages (254). L’extravagant frontispice gravé est centré sur Cupidon dans un char tiré par des colombes, avec la devise ubicunque [partout sur terre], il montre en bas à gauche un fœtus accroupi dans l’ouverture d’un sac, avec la légende Qui quasi flos egreditur, empruntée à Job (14:1‑2) :

Homo natus de muliere, brevi vivens tempore,
repletur multis miseriis.
Qui quasi flos egreditur et conteritur,
et fugit velut umbra, et numquam in eodem statu permanet.

[L’homme, né de la femme, a la vie courte, mais des tourments à satiété. Pareil à la fleur, il éclôt puis se fane, il fuit comme l’ombre sans arrêt].

Sans rapport que j’aie su trouver avec cette mystérieuse gravure, l’auteur soutient l’opinion de William Harvey sur la génération, mais veut que l’enfant respire dans l’utérus et se nourrisse de l’eau dans laquelle il nage ; selon lui, les vaisseaux du placenta sont seulement contigus à ceux de l’utérus et ne communiquent pas avec eux ; il prétend encore que l’enfant contribue par ses efforts à sa sortie et qu’il avance ainsi la délivrance de sa mère.

Jean-Claude de La Courvée (Vesoul vers 1615-Pologne vers 1664) avait étudié la médecine à Paris (sans y recevoir le bonnet doctoral), puis s’était établi à Argenteuil. Il se fit bientôt connaître en combattant l’usage fréquent de la saignée et en recommandant l’emploi de l’émétique. Ces idées lui avaient valu de violentes attaques. Pour échapper aux tracasseries de la Faculté, La Courvée s’était rendu en Pologne et y était devenu médecin de la reine Marie (G.D.U. xixe s. et Descuret in Panckoucke).

Guy Patin a cité plus bas son Discours sur la sortie des dents… (v. infra note [26]), mais s’est abstenu de mentionner son Frequentis phlebotomiæ usus et cautio in abusum, seu in temerarios quosdam sæculi nostri thrasones, qui nulla methodo, nulla ratione ducti, venam utramque secant, et tanto remedio passim abutuntur [Emploi de la fréquente saignée et une mise en garde contre son abus, ou contre certains fanfarons irréfléchis de notre siècle qui, n’étant conduits par aucune méthode ni raison, coupent l’une et l’autre veine, et abusent indistinctement d’un si grand remède] (Paris, 1647, in‑8o).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 5 octobre 1655. Note 19

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0418&cln=19

(Consulté le 10.12.2022)

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