À André Falconet, le 18 février 1661, note 2.
Note [2]

Loret (Muse historique, livre xii, lettre viii, du samedi 19 février 1661, pages 322‑323, vers 91‑170) n’a pas été avare de détails sur les répétitions du Ballet de l’Impatience : {a}

« Dans fort peu, le ballet du roi,
Fort divertissant, sur ma foi,
Qu’on intitule (que je pense)
Le Ballet de l’Impatience,
Dans le Louvre se dansera ;
Et, sans doute, admiré sera,
Car c’est chose très véritable
Qu’il est beau, qu’il est admirable.
J’en vis (dont je fus ébaudi)
La répétition, jeudi,
Où, sans vanité, je puis dire
Que j’étais placé comme un sire ;
Et, foi de sincère Normand,
Le tout me parut si charmant
Que, du roi, l’auguste prestance,
Des princes et des seigneurs, la danse,
Et les concerts mélodieux,
Me semblèrent dignes des dieux.

Outre la beauté des spectacles,
L’harmonie y fit des miracles,
Car les divers musiciens,
Tant de la cour qu’italiens,
Si parfaitement réussirent
Qu’ils délectèrent, qu’ils ravirent.

Ô que l’on fut bien diverti
Par l’aimable Bergéroty,
Dont la voix est mignonne et claire,
Et par Mademoiselle Hilaire,
Lui chantant lambertiquement, {b}
Nous comblait de contentement !
Et par l’admirable La Barre,
Sur qui peu de filles ont barre,
Soit pour enchanter en l’oyant,
Ou pour charmer en la voyant !

Rien ne fut plus jovialiste {c}
Que Deauchamp, Dolivet, Baptiste.

L’inimitable sieur Géfroy
Fit bien des fois rire le roi,
Ayant un béguin sur l’oreille, {d}
Et faisant l’aveugle à merveille.

Ô que la mignonne Vertpré
Cabriola bien à mon gré !
Et que Giraut et sa compagne,
Qu’un air gracieux accompagne,
Dans de favorables instants,
Agréèrent aux assistants !

Et que les vers de Benserade,
Sur qui l’on jeta mainte œillade,
Furent prisés, pour leurs douceurs,
Par d’experts et bons connaisseurs !

Le sieur Ballard qui les imprime,
Imprimeur que la cour estime,
Bientôt, dit-on les publiera,
Et chacun en achètera.

Enfin, ce ballet magnifique,
Moitié grave, moitié comique,
Id est {e} pompeux et jovial,
Se peut nommer vraiment royal ;
Et si l’on me fait cette grâce
De m’y donner, encore, place,
Il sera (je pense) à propos
D’en dire encore deux petits mots ;
Mais si l’entrée on me refuse,
Foi de poète, ou foi de Muse,
Et même, foi d’homme de bien,
Je jure de n’en dire rien
Dans mon autre futur ouvrage,
Ô quel malheur ? Ô quel dommage !

Maintenant que j’écris ceci
(J’en ai, de deuil, le cœur transi)
Devant le roi, devant les reines,
Qui sont de retour de Vincennes,
On en fait, en perfection,
L’ultime répétition,
Avec tous les tons harmoniques,
Avec les habits magnifiques,
Les machines, et cetera.
Las ! toute la cour la verra,
Et, pourtant, je n’y saurais être ;
Ô pour moi, quel jour de bissêtre ! » {f}


  1. V. note [4], lettre 650.

  2. Lambertiquement : néologisme dérivé du nom de Michel Lambert (1610-1696), célèbre chanteur et compositeur de l’époque, pour dire apporter tous ses soins à deux points précis, la prononciation et l’ornementation.

  3. Jovialiste : autre néologisme servant les besoins de la rime et du mètre, synonyme de jovial, « qui est gai et joyeux naturellement, qui est de la nature de Jupiter » (Furetière).

  4. Béguin : « coiffe de linge qu’on met aux enfants sous leur bonnet et qu’on leur attache par dessous le menton » (Furetière).

  5. C’est-à-dire.

  6. Bissêtre : malheur.

Et aussi (ibid. lettre ix, du samedi 26 février 1661, pages 325‑326, vers 112‑208) :

« Mardi dernier, je vis danser,
Dans toute sa magnificence,
Le Ballet de l’Impatience,
Qui me parut en bonne foi
Digne d’un illustre et grand roi :
Ses seize admirables entrées
Par moi de près considérées, […]
Que, sans mentir, on trouva telles
Qu’un chacun les jugea très belles.

Ce fut le roi qui commença,
Et si parfaitement dansa
Qu’il ravissait les yeux, sans cesse,
Par ses pas et sa noble adresse ;
Dont Thérèse, qui le voyait,
Et qui ses louanges oyait,
Donnait, par ses yeux, mainte marque
Combien elle aimait ce monarque.

Plusieurs, de haute qualité,
Dansant avec Sa Majesté,
Le plus qu’ils purent, l’imitèrent,
Et qui plus, qui moins, excellèrent,
Avec d’autres danseurs mêlés,
Tous choisis et tous signalés.

La belle Giraut, dont la taille
Agrée en quelque part qu’elle aille,
Et l’aimable de La Faveur,
Pour qui je sens quelque ferveur,
Firent si bien ce qu’elles firent
Que bien des cœurs elles ravirent.

Des danseurs, quoique la plupart
Dans mon cœur aient quelque part,
Par prudence ou philosophie,
Aucun d’eux je ne spécifie,
Les oubliés seraient jaloux,
Et je ne puis les nommer tous,
Car leur nombre (que je ne mente)
Passe quarante, ou du moins trente ;
Cela fait que je m’en tairai,
Et d’eux seulement je dirai
Que tous ces danseurs d’importance
Sont la fleur des danseurs de France ;
Et jusques au petit Dupin,
Pas guère plus grand qu’un lapin,
Il contrefit (foi de poète)
Si naïvement la chouette,
En battant de l’aile et dansant,
Qu’on peut de lui dire en passant
Qu’il fit presque pâmer de rire
Toute la cour de notre Sire.

Si les danseurs firent des mieux
Pour plaire à tout plein de beaux yeux,
Les instruments pour les oreilles
Ne firent pas moins merveilles ;
Les huit récits furent fort beaux,
Animés par des airs nouveaux
Et par les voix incomparables
De divers chantres admirables,
Qui firent d’excellents débuts,
Tant les barbus que non barbus.

Mais, surtout, les trois chanteresses,
Ou plutôt trois enchanteresses,
Charmèrent par leurs doux accords
Tous ceux qui les oyaient alors.
Anna, l’agréable Segnore, [Mlle Begeroti,]
Qu’en secret dans mon cœur j’honore,
Joua dans ce royal ballet
Excellemment bien son rôlet.
La Barre, qui comble de joie,
Soit qu’on l’écoute, ou qu’on le voie,
Avait un air noble et touchant
Dans son visage et dans son chant.
Et cette inimitable Hilaire,
Qu’autre part on nomme lisaire,
Fit bien voir là que son talent
En cet art est très excellent.

Bouty, dont l’âme est si polie,
Originaire d’Italie,
Dudit ballet est l’inventeur,
Hesselin en est conducteur,
Hesselin, homme de remarque,
Et qui des plaisirs du monarque,
Qu’il sert avec un cœur ardent,
Est l’unique surintendant ;
Et le renommé sieur Baptiste,
Qu’on dit n’être plus grand juriste,
A, sur tout plein de tons divers,
Composé presque tous les airs.
Toutefois, je me persuade,
Sans que, d’honneur, je me dégrade,
Que Beauchamp, danseur sans égal,
Et Dolivet, le jovial,
En leur méthode inimitables,
Estimés tels des plus capables,
Bref, gens qui ne sont pas communs,
En ont, aussi, fait quelques-uns. »

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 18 février 1661, note 2.

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(Consulté le 30/05/2024)

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