À André Falconet, le 21 février 1667
Note [2]

Boulevard est un terme d’architecture militaire : « gros bastion ; se dit par extension des places fortes qui couvrent tout un pays et qui en défendent l’entrée aux ennemis : Rhodes était autrefois le boulevard de la chrétienté » (Furetière).

Louis xiv (Mémoires, pages 223‑224) a dressé le tableau de la situation internationale au début de 1667 :

« Ce fut dans le commencement de cette même année que je fis mettre la dernière main au traité qui se négociait en Allemagne pour empêcher le passage des troupes de l’empereur. {a} J’en avais aussi projeté un avec le roi de Portugal, par lequel il me promettait de ne traiter que quatre ans avec l’Espagne ; mais avant que nous ne l’eussions signé, nous eûmes occasion d’en faire un autre dont je vous parlerai en son temps. Cependant, la reine de Pologne continuait à me demander du secours ; mais surtout après la mort de Lubomirski, {b} comme elle croyait voir plus de jour {c} que j’avais au rétablissement de ses affaires, elle me pressa plus fortement et me dépêcha Morstain, son grand référendaire, par lequel elle me fit entendre que si je voulais, sous prétexte de la secourir contre le Turc, lui envoyer un corps de troupes françaises commandé par le prince de Condé, elle pourrait calmer son royaume et faire réussir l’élection du duc d’Enghien. La proposition était glorieuse et bien pensée, mais dans la conjoncture où je me trouvais, l’exécution en était difficile : j’avais encore la guerre avec les Anglais ; j’étais près de la commencer avec les Espagnols ; je ne doutais point du parti que prendrait l’empereur ; {d} je savais la répugnance que les Hollandais avaient à mon accroissement ; et j’étais toujours en doute de la Suède. Si bien que, devant mettre dans mes seules forces tout l’espoir du succès de mes desseins, il était fâcheux de les diminuer. Et néanmoins, sollicité vivement par le désir d’augmenter la gloire de ma Couronne, je consentis à ce que l’on désirait ; et les principales raisons qui m’y portèrent furent qu’en effet la guerre du Turc était un prétexte très favorable pour faire passer le prince de Condé ; que le roi de Pologne, déjà incommodé, venant une fois à mourir, la reine, sa femme, serait sans puissance ; que cette princesse même, ayant été menacée depuis peu d’apoplexie, pouvait nous manquer dans le besoin ; que les Suédois semblaient alors en disposition de l’assister de leur part. Mais au vrai, la considération qui me touchait le plus était qu’on trouvait rarement l’occasion de faire présent d’une couronne et de l’assurer à la France. Suivant cette résolution, j’avais aussitôt fait demander passage à l’électeur de Brandebourg et me disposais à faire partir mes troupes par terre ou par mer, selon que j’aurais la guerre ou la paix avec l’Angleterre. Mais bientôt après, j’appris d’Allemagne que l’on n’accordait point les passages ; de Suède, que l’on ne voulait en rien contribuer à cette entreprise ; et de Pologne même, que la reine ne croyait pas pouvoir faire proposer l’élection. Sur quoi, je pensai qu’il n’était pas à propos que j’entreprisse tout de ma part, tandis que d’ailleurs on ne voulait rien faire. »


  1. En vue d’aller renforcer les Espagnols aux Pays-Bas.

  2. Le 3 juillet 1667 ; v. note [2], lettre 623.

  3. Disposition.

  4. Pour eux, contre moi.

Imprimer cette note
Citer cette note

x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 21 février 1667. Note 2

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0900&cln=2

(Consulté le 18.11.2019)

Licence Creative Commons