À André Falconet, le 14 mai 1660
Note [3]

Guy Patin a développé ailleurs (L’Esprit de Guy Patin, pages 89‑91) sa pensée mitigée sur ce point :

« Je tiens que cette question de droit par laquelle on demande s’il y a des sorciers, est sans difficulté ; mais je ne suis pas de même sentiment sur celle de fait, quand on demande si ce berger, si cette vieille, si cet habile homme sont véritablement sorciers. Je n’en douterais jamais si j’étais convaincu que l’esprit n’est sujet ni à faiblesse ni à fourberies. Il ne faut pas croire que le nom de magie se prenne toujours en mauvaise part. On distingue trois sortes de magies : la naturelle, qui produit des effets merveilleux par la seule force de la nature, comme quand le jeune Tobie guérit l’aveuglement de son père par les entrailles d’un poisson préparé ; l’artificielle produit aussi des effets extraordinaires, mais par l’industrie humaine, comme la sphère de verre d’Archimède, les serpents d’airain de Sévère qui sifflaient, et toutes ces choses rares que l’art invente ; ces deux sortes de magies sont bonnes en elles-mêmes, mais souvent elles portent les hommes dans des curiosités superstitieuses. À l’égard de la magie noire, elle est toujours criminelle parce qu’elle suppose un pacte avec les démons. Il y a des gens qui doutent ou qui font semblant de douter qu’il y ait des magiciens. Je viens de le dire, la question de droit est incontestable. L’Écriture Sainte défend de consulter les magiciens et fait mention de ceux de Pharaon qui imitèrent les véritables miracles que Dieu opéra par le bras de Moïse ; il y est encore parlé des magiciens de Manassès, de la pythonisse que Saül consulta, de Simon qui vécut au temps des apôtres, de Barjesu et d’une autre devineresse, du corps de laquelle saint Paul chassa le démon. Les conciles fulminent des anathèmes contre les magiciens. Le droit civil ordonne diverses peines contre eux. Le Parlement de Paris ne reconnaît point, dit-on, des sorciers : cela n’est pas vrai ; d’ailleurs, son autorité ne devrait pas prévaloir à celle de l’Écriture Sainte, des Pères et des jurisconsultes. Pour montrer que le Parlement de Paris reconnaît des sorciers, il ne faut que lire quelques arrêts rendus en 1548, 1577 et 1578, par lesquels des gens atteints et convaincus de sortilège ont été condamnés à être brûlés vifs. L’opinion des juges n’a point changé dans le principe ; mais comme ils connaissent les accusations, ils voient que tous les gens qui sont soupçonnés de magie n’en sont pas coupables, ainsi qu’il paraît par l’apologie que mon bon ami M. Naudé a faite pour justifier tous les grands personnages qui en ont été accusés. {a} Il y a plus de sorcières que de sorciers à cause de la faiblesse d’esprit et de la grande curiosité des femmes. »


  1. V. infra note [5].

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 14 mai 1660. Note 3

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(Consulté le 01.10.2020)

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