À André Falconet, le 28 septembre 1668
Note [3]

Le rude et honnête duc de Montausier (v. note [10], lettre 272) était un phénomène dans l’entourage vicié du grand roi. Il s’acquitta de ses fonctions de gouverneur du dauphin avec la stricte exactitude qu’il apportait à toute chose, assujettit son élève à la discipline la plus sévère, ne lui donna pas un moment de relâche, comme s’il se fût agi de dompter une bête féroce, et avec la meilleure volonté du monde, ne réussit qu’à faire un dévot de l’intelligence la plus épaisse. Par le choix des livres qu’il lui imposait, M. de Montausier provoqua chez lui une si vive horreur des lettres que le dauphin ne se résigna jamais à ouvrir un livre dès qu’il fut libre de ne plus le faire. Ni Bossuet, ni l’évêque d’Avranches, Huet, ne parvinrent à lui faire surmonter ce dégoût ; il est vrai qu’ils n’osaient employer le grand moyen du duc de Montausier, le fouet. Ce fut pour le dauphin que M. de Montausier entreprit ces belles éditions de classiques Ad usum Delphini [Pour l’usage du Dauphin], qu’il surveilla lui-même page par page ; il rédigea aussi un Recueil de maximes morales et politiques pour le même usage, et se montra durant toute cette période extrêmement laborieux, mais en pure perte. Il était ainsi fait que ses meilleures qualités se tournaient en défauts par leur exagération. Cette éducation princière, qui devait être la grande œuvre de sa vie, fut tout à fait manquée. Elle prit fin en 1679 par le mariage du dauphin ; mais M. de Montausier ne cessa de surveiller son ancien élève, lui composa sa Maison et lui écrivit souvent pour lui rappeler ses devoirs de prince (G.D.U. xixe s.).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 28 septembre 1668. Note 3

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(Consulté le 16.11.2019)

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