À Charles Spon, le 20 mars 1649
Note [33]

Malgré sa présence à Saint-Germain avec la cour, Anne-Marie-Louise d’Orléans, duchesse de Montpensier, la Grande Mademoiselle, fille du premier mariage de Monsieur avec Marie de Montpensier, jouissait d’un bon renom auprès des frondeurs parisiens, comme elle a dit dans ses Mémoires (première partie, volume 1, chapitre vi, pages 204‑205) :

« La magnificence n’était pas grande à Saint-Germain : personne n’avait tout son équipage ; ceux qui avaient des lits n’avaient point de tapisseries et ceux qui avaient des tapisseries n’avaient point d’habits, et l’on y était très pauvrement. Le roi et la reine furent longtemps à n’avoir que des meubles de M. le Cardinal. Dans la crainte que l’on avait à Paris de laisser sortir les effets du cardinal sous prétexte que ce fût ceux du roi et de la reine, ils ne voulaient rien laisser sortir tant l’aversion était grande. Cela n’est pas sans exemple que les peuples soient capables de haïr et d’aimer les mêmes gens en peu de temps, et surtout les Français. Le roi et la reine manquaient de tout, et moi j’avais tout ce qu’il me plaisait et ne manquais de rien. Pour tout ce que j’envoyais quérir à Paris, l’on donnait des passeports, on l’escortait ; rien n’était égal aux civilités que l’on me faisait.
La reine me pria d’envoyer un chariot pour emmener de ses hardes ; je l’envoyai avec joie, et l’on en a assez d’être en état de rendre service à de telles gens et de voir que l’on est en quelque considération. Parmi les hardes que la reine fit venir, il y avait un coffre de gants d’Espagne ; comme on les visitait, les bourgeois commis pour cette visite, qui n’étaient pas accoutumés à de si fortes senteurs, éternuèrent beaucoup, à ce que rapporta le page que j’avais envoyé et qui était mon ambassadeur ordinaire. La reine, Monsieur et M. le Cardinal rirent fort à l’endroit de cette relation, qui était sur les honneurs qu’il <le page> avait reçus à Paris : il était entré au Parlement, à la Grand’Chambre, où il avait dit que je l’envoyais pour apporter des hardes que j’avais laissées à Paris ; on lui dit que je n’avais qu’à témoigner tout ce que je désirais, que je trouverais la Compagnie toujours pleine de tout le respect qu’elle me devait ; et enfin, ils lui firent mille honnêtetés pour moi. Mon page disait aussi qu’en son particulier on lui en avait beaucoup fait. Il ne fut point étonné de parler devant la reine et M. le Cardinal ; pour Monsieur, il l’avait vu souvent et lui allait parler de ma part. Il eut une longue audience ; il fut fort questionné ; il avait vu tout ce qui se passait à Paris, où je ne doute pas qu’on ne l’eût aussi beaucoup questionné ; et pour un garçon de quatorze ou quinze ans, il se démêla fort bien de cette commission. Depuis, Monsieur et toute la cour ne l’appelaient plus que l’ambassadeur ; et quand je fus à Paris, il allait voir tous ces Messieurs et était si connu dans le Parlement qu’il y recommandait avec succès les affaires de ses amis. »

Imprimer cette note
Citer cette note

x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 20 mars 1649. Note 33

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0166&cln=33

(Consulté le 03.12.2020)

Licence Creative Commons