À Charles Spon, le 6 janvier 1654
Note [38]

« revenu à plus de bon sens ». Ce Pierre Le Ledier est auteur d’une Epistola gratulatoria et nuntiatoria de felici ac fortunato regis in urbem suam reditu… [Épître de compliment et d’annonce sur l’heureux et bienfaisant retour du roi en sa ville…] (Paris, sans nom, 19 novembre 1652, 4 pages in‑4o).

L’Esprit de Guy Patin (pages 118‑120) :

« On a parlé aujourd’hui chez M. le P. P. {a} d’un des plus jaloux hommes de Paris. Quelqu’un a dit qu’un de ses prétendus rivaux lui avait envoyé ces deux vers d’Ovide : {b}

Dure vir, inposito teneræ custode puellæ
Nil agis, ingenio quoque tuendo suo
,

“ Cruel mari, vous ne gagez rien en donnant à votre femme un gardien perpétuel ”. Chaque femme se doit garder par elle-même. On a rapporté un trait d’Athénée : c’est quand il dit que Cotys, roi de Thrace, était si jaloux de sa femme qu’un jour, poussé par la fureur de cette passion, il la fit scier toute vive par le milieu du corps. Quoi qu’il en soit, on est convenu qu’un peu d’attention (sans pourtant faire semblant de rien) ne gâte rien dans la conduite d’une femme. La question serait jolie de savoir s’il entre plus de fureur dans la jalousie d’une femme, ou dans celle d’un homme. J’ai connu des jaloux de toute espèce, et j’ai eu beau pénétrer les causes de cette maladie, il ne m’a pas été possible d’y trouver un remède. L’homme a recours au fer, et la femme au poison ; celui-là n’a que des intervalles, celle-ci n’en a point ; la jalousie des hommes est subite, dure peu, n’est terrible que dans des moments ; la jalousie des femmes est une passion née avec elles, stable dans ses sentiments, furieuse dans ses suites. L’amour seul inspire la jalousie aux hommes ; tout en inspire aux femmes, l’amour, la haine, des intérêts de beauté ou de jeunesse. Un mari n’est jaloux que de sa femme ; une femme l’est et de son mari, et de ses amants, et de ses rivales, et d’elle-même ; elle craint que son mari ne plaise trop, elle appréhende de ne pas plaire assez ; et dans le même temps qu’elle veut arrêter un cœur dont elle redoute l’inconstance, elle donne le sien, prête à se désespérer si l’amant à qui elle l’offre en cherche d’autres. Je pousserais cette matière bien plus loin, mais il ne faut pas que j’en dise tant ; mon fils Carolus augurerait mal de ma jeunesse, il croirait que je l’aurais passée dans les galanteries, qui seraient d’un trop mauvais exemple pour un nouveau marié comme lui. »


  1. Premier président.

  2. Les Amours, livre iii, élégie iv, vers 1‑2.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 6 janvier 1654. Note 38

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(Consulté le 25.11.2020)

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