À André Falconet, le 22 mars 1661
Note [5]

Je ne suis pas parvenu à identifier la chanoinesse de Monts (Mons ?) dont Guy Patin parlait comme de l’une des possibles épouses de Charles ii, roi d’Angleterre.

La « grande et riche Mademoiselle », fille aînée de Gaston d’Orléans, en fut une autre (Mlle de Montpensier, Mémoires, deuxième partie, chapitre iv, pages 495‑496) :

« Mme de Motteville {a} me vint parler un jour de la part de la reine d’Angleterre pour me dire qu’elle souhaitait plus que jamais le mariage de son fils avec moi, et lui aussi ; qu’il l’avait chargée, en partant, de m’en parler et qu’il lui en avait encore écrit depuis. Je dis à Mme de Motteville : “ Le mariage d’Hortense est donc rompu, car, tant que la reine d’Angleterre l’a pu espérer, elle n’aurait pas songé à moi. ” Elle me répondit : “ Ne tournez point cette affaire en raillerie, il la faut faire, vous êtes les deux seules personnes dans l’Europe l’une pour l’autre. Pour moi j’ai toujours cru que ce mariage était fait au ciel, et c’est l’opinion de la reine d’Angleterre. Pour le roi, son fils, qui ne prend pas les choses sur ce ton-là, il dit que c’est votre destinée à tous les deux. ” J’écoutai tout cela et je lui dis : “ Le roi et la reine d’Angleterre me font trop d’honneur de vouloir de moi ; je ne le mérite pas, les ayant refusés pendant leur disgrâce ; et c’est par cette même raison que je le refuse encore, parce que je ne crois pas le mériter ; il aurait toujours cela sur le cœur et je l’aurais sur le mien, et cela nous empêcherait d’être heureux ; qu’il jouisse de sa bonne fortune avec quelqu’un qui lui ait obligation. Pour moi, je ne voudrais pas qu’il eût rien à me reprocher, voulant être heureuse. Je ne sais point ce que Dieu me garde, mais j’attendrai l’accomplissement de ses volontés sur moi, avec tranquillité et sans aucune impatience de me marier. ” Elle s’en alla fort mal contente de moi, et moi je demeurai contente de moi-même. La reine d’Angleterre ne m’en dit rien. »


  1. Les Mémoires de Françoise Bertaut, dame de Motteville, femme de chambre et confidente d’Anne d’Autriche, ont amplement contribué à enrichir les annotations de notre édition ; voici ce qu’elle s’y est contentée de dire sur le projet de marier Charles ii avec Hortense Mancini, nièce Mazarin (page 500, septembre 1660) :

    « La reine d’Angleterre arrivant à Londres trouva toutes choses si bien disposées, les armées si obéissantes et le Parlement si soumis, que la proposition du mariage d’Hortense ne put alors trouver d’agrément dans le cœur du roi son fils. La nécessité de cinq millions promis par le cardinal à l’heure qu’on les voudrait ne le pressait plus de les recevoir ni de les demander. C’est pourquoi le parti qu’on lui offrait ne lui plut pas : son armée se sépara d’elle-même par la seule puissance de sa volonté, et le Parlement fit aussi ce qu’il désira. Le cardinal fut sans doute affligé de ce changement ; mais on peut dire à sa gloire qu’il avait apparemment si peu recherché cet honneur, et avait fait tant d’ostentation de son indifférence sur cet article et sur la violence que les seigneurs anglais lui faisaient, que l’envie, la haine, ni l’esprit de raillerie ne purent trouver là-dessus de matière suffisante pour lui faire un reproche. »


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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 22 mars 1661. Note 5

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(Consulté le 07.12.2022)

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