À Charles Spon, le 6 juin 1655
Note [9]

François Le Métel, seigneur et abbé de Boisrobert (Caen 1592-Paris 1662), d’abord avocat à Rouen, était venu à Paris fréquenter la cour de Marie de Médicis et s’y faire remarquer par son brillant esprit. Protestant de naissance, il avait abjuré en 1621 puis s’était fait tonsurer en 1623. Devenu abbé de cour, il avait la réputation d’être athée et libertin : « on l’a accusé d’aimer les pages », dit Tallemant des Réaux dans l’historiette qu’il lui a consacrée (tome i, pages 392‑417). Favori de Richelieu, pratiquement son secrétaire aux commandements littéraires, Boisrobert a joui de nombreux bénéfices, écrit de nombreuses comédies et épîtres en vers, et joué un rôle de premier plan dans la création de l’Académie française.

Son étoile avait pâli après la mort du cardinal, mais il continuait à fréquenter les grands et à scandaliser par ses fréquents écarts de conduite. Celui que rapportait ici Guy Patin se trouve aussi dans Tallemant des Réaux (pages 411‑412) :

« En ce temps-là, les dévots de la cour rendirent de mauvais offices à Boisrobert et le firent exiler comme un homme qui mangeait de la viande le carême, qui n’avait point de religion, qui jurait horriblement quand il jouait, et cela est vrai. Au retour, il ne put s’empêcher de dire que Mme Mancini, qui avait fait sa paix <avec lui>, ne l’avait fait revenir que pour être payée de 40 pistoles qu’il lui devait du jeu. »

Se mêlaient en effet à une partie malheureuse où Boisrobert avait perdu 10 000 écus, les méchantes imitations qu’il avait faites du P. Annat. Menacé d’être poursuivi par le Parlement, Boisrobert se retira à Rouen, adressant ces vers à la précieuse Ennemonde Servient, marquise de Saint-Ange :

« Pour six mois me bannir
C’est bien souffrir, belle Ennemonde,
Je n’en murmure ni n’en gronde,
On m’a cru justement punir. »

Revenu à Paris en décembre 1655, Boisrobert mit du temps à rentrer en grâce : il ne put reparaître à la cour qu’en février 1658 (Adam).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 6 juin 1655. Note 9

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(Consulté le 28.01.2020)

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