Annexe : Déboires de Carolus, note 33.
Note [33]

La Ménagerie par Monsieur l’abbé Cotin, {a} et quelques autres pièces curieuses. {b}


  1. Charles Cotin (Paris vers 1604-1682), prêtre et littérateur, avait été reçu à l’Académie française en 1655. Molière l’a caricaturé en Trissotin dans ses Précieuses ridicules.

  2. La Haye, Pierre du Bois (avec la sphère armillaire des Elsevier), 1666, in‑12 de 65 pages

Ce distrayant petit livre est adressé à Son Altesse Royale, la Grande Mademoiselle, {a} avec cette explication du titre :

« J’appelle ainsi un petit recueil de vers que mes amis et moi avons fait en faveur de M. Ménage, lequel a cherché querelle avec moi et l’a trouvée. Ce grand homme a fait contre moi un épigramme de dix-huit vers, qu’à cause de sa bigarrure et latin et de grec je nomme un épigramme à la Suisse, où il lui a plu de me traiter obligeamment de brutal et d’insensé, comme ayant attenté à l’honneur de la divine mademoiselle de Scudéry : et cela pour avoir tourné à la gloire de son esprit un défaut purement du corps, pour avoir plaint sa surdité. » {b}

Souvent citée par les critiques littéraires, mais rarement transcrite, il s’agit de l’épigramme lx (pages 89) des Ægidii Menagii Poemata, {c} intitulée In Cottam [Contre Cotin] :

Ecce iterum insanis sollemnia ; nec tibi, Cotta
Quod dedit agnatus profuit elleborum.
Nam, nisi mente furens, nemo læsisse Puellam
Gestiat, Aonidum quam stupet ipse Chorus.
Proh scelus ! insontem carpis, malesane, Puellam :
Nec pudet : et surdam surdior ipse vocas.
Auriculas hebetes, stolidas aut gestat aselli,
Quem non Scuderidos plectra canora movent.
Sic licet hæ surda : et Phœbi Ronsardus amores
Surdus erat ; cæcus, magnus Homerus erat.
Audiit ille tamen Phœbi dictata magistri ;
Vidit et hic toto quidquid in orbe latet.
Vivimus ingenio : mens audit, Cotta ; videt mens.
Ingenii demas munia, corpus hebet.
Et surdam appellas, nostri modulamina Phœbi
Quæ regit, argutos quæ probat aure sonos.
Vivet opus, quod tam purgata probaverit auris ;
Ed quod damnarit, mox libitina feret
. {d}

[Et voici que les insensés qui reprennent leurs habitudes ; et à toi, Cotin, l’ellébore {e} qu’un ancêtre t’a donné ne t’a pas été utile car, à moins d’être dément, nul n’exulterait pour avoir blessé une jeune fille sur qui s’extasie le chœur même des Muses. Ah le crime ! dans ta folie, tu déchires une innocente demoiselle, et sans honte, tu la dis sourde, toi qui l’es plus qu’elle. Il porte les oreilles bouchées ou niaises d’un ânon celui que les mélodieux chants Scudériens n’émeuvent point. Admettons donc qu’elle soit sourde, mais, parmi deux amoureux de Phébus, {f} Ronsard était sourd, et Homère était aveugle ; et pourtant, l’un a entendu les dictées du maître Phébus, et l’autre a vu tout ce qui se montre à la surface du monde. L’intelligence nous fait vivre : l’esprit écoute, Cotin ; l’esprit voit. Délivre ton génie de ses charges, ton corps est engourdi. {g} Tu dis sourde celle qui dirige les harmonies de notre cher Phébus, elle dont l’oreille prise les pénétrantes sonorités. Vivra l’œuvre que les oreilles d’une femme si pure aura signée ; mais la Libitine {h} emportera bientôt qui l’aura blâmée].


  1. La duchesse Anne-Marie-Louise d’Orléans, v. note [18], lettre 77.

  2. Cotin a transcrit son quatrain métaphorique sur Madeleine de Scudéry (v. note [69], lettre 336), qu’il surnommait Sappho, à la page 3 de sa Ménagerie. Il est intitulé Pour un mal d’oreille :

    « Suivre la Muse est une erreur bien lourde, De ces faveurs voyez le fruit. Les écrits de Sappho menèrent tant de bruit ; Que cette Nymphe en devint sourde. »

  3. « Poèmes de Gilles Ménage », Amsterdam, Elsevier, 1663, in‑12 de 325 pages, quatrième édition.

  4. Sans être du grec ni du suisse (comme disait Cotin), le latin de Ménage présente des curiosités syntaxiques dont ma traduction a peiné à s’affranchir.

  5. V. note [30], lettre 156.

  6. Apollon, le Soleil, v. note [8], lettre 997.

  7. Cotin a interprété ces deux vers à la page 26 de sa Ménagerie :

    « L’esprit seul a le don et de voir et d’ouïr
    Mais le corps ne voit rien, et n’entend rien sans l’âme. »

  8. La mort, v. note [23], lettre 426.

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Annexe : Déboires de Carolus, note 33.

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(Consulté le 14/06/2024)

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