À Claude II Belin, le 28 octobre 1631
Note [25]

Sectaire : « qui est entêté de l’opinion de quelque docteur, de quelque maître, qui suit son parti » (Furetière).

Le Médecin charitable, souvent cité dans les lettres de Guy Patin, est un livre de Philibert Guybert docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1611. Il fut l’auteur du premier et très célèbre ouvrage de médecine publié pour l’usage des gens du monde : son Médecin charitable enseignant la manière de faire et de préparer à la maison, avec facilité et peu de frais les remèdes propres à toutes les maladies, selon l’avis du médecin ordinaire. Paru pour la première fois sous le titre de Le Médecin charitable et profitable au public (Paris, Jean de Bordeaux, 1623, in‑8o), ce livre connut un succès prodigieux et atteignit en peu d’années la centième édition. Recommandé et patronné par les médecins, il devint une arme redoutable contre les apothicaires. Philippe Albou a écrit une intéressante Histoire des « Œuvres charitables » de Philibert Guybert (Histroire des sciences médicales, 1998, xxxii, pages 11‑26)

  • La 4e édition (1627) s’enrichit des chapitres suivants : Les prix et valeur des médicaments ; L’apothicaire charitable ; La manière d’embaumer les corps morts.

  • La 17e édition (Paris, Jean Jost, 1632, in‑8o) fut accompagnée du Traité de la conservation de santé, écrit par Guy Patin.

  • L’édition de 1633 comprit, outre le traité de Patin, Les tromperies du bézoard découvertes ; Le choix des médicaments ; Le traité du séné [d’Antoine Mizault] ; Le traité de la saignée [traduit de Galien par Louis Savot], et la méthode agréable et facile pour se purger doucement et sans aucun dégoût.

Tout cela était en parfait accord avec les grandes idées de Patin et du parti de la Faculté de médecine de Paris auquel il adhérait, et où il militait avec ferveur. Guybert fut frappé d’apoplexie et mourut le 21 juillet 1633, longiore vita dignissimus [tout à fait digne d’avoir vécu plus longtemps] (Guy Patin, Coll. Fr., page 56a).

Au tout début du xviiie s., un chirurgien anonyme (Liste funèbre des chirurgiens de Paris… pages 39‑42) a donné un point de vue éclairant sur le rôle qu’a joué le Médecin charitable dans la manière de soigner à Paris au xviie s. :

« Si les médecins n’ont pas tiré de grands avantages d’avoir fait exclure les chirurgiens du corps de l’Université, ils n’ont pas mieux réussi dans l’acharnement qu’ils ont eu à chagriner les apothicaires, qui voulaient faire, comme ils font encore, les petits médecins, parce qu’ils avaient le secret de la médecine enfermé sous la clef des ordonnances latines et des hiéroglyphes galéniques et chimiques. Pour réussir dans son dessein, la Faculté fit composer un livre par un de ses docteurs nommé M. Philibert Guybert, auquel il donna le titre de Médecin charitable, dans lequel toutes les compositions galéniques se trouvent exactement détaillées ; et en publiant ce livre, tous les docteurs de la Faculté convinrent entre eux de donner à l’avenir leurs ordonnances en français. Cela fit, à la vérité, un grand tort aux apothicaires ; mais ces Messieurs s’en firent à eux-mêmes un très considérable parce que, révélant par là tout le secret de leur manœuvre, on reconnut qu’ils cachaient sous un idiome mystérieux des préparations que de simples femmes pouvaient exécuter avec facilité, comme elles le font dans la plupart des maisons ; ce qui est cause que l’on n’a plus recours aux médecins et aux apothicaires chez les simples bourgeois pour les maladies qui ne menacent pas d’un grand danger ; et que quand un chirurgien a fait deux ou trois saignées, prescrit au malade le régime ordinaire, les lavements, la tisane, et quelques purgations, dont les ingrédients se prennent à juste prix chez l’épicier, {a} il n’en fait mention ni de médecin, ni d’apothicaire. D’ailleurs, la facilité que donnèrent par là les médecins de Paris à composer les remèdes qu’ils prescrivent, donna lieu aux médecins des facultés étrangères {b} et à toutes sortes de charlatans de se rendre recommandables à leur préjudice, en distribuant eux-mêmes aux malades des remèdes de leur composition, dont le public, qui veut être trompé en toutes choses, concourt à vanter l’excellence, n’estimant que ce qui lui est inconnu. D’où il arrive que, dès qu’une maladie se rend un peu rebelle aux premiers remèdes, on congédie le médecin ordinaire et l’on appelle les charlatans. Ce n’est donc à présent que chez les princes, les grands seigneurs, les prélats, les gens distingués dans la Robe, chez les maltôtiers ou gens d’affaires, et chez d’autres particuliers dont les grands biens font toute la distinction, que les médecins se soutiennent par leur verbiage ; car, comme ces personnes qui vivent dans l’opulence semblent faites pour être les dupes de tout ce qu’il y a dans le monde de forfant, {c} de frivole et d’inutile, il est bien juste qu’ils le soient aussi en fait de médecine, qui est de tous les arts le plus séduisant et le plus trompeur. »


  1. V. note [4], lettre 14.

  2. Provinciales ou hors de France.

  3. Malhonnête.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 28 octobre 1631. Note 25

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(Consulté le 26.06.2019)

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