À Charles Spon, le 22 septembre 1651

Note [4]

Louis xiv avait eu 13 ans le 5 septembre 1651.

Journal de la Fronde (volume i, fos 473 vo et 474 ro, Paris, 8 septembre 1651) :

« Hier […], l’on fit la cavalcade qui accompagna le roi au Parlement, laquelle était certainement fort belle, mais non pas fort nombreuse en personnes de haute condition, n’y <en> ayant eu que 40 ou 50, qui parurent très superbement vêtues. Il y eut un prodigieux concours de peuple qui se mettait jusque sur le toit des maisons pour la voir passer. L’on remarqua que le roi y tint une gravité fort majestueuse et une contenance qui démentait son âge de 13 ans accomplis. La reine les suivit en carrosse avec MM. les ducs d’Anjou et d’Orléans, le reste étant à cheval, aussi bien que le roi. Il arriva à 10 heures dans la chapelle du Palais où il y eut dispute pour la préséance entre M. de Vendôme et M. d’Elbeuf, et entre celui-ci et M. d’Épernon qui prétend que le duché d’Épernon est de plus ancienne création que celui d’Elbeuf ; mais comme ce n’était pas le lieu pour décider cette question, le roi leur commanda de sortir tous trois, ce qu’ils firent ; et en même temps, le Parlement députa quatre présidents et huit conseillers qui allèrent recevoir le roi dans la Sainte-Chapelle ; et Sa Majesté s’étant siégée dans son lit de justice, la reine commença à parler et dit qu’elle était venue pour mettre le gouvernement de l’État entre les mains du roi à présent qu’il avait atteint l’âge de la majorité. Alors, le roi prit la parole et fit de fort bonne grâce un petit discours fort joli par lequel il remercia la reine des soins qu’elle avait pris de gouverner son État, et qu’il en acceptait le gouvernement pour l’administration suivant ses constitutions et lois fondamentales. Il remercia aussi M. le duc d’Orléans et après, il dit qu’il avait des édits à vérifier, dont M. le chancelier dirait ses intentions à la Compagnie. Celui-ci en parla ensuite et loua fort la conduite que la reine avait tenue pendant sa régence, et fit un discours sur le même sujet ; et l’avocat général Talon en fit après un autre fort beau, exhortant Sa Majesté à faire réflexion sur les misères de son peuple et à travailler à la paix ; après quoi, la déclaration de l’innocence de M. le Prince y fut lue et enregistrée avec deux édits, l’un contre les duels et l’autre contre les blasphémateurs. Avant que sortir, Sa Majesté embrassa Son Altesse Royale et s’en retourna en carrosse à cause de la chaleur. »

Le fait politique le plus marquant de ce lit de justice fut la Déclaration du roi du 6 septembre 1651 portant défenses au cardinal Mazarin, ses parents, alliés et domestiques étrangers, de rentrer dans ce royaume ; et à tous officiers et autres, de les y souffrir. Louis xiv et sa mère condamnaient les agissements passés et récents du cardinal, à l’encontre de la Couronne et des princes. Le 29 janvier suivant, la cour accueillait pourtant avec grande joie Mazarin à Poitiers et poursuivait de plus belle sa guerre contre le prince de Condé.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Guy Patin à Charles Spon, le 22 septembre 1651, note 4.
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(Consulté le 13.11.2019)

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