L. 194.  >
À Nicolas Belin,
le 27 août 1649

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Monsieur, [a][1]

Je voudrais bien que Monsieur votre père [2] fût en si parfaite santé que je la lui souhaite. Et en attendant que cela lui pourra arriver aussi avantageusement que je le désire à mon bon ami, je vous dirai que le roi [3] est ici arrivé le 18e de ce mois en compagnie assez médiocre, [1] ayant dans son carrosse la reine, [4] M. le duc d’Anjou [5] son frère, M. Gaston [6] et sa femme, qui est la duchesse d’Orléans, [7] le prince de Condé [8] et quelque autre, avec le Mazarin, [9] contre lequel le peuple n’a rien dit tant il était réjoui de voir le roi, qui en était, même en son individu royal, très fort réjoui pareillement, tout étonné de tant d’acclamations d’un peuple que l’on avait tâché de lui rendre si odieux. On n’a jamais vu à Paris tant de réjouissances, qui est ce de quoi la reine, qui nous voulait affamer il y a six mois, a été fort étonnée, voyant une si grande bonté du peuple de Paris ; si bien que les voilà revenus pour tâcher de se remettre sus leurs affaires qui sont fort délabrées et qu’ils ne peuvent réparer hors de Paris, combien que la reine et le Mazarin aient bien eu de la peine à se résoudre d’y revenir, tant ce bourreau d’Italien avait peur de sa peau. Maintenant, il ne songe plus à nous assiéger, mais plutôt à donner ordre qu’il ne soit assiégé dans sa maison, comme il serait bientôt s’il grondait tant soit peu. Nous sommes désormais assurés qu’il n’ira plus au Palais faire vérifier de nouveaux impôts [10] ni de nouvelles créations d’offices. Il y eut hier un an qu’il fit emprisonner deux très hommes de bien, savoir MM. de Blancmesnil [11] et de Broussel, [12] après un Te Deum[13] que le peuple de Paris lui fit déchanter dès le lendemain bien généreusement. [14] Il l’échappa belle dès ce temps-là et n’en aura jamais si bon marché nisi sapiat in posterum[2] Les troubles d’Aix [15][16][17] et de Bordeaux [18] ne sont pas encore cessés. [3] Il est de la justice de la reine et de son Conseil de les apaiser au plus tôt afin de soulager ces pauvres peuples qui n’ont rien entrepris que de défendre leur liberté contre la tyrannie de leurs gouverneurs. Les partisans voudraient bien se servir du retour du roi pour rétablir leurs affaires et leurs maltôtes, mais ils en sont bien éloignés : la guerre mazarine les a tout à fait achevé de ruiner. On ne parle plus ici de la paix générale et je ne sais ce qu’en pourra faire le Mazarin. En suite de tant de libelles [19] qui ont été faits durant la guerre contre le Mazarin, il est ici venu d’Italie un manuscrit qui contient sa vie qui est tout autre chose que ce que l’on en a dit jusqu’ici, cela pourra s’imprimer quelque jour. [4] J’ai reçu de Lyon depuis peu universam Philosophiam Epicuri, cum Animadversionibus Petri Gassendi[5][20] en trois volumes in‑fo, par présent qu’un médecin de Lyon m’a envoyé. C’est une des belles choses que j’aie jamais vues. Le mois de novembre prochain, le Sennertus [21] entier s’y achèvera en trois beaux volumes in‑fo, beau papier et bien corrects, où seront ajoutés deux traités nouveaux du même auteur ante hac inediti[6] Ce sera le plus beau et le plus parfait cours de médecine qui ait encore été vu. J’attends avec impatience dans la Saint-Rémy un manuscrit pathologique de feu M. Hofmann [22] que j’ai acheté bien cher, que je ferai imprimer lorsque nos libraires seront un peu rétablis. [7] L’exécution de la paix d’Allemagne [23] n’est pas encore achevée, mais ils en ont bonne opinion. Mais à propos de vous-même, que faites-vous, à quoi passez-vous le temps, combien d’heures étudiez-vous tous les jours ? Quel livre lisez-vous ? An Fernelium, Riolanum, [24][25]  Duretum, [26]  Hollerium, [27]  an Galenum et Hippocratem ? [8] Ne lisez point de pratiques que vous ne sachiez fort bien la pathologie, ni la pathologie nisi habeas anatomem in munerato ; [9] et pour cet effet, lisez hardiment celle de Riolan, quæ tota dirigitur ad praxim[10] Je vous baise les mains et à tous nos bons amis, et suis de toute mon affection, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Patin.

De Paris, ce 27e d’août 1649.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Nicolas Belin, le 27 août 1649

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(Consulté le 18.09.2019)