L. 320.  >
À Claude II Belin,
le 29 juin 1653

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Monsieur, [a][1]

Pour réponse à votre dernière, je vous dirai que le roi, [2] la reine, [3] le Mazarin [4] et toute la cour sont à Saint-Germain [5] jusqu’à lundi prochain ; que les Hollandais en leur dernier combat naval ont horriblement perdu contre les Anglais qui sont plus forts et plus méchants qu’eux. [1][6][7] Cromwell [8] s’est rendu maître du Parlement d’Angleterre, [2][9] qui était sollicité d’entreprendre contre lui à l’instigation de quelques jésuites déguisés dont il y a grand nombre en cette île, aussi bien que de gens, qui se disent catholiques espagnols pour être soudoyés du roi d’Espagne : [10] adeo ut monstro simile didicerim ubique regnare Acignium[11][12][13][14] ce dit Barclay [15] en son Euphormion[3] Les molinistes [16] se vantent ici qu’il y a une bulle [17] du pape [18] toute nouvelle contre eux, ce que je ne crois point encore. [4] J’apprends ici que la fièvre a repris à Monsieur votre fils, [19] dont j’ai grand regret. J’ai peur que ce ne soit de trop manger. En ce cas-là, vous le devez faire jeûner, combien que le jubilé [20] soit passé : genus hoc dæmoniorum nonnisi ieiunio et frequenti purgatione eiicitur[5][21] On dit que l’armée du roi s’en va assiéger Rethel [22] et que le prince de Condé [23] est encore à Bruxelles [24] à faire la cour à Fuensaldagne. [6][25] Ne dira-t-on point de lui ce que Juvénal [26] a dit quelque part d’Annibal [27] en pareil cas :

                                             Magnus
mirandusque cliens sedet ad prætoria regis,
Donec Bithyno libeat vigilare tyranno ?
 [7]

Les Bordelais [28] sont fort pressés, mais ils espèrent encore du secours des Espagnols et des Anglais. Le Mazarin traite avec le chevalier de Chaulnes [29] pour le gouvernement d’Amiens [30] et dès qu’il en sera le maître, il enverra le cardinal de Retz [31] dans la citadelle où il sera sûrement gardé par de Bar [32] qui gardait les princes au Havre-de-Grâce ; [8][33] et puis après, le roi ira demeurer quelques semaines dans le Bois de Vincennes [34] pour aller à la chasse là alentour. On dit que l’armée du roi, commandée par M. de Turenne, [35] est fort malcontente et qu’elle n’avance pas faute d’argent ; que le prince de Condé s’en va remuer et entrer par la Champagne, et les Espagnols par la Picardie ; que Calais [36] est menacé d’un siège ; et alia multa, forsan falsissima[9] Je me recommande à vos bonnes grâces, à MM. Camusat, Allen, Sorel et à Messieurs vos autres collègues, et suis de tout mon cœur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce samedi 29e de juin 1653.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 29 juin 1653

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(Consulté le 14.12.2019)