L. 425.  >
À Hugues de Salins,
le 5 novembre 1655

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Monsieur, [a][1]

Je sais bien que vous avez été à Lyon, M. Spon me l’a mandé. [1] Tous les livres que vous me mandez avoir achetés à Lyon sont très bons. Vous n’avez qu’à les bien étudier, vous serez bientôt très savant. Je n’ai jamais vu de livre intitulé Rhetor fortis et ne sais ce que c’est, mais il y a Caroli Regii Rhetor Christianus, in‑4o, de grege Loyolæ[2][2] qui n’est ni bon, ni commun.

Je suis bien en peine de votre M. de La Curne, [3] je ne le vois plus ici. S’il est retourné à Beaune, faites-lui s’il vous plaît mes recommandations, comme aussi à Monsieur votre père, à Monsieur votre frère et à mademoiselle votre femme.

Nous avons ici perdu après une longue maladie le pauvre M. Gassendi, [4] Provençal, professeur du roi en mathématiques, qui fuit renovator Epicureæ Philosophiæ [3] en trois tomes in‑4o ; et dans la même semaine, deux de nos collègues, savoir MM. Des François, [5] et Chasles. [6] Nous en avons encore un troisième qui est bien malade, savoir M. Allain [7] qui lui tout seul vaut mieux que les deux autres, car l’un était trop mélancolique [8] et l’autre était un ivrogne.

Le roi [9][10] a été malade pour des eaux de Forges, [11] que Vallot [12] lui a fait prendre fort mal à propos dans le mois d’octobre, dont il a pensé être chassé. C’était le dessein du roi et de la reine, mais le Mazarin [13] l’a maintenu. Comme le roi était en convalescence et qu’il commençait d’aller à la chasse, il a fallu qu’il soit retourné à La Fère [14] avec le cardinal, pour faire passer des troupes à M. de Turenne [15] et pour fortifier notre armée afin de résister au prince de Condé [16] qui veut assiéger Le Quesnoy [17] avec 40 pièces de canon, 10 000 pionniers, 10 000 piétons et 14 000 chevaux. La peste [18] est fort diminuée en Hollande. On dit que nous avons avec Cromwell [19] ligue offensive et défensive, qu’il s’en va attaquer le roi d’Espagne [20] par mer ; et le roi de Suède, [21] l’empire d’Allemagne et cet aigle de la Maison d’Autriche. On dit que nous sommes d’intelligence avec le roi de Suède et qu’il a de notre argent ; mais en passant, il est tantôt maître de la Pologne et le roi de Pologne [22] s’est retiré à Vienne [23] chez l’empereur [24] avec 25 chevaux. Le pape [25] demande la paix à cor et à cri, [4] mais je ne sais s’il sera entendu. Il y a ici un gros procès entre le curé de Saint-Paul [26][27] et les jésuites. [28] On imprime à Genève l’Hippocrate de Foesius in‑fo qui sera beau, et en Italie le Scribonius Largus cum notis Rhodii in‑4o[5][29][30]

Je pense que vous avez vu chez M. Huguetan [31] à Lyon le Theatrum vitæ humanæ [32] en huit volumes in‑fo qui est aujourd’hui achevé. On imprime en Angleterre un tome in‑4ode Vita Erasmi, ho que ce sera un beau livre ! [6] Voilà tout ce que je sais, et suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce vendredi 5e de novembre 1655.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Hugues de Salins, le 5 novembre 1655

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(Consulté le 22.11.2019)