L. 703.  >
À André Falconet,
le 19 juin 1661

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Monsieur, [a][1]

L’accord pour le temporel du cardinal de Retz [2] n’est point encore fait. La reine d’Angleterre [3] et le duc d’Orléans, [4] son gendre, y travaillent fort. On dit même que la reine mère [5] est fort adoucie, c’est ce qui fait espérer que l’affaire se fera. [1] M. d’Estrades, [6] gouverneur de Gravelines, [7] avait eu ordre de partir pour Londres, mais les bonnes nouvelles qui sont venues au gré de la cour ont retardé son voyage. Il y en a qui disent que M. Le Prévost de Saint-Germain, conseiller de la Grand’Chambre [8] et chanoine de Notre-Dame, [9] est encore vivant ; mais il n’est pas vrai, on cèle sa mort à cause de ses bénéfices, il fut enterré avant-hier, et même M. Merlet [10] me l’a dit. [2]

Si M. Anisson [11] a encore notre ballot, il m’obligera d’y mettre le livre de M. Boissieu, [12] que je vous prie de lui payer, et d’y faire mettre les deux tomes du P. Zacchias, Quæstiones medico-legales[13] que je veux envoyer à M. de Farvacques, [14] excellent homme, à Bruxelles, [15] médecin de Son Altesse. Je vous en tiendrai compte quand vous les aurez payés à M. Huguetan, [16] comme aussi de l’Histoire de Savoie[3] Le roi d’Angleterre [17] ne veut pas vendre Dunkerque [18] au roi d’Espagne [19] qui lui en offre bien de l’argent. Les pauvres Normands ont envoyé deux députés à la cour pour faire très humble remontrance au roi [20] sur l’énormité de leurs tailles. [21] Cette province n’en peut plus, tant elle est opprimée d’impôts [22] et de gabelles. [23] Pour la taille seule, elle paie tous les ans huit millions au roi, sans le trafic qu’ils font de tant d’autres marchandises qui paient au roi des sommes immenses. Les autres provinces ne sont guère mieux traitées. Il y a bien des Normands qui chassent leurs enfants de leur maison, n’ayant point de pain à leur donner. Cela doit être bien honteux à ceux qui y peuvent mettre ordre, ce sont des restes du gouvernement mazarinesque qui ne se souciait pas de tout ruiner. Dieu bénisse notre roi qui, dit-on, y mettra bon ordre.

Il y a grand bruit entre les héritiers de la Maison du cardinal de Richelieu. [24] Le duc, [25] qui en est l’aîné, a vendu son gouvernement du Havre-de-Grâce [26] à M. de Navailles [27] et sa charge de général des galères [28] à M. de Créqui [29] le jeune. [4] Mme la duchesse d’Aiguillon [30] est allée à Fontainebleau [31] pour empêcher, si elle peut, la conclusion de ces traités.

Ce 18e de juin. Nous avons vu ce matin passer par les rues de belles processions [32] du Saint-Sacrement [33] de plusieurs paroisses. Noël Falconet [34] était avec moi, bien mis avec son bel habit noir. Il a bonne façon, mais je voudrais bien qu’il fût bien savant. J’aime bien mieux le dedans que le dehors, plus habeat in recessu, quam in fronte[5][35]

J’eus hier une grande douleur de dents, laquelle m’obligea de me faire saigner [36] du côté même. La douleur s’arrêta tout à l’heure comme par une espèce d’enchantement, j’ai dormi toute la nuit. Ce matin, la douleur m’a un peu repris, j’ai fait piquer l’autre bras, j’en ai été guéri aussitôt, [37] je suis, Dieu merci, sans douleur. Je prétends que ces deux saignées me serviront pour pouvoir me purger [38] sûrement, je le ferai la semaine prochaine si j’en ai le loisir, mais il faudra tâcher de le prendre. Je vous baise les mains, à Mlle Falconet et à M. Spon, et suis de toute mon âme votre, etc.

De Paris, ce 19e de juin 1661.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 19 juin 1661

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(Consulté le 18.10.2019)