L. latine 383.  >
À Johann Peter Lotich,
le 17 décembre 1665

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[Ms BIU Santé 2007, fo 200 vo | LAT | IMG]

Au très distingué M. Johann Peter Lotich, docteur en médecine, à Francfort.

Très distingué Monsieur, [a][1]

Votre lettre m’a été fort agréable, je l’ai récemment reçue par l’intermédiaire de notre ami M. Scheffer. [2] Il m’a déjà solidement attaché à lui par divers services qu’il m’a rendus ; mais surtout ce dernier-ci, votre lettre qui me fait simplement et plaisamment savoir que vous vous souvenez de moi et que je n’ai pas encore tout à fait disparu des recoins de votre mémoire, loué soit Dieu ! Je n’avais eu mot de vous depuis deux ans et si vous m’aviez écrit, je vous aurais assurément répondu sans tarder, comme j’en ai l’habitude. De temps en temps je vous ai salué dans mes courriers à un ami, ou par l’intermédiaire de quelque étudiant en médecine de mes auditeurs, [3] qui repartait en Allemagne. Si pourtant vous voulez me redonner un jour de vos nouvelles, confiez votre lettre à M. Scheffer qui vous remettra celle-ci ; ou alors à Sebastian Switzer, [4] marchand de chez vous qui vient à Paris deux fois l’an ; ou bien envoyez-les à Metz, à M. Du Clos, docteur en médecine, pour faire tenir à M. Patin, docteur en médecine, etc., professeur royal, à Paris[1][5] J’ai certes très souvent pensé à votre Pétrone et Dieu fasse que je puisse prêter une main secourable à un tel et si bel enfant qu’il vous faut mettre au jour, [6] ou vous y être utile en quelque façon que ce soit, par mon aide, mon argent, mon travail ou mes conseils ; Dieu fasse, dis-je, que, comme fit jadis Socrate, [7][8] je parvienne à y prêter une main d’accoucheur, [2] et aider à ce qu’un si précieux trésor puisse être transmis à la foule de ceux qui ont du goût pour la philologie et les belles-lettres. Je pense qu’il ne faut rien espérer de tel venant des libraires parisiens, si grandes sont leur paresse, leur stupidité et leur indigence à peine croyable ; [9] il ne reste presque rien à attendre des Lyonnais, en raison de leurs excessives finesses et de leur subtile philargyrie, en quoi ils surpassent les nôtres et les tournent en ridicule. Je pense qu’on ne [Ms BIU Santé 2007, fo 201 ro | LAT | IMG] doit faire confiance qu’aux Genevois : deux d’entre eux sont célèbres et illustres pour leurs nombreuses éditions ; ce sont MM. les frères de Tournes, [10] et M. Chouët, [11] qui a récemment donné l’Hippocrate de Foës et son Œconomia[3][12][13] Pour leur part, les de Tournes ont imprimé bien de livres du très distingué M. Jean Daillé, [14] auteur de grand renom chez nous et théologien fameux parmi nos réformés. [15] Je voudrais voir votre Pétrone rénové sortir de leurs presses tout à fait irréprochables. Ils se rendent tous les ans à Francfort pour vos foires très réputées ; [16] prenez bonne note de leur date, arrangez-vous pour les y rencontrer et leur montrer votre grand trésor ; en regardant un si bel ouvrage et pesant toute sa valeur, peut-être songeront-ils à l’imprimer pour de bon et souffriront-ils alors que de savants hommes les en convainquent. Je leur en écrirai personnellement le moment venu et les engagerai à entreprendre cette édition. Peut-être aussi pourrez-vous réussir auprès d’eux là où j’ai échoué jusqu’ici, à savoir réunir toutes les œuvres de l’excellent Thomas Éraste, [17] comme j’en ai le dessein, ou publier les divers manuscrits du très distingué Caspar Hofmann qui sont en ma possession depuis sa mort. [18] Je n’ai pu en venir à bout, faute d’imprimeur et par la difficulté des temps. Jamais je ne serai jaloux du meilleur sort que vos écrits connaîtront, et les favoriserai même volontiers autant qu’il me sera possible car, à vrai dire, après qu’ils auront vu le jour, ils trouveront sans aucun doute quantité d’acheteurs. Je vous promets de leur écrire pour cela à Genève. Votre troisième tome de Bellis Germanicis mérite aussi un meilleur destin ; mais toute cette infortune ne semble pas devoir être attribuée à autre chose que l’état présent de toute l’Europe, tant il est perturbé et presque lamentable en raison des comportements insensés de certaines gens. O dii meliora ! [4] En attendant, je prie et supplie Dieu de soutenir nos vœux avec bienveillance. J’attendrai patiemment cet index de vos ouvrages que vous me promettez et votre jugement sur ce nouveau fragmentum Petronii, inédit jusqu’alors, qu’on a récemment publié à Padoue et à Paris. [5][19] Il me semble qu’il n’est pas de Pétrone car je n’y trouve rien qui approche de ce luxus eruditus ; [20][21] vous savez ce que je veux dire, longe aliter olent catuli quam sues[6][22] Portez-vous bien, très éminent Monsieur, et continuez de m’aimer pour de bon, en retour de mon solide attachement et de ma profonde affection. Adieu.

De Paris, le 17e de décembre 1665.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Johann Peter Lotich, le 17 décembre 1665

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(Consulté le 13.12.2019)