À André Falconet, le 14 novembre 1664
Note [1]

« pourtant il y a là-dessous quelque cause physique qui se tait et doit se fixer ».

Mme de Motteville (Mémoires, pages 542‑543) a relaté les maladies des deux reines en novembre 1664 :

« <Elle> {a} tomba dangereusement malade le 4 de novembre. Son mal commença par une fièvre tierce, qui fut accompagnée de fâcheux accidents. Elle eut de grandes douleurs aux jambes ; et ses douleurs, qui furent violentes, furent suivies de son accouchement, {b} qui fut à huit mois, d’une princesse qui vécut peu de jours.

Le lendemain elle eut des convulsions qui firent craindre qu’elle ne mourût. […]

Mais enfin, Dieu la redonna à la France, au roi et à la reine, sa mère. Elle guérit le 18 de novembre, après avoir pris de l’émétique.
La reine mère, depuis quelque temps, et particulièrement dans cette maladie de la reine, sentit de considérables douleurs à son sein. Comme elle avait trop négligé ce mal, elle fut surprise de voir qu’en peu de temps il empira notablement ; et par la couleur jaune de son visage, on vit que la tristesse qu’elle avait eue du péril où elle avait vu la reine lui avait été nuisible. Elle avait consulté des médecins sur le commencement de cet étrange mal, et ils y mettaient alors de la ciguë, {c} qui ne lui fit point de bien. Elle avait eu le dessein, à ce qu’elle me fit l’honneur de me dire, de se mettre entre les mains de Vallot, premier médecin du roi, qui, pour être versé dans la connaissance des simples et de la chimie, paraissait devoir connaître des remèdes spécifiques pour cette maladie ; mais il montra tant de faiblesse à soutenir ses avis contre ceux qui lui étaient opposés qu’elle en fut dégoûtée. Seguin, qui était son premier médecin, était un homme savant à la mode de la Faculté de Paris, qui est de saigner toujours et de ne se servir point des autres remèdes ; il n’avait guère d’expérience car il était venu jeune au service de la reine. Pour surcroît de malheur, il était passionné et n’estimait le conseil de personne ; et sans connaissance d’aucun remède particulier pour le mal de la reine mère, il s’opposait seulement à tout ce que l’on proposait pour elle ; si bien que dans ces commencements elle demeura indécise et pendant cette suspension, son mal devint si grand qu’il fallut aussitôt y apporter des remèdes extrêmes. Cette princesse ne trouvant du secours en personne, fut contrainte de s’abandonner aux passions des hommes qui la tourmentèrent plus que son propre mal. Ses serviteurs avaient aussi chacun leur opinion particulière sur la conduite qu’elle devait tenir. Les uns étaient pour Vallot, les autres lui étaient contraires ; et pour être trop grande et trop aimée, elle se vit sans pouvoir recevoir de consolation ni de remède d’aucun de ceux qui auraient dû lui en donner. Je la vis souvent dans ces temps-là, aux pieds de Dieu, connaître avec quelque peine tout ce qui lui manquait ; mais ayant toujours eu une grande confiance en sa divine providence, elle disait ce qu’elle avait dit souvent en d’autres occasions : “ Dieu m’assistera ; et s’il permet que je sois affligée de ce terrible mal qui semble me menacer, ce que je souffrirai sera sans doute pour mon salut ; et j’espère, disait-elle, qu’il me donnera les forces dont j’aurai besoin pour l’endurer avec patience. ” Elle ajoutait à ces paroles qu’ayant vu des cancers à des religieuses qui en étaient mortes toutes pourries, elle avait toujours eu de l’horreur pour cette maladie si effroyable à sa seule imagination ; mais que si Dieu permettait qu’elle en fût attaquée, il fallait avoir patience ; qu’il était le maître et qu’il était juste de le bénir en tout temps. Elle continuait de mettre alors sur son sein de cette ciguë, qui paraissait l’empirer beaucoup. Je le dis à Vallot, il me répondit froidement que, s’il avait été seul, voyant combien ce remède lui était contraire, il y aurait plus de quinze jours qu’elle n’en mettrait plus. Je fus surprise de voir que de petits égards empêchaient cet homme de dire la vérité et de la soutenir, en lui faisant hasarder la vie d’une si grande princesse, et si utile au monde. Je courus aussitôt le dire à la reine mère qui, sans murmurer contre cette barbarie, me dit seulement, mais en rougissant, “ il faut avoir patience ”. »


  1. La reine Marie-Thérèse.

  2. Le 16 novembre.

  3. V. note [12], lettre 803.

Imprimer cette note
Citer cette note

x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 14 novembre 1664. Note 1

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0798&cln=1

(Consulté le 23.10.2021)

Licence Creative Commons