À André Falconet, le 12 octobre 1669, note 1.
Note [1]

Le no 39 (jeudi 26 septembre 1669) de la Gazette d’Amsterdam {a} (ou d’Hollande) donnait en effet un rapport fort optimiste sur les événements de Crète, mais sans aller jusqu’à annoncer la débandade des Turcs :

« De Venise, le 7 septembre. Il est ici arrivé cette semaine des vaisseaux de Constantinople qui ont rencontré en leur route une felouque, partie de Candie il n’y avait que quelques jours, par laquelle ils ont eu avis que les assiégés avaient fait une sortie fort avantageuse sur les infidèles, du côté de Sabionera, {a} avec 800 hommes seulement qui, après avoir pris quelques travaux, {b} retournèrent dans la ville avec quantité de têtes et de prisonniers ennemis ; et qu’entre autres, on avait repris en un rencontre un soldat français qui avait déserté et s’était jeté du côté des Turcs ; et que son capitaine, à qui on l’avait rendu, l’avait fait lapider par ceux de la ville ; d’où l’on a avis par d’autres voies que les assiégés se défendent fort vigoureusement et qu’on était sur le point d’y résoudre une sortie de dix ou douze mille hommes, nonobstant la quantité de blessés et de malades qu’il y a dans la place ; et que la flotte était toujours à Standia. {c} Les mêmes vaisseaux rapportent que les troubles de Constantinople n’étaient pas encore finis, et que les janissaires et le peuple murmuraient fort contre la longueur du siège de Candie ; qu’on ne trouvait plus de monde pour y aller de bon gré, et qu’on voyait tous les jours des gens qu’on faisait embarquer par force dans des saïques où l’on les traînait et chassait à grands coups de bâton. Le provéditeur Bernardo est sur son départ et on travaille incessamment à l’embarquement des troupes qu’il doit conduire en Candie avec quantité d’argent, des vivres et des munitions pour le service de la place. On équipe encore ici huit vaisseaux qui ne tarderont pas à le suivre avec un secours aussi considérable que celui qu’il y mène, et qui pourra y arriver aussi tôt que celui que le roi très-chrétien y envoie sous la conduite du maréchal de Bellefonds. {d} On lève des troupes en Allemagne pour le même sujet et il y a divers princes d’Italie qui, à l’envi l’un de l’autre, se sont résolus à nous donner du secours, chacun selon son pouvoir. Tout cela réussissant comme on espère, il y a grande apparence que les troupes que nous aurons en Candie ne seront guère moins considérables que celles du Grand Seigneur et qu’on pourra par conséquent délivrer cette pauvre place, et même chasser les infidèles de toute l’île. […]

De Paris, le 18 septembre. Il est arrivé à Marseille une barque de la même ville, dont le capitaine assure que, passant près de Cerigo, {e} il y avait vu de grands feux par tous les lieux de l’île, ce qui l’avait obligé d’y relâcher pour savoir ce que c’était ; et qu’ayant mis pied à terre, il avait appris que c’était les feux de joie d’une signalée victoire que les Vénitiens avaient remportée sur les Turcs en Candie, par une sortie de 8 000 hommes qu’ils avaient faite sur eux le 4 août […].

D’Amsterdam le 26 septembre. Les lettres de Livorne {f} du 6 donnent avis qu’il y est arrivé une barque qui assure avoir rencontré en mer deux vaisseaux venant de Candie pour Marseille avec des lettres pour le roi de France, par lesquelles M. le duc de Navailles {g} lui donne avis que les assiégés avaient fait une sortie de 18 000 hommes sur les Turcs qui étaient au nombre de 31 000, en avaient tué 18 000 ou plus et les avaient chassés jusque dans Candie la Neuve, où ils étaient à présent bloqués, et dépourvus de vivres et de munitions, et qu’en cette bataille il est mort 4 300 chrétiens. » {h}


  1. Hebdomadaire imprimé à Amsterdam par Corneille Janz. Zwoll de 1663 à 1677, dont le rédacteur est resté inconnu et dont la diffusion en France était clandestine.

  2. Du bastion de Sabionera, à La Canée.

  3. Tranchées.

  4. La petite île de Dia, devant Héraklion.

  5. V. note [9], lettre 909.

  6. L’île deCythère entre la Crète et le Péloponnèse.

  7. Livourne en Toscane.

  8. V. note [3], lettre 697.

  9. La nouvelle de la prise de Candie par les Turcs ne parut que dans le no 44 du 31 octobre.

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 12 octobre 1669, note 1.

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(Consulté le 28/02/2024)

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