À Claude II Belin, le 12 octobre 1641, note 10.
Note [10]

L’« habile homme » se trompait : François Jussac d’Embleville de Saint-Preuil (1601-Amiens 9 novembre 1641) fut bel et bien décapité. D’abord capitaine au régiment des gardes, il avait combattu en Languedoc sous le maréchal de Schomberg et capturé le duc de Montmorency (v. note [15], lettre 12) à la journée de Castelnaudary (1er septembre 1632). Obligé de fuir en Belgique à la suite d’un duel, il était rentré en France pour défendre Corbie contre les Espagnols (v. note [2], lettre 31), et en récompense de ses exploits, ne fut pas inquiété pour son duel. Il fut successivement nommé gouverneur d’Ardres, de Doullens et d’Arras.

Montglat (Mémoires, pages 110‑111) :

« Après la prise de Bapaume, {a} devant lequel on ne perdit que Cavois et Montespedon, la garnison {b} fut envoyée à Douai avec escorte, laquelle le gouverneur renvoya étant à demi-lieue de cette ville, n’en croyant plus avoir besoin ; mais dans ce peu de chemin qui restait, Saint-Preuil, gouverneur d’Arras, qui était en embuscade proche de là, le chargea sans le connaître et le défit. Les Espagnols en firent de grandes plaintes, disant qu’on avait rompu la foi publique ; et sous ce prétexte, le maréchal de La Meilleraye l’arrêta de la part du roi et l’envoya prisonnier à Amiens, où son procès lui étant fait, il eut la tête tranchée. Il fut fort regretté car il était brave et fatiguait extrêmement les Espagnols par ses courses continuelles : aussi ils l’appelaient Petit-Jean tête de fer. Les accusations qui furent faites contre lui ne furent que des prétextes, car le véritable sujet de son malheur était la haine que le maréchal de La Meilleraye et des Noyers, secrétaire d’État, lui portaient ; ce dernier à cause qu’il avait frappé de sa canne d’Aubray, commissaire général, qui était son parent et qu’il avait établi dans Arras. Ainsi Saint-Preuil fut sacrifié à la vengeance de ses deux ennemis, contre la coutume du cardinal qui n’abandonnait jamais ceux qui s’attachaient à ses intérêts. »


  1. Par les Français.

  2. Espagnole.

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 12 octobre 1641, note 10.

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(Consulté le 13/04/2024)

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